Santé

Ebola en RDC : la réorganisation de la riposte ouvre la voie à l’utilisation d’un nouveau vaccin

Dans un centre de traitement d'Ebola, à Beni, le 13 juillet 2019.

Dans un centre de traitement d'Ebola, à Beni, le 13 juillet 2019. © Jerome Delay/AP/SIPA

L’utilisation d’un second vaccin expérimental, un temps écartée par les autorités, est de nouveau envisagée. La solution, défendue par le Pr. Jean-Jacques Muyembe Tamfum, qui vient d’être nommé à la tête du comité d’experts placé sous l’égide direct de Félix Tshisekedi, avait été bloquée par le ministre de la Santé, le Dr. Oly Ilunga Kalenga. Celui-ci vient de démissionner.

La RDC va-t-elle finalement avoir recours à un second vaccin, préventif celui-là, alors que la solution avait jusque-là été écartée par le ministère de la Santé ? C’est ce que laisse augurer les changements radicaux opérés en quelques heures dans la conduite de la stratégie des autorités congolaises. Face à la propagation de l’épidémie d’Ebola dans l’Est, et quelques jours après l’annonce de l’OMS de déclencher l’« urgence de santé publique de portée internationale », Félix Tshisekedi a en effet voulu reprendre les choses en main.

Samedi, la présidence a annoncé la création d’un comité d’experts chargé de conduire la riposte anti-épidémie d’Ebola, placé sous la supervision directe du chef de l’État. Dirigé par le Pr. Jean-Jacques Muyembe Tamfum, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale de la RDC (INRB), ce comité est chargé d’assurer la mise en œuvre, de la coordination et de l’évaluation des mesures déployées face à la propagation de la maladie.

Démission fracassante

Dr. Oly Ilunga Kalenga, ex-ministre de la Santé de RDC.

Dr. Oly Ilunga Kalenga, ex-ministre de la Santé de RDC. © DR / Twitter – Dr. Oly Ilunga Kalenga

Il ne peut y avoir plusieurs centres de décision au risque de créer des confusions

Il aura fallu moins de vingt-quatre heures au ministre de la Santé, le Dr. Oly Ilunga Kalenga, pour présenter sa démission suite à ce cinglant désaveu. « Les lignes de commandement doivent être clairement identifiées et définies. Il ne peut y avoir plusieurs centres de décision au risque de créer des confusions et une cacophonie préjudiciable à la riposte », a expliqué dans une lettre adressée à Félix Tshisekedi le désormais ex-ministre, jusque-là toujours en poste mais n’assurant que la gestion des affaires courantes depuis le 20 mai dernier.

Au-delà des vagues que cette démission ne manquera pas de provoquer dans le Landerneau politique, à Kinshasa, le départ du Dr. Oly Ilunga devrait surtout laisser les mains libres au Pr. Jean-Jacques Muyembe qui plaidait depuis plusieurs semaines pour l’utilisation d’un second vaccin, préventif celui-là. Une solution jusque-là bloquée par le Dr. Ilunga, qui arguait que l’introduction d’un nouveau vaccin risquait de provoquer « de la confusion » auprès de populations déjà défiantes vis-à-vis des personnels de santé.

La voie ouverte au vaccin expérimental

Jacques Muyembe est à la tête du comité d’experts chargé de contenir l’épidémie d'Ebola en RD Congo.

Jacques Muyembe est à la tête du comité d’experts chargé de contenir l’épidémie d'Ebola en RD Congo. © DR / Copie d’écran Facebook – Jean-Jacques Muyembe

Il y a deux mois, l’INRB avait proposé de faire un rideau de vaccination. L’objectif était de protéger Goma

Jean-Jacques Muyembe ne remet pas en cause le vaccin rVSV-ZEBOV, actuellement utilisé, qu’il juge « efficace » pour protéger les proches et parents d’une personne d’un cas identifié positif au virus Ebola. Mais il estime nécessaire de déployer cet autre vaccin, préventif celui-là, produit par la firme belge Janssen Pharmaceutica.

« Il nous faut ce second vaccin préventif pour vacciner le plus de personnes possible », expliquait vendredi à Jeune Afrique Jean-Jacques Muyembe, à la veille de sa nomination à la tête du comité d’experts. « Il y a deux mois, l’INRB, le bras scientifique du ministère de la Santé, avait proposé de faire un rideau de vaccination entre Kayina à Lubero, au Nord, et Goma, au Sud. L’objectif était de protéger Goma, de vacciner le plus de gens possible pour créer une masse critique de personnes immunisées et contrer ainsi l’avancée de la maladie », précise le Pr Muyembe.

Lors d'une campagne de vaccination contre Ebola, le 13 juillet 2019 à Beni.

Lors d'une campagne de vaccination contre Ebola, le 13 juillet 2019 à Beni. © Jerome Delay/AP/SIPA

L’utilisation du deuxième vaccin est à nouveau envisagée. Nous allons en discuter avec les partenaires

Las, deux mois après, alors que la proposition de l’INRB était toujours bloquée au ministère, « le virus est entré à Goma », le 14 juillet dernier. Cité par la presse belge, cette firme affirme disposer d’un nombre important de doses du vaccin expérimental pour vacciner à court terme un demi-million de congolais contre Ebola.

Si les détails de la nouvelle organisation mise sur pied sur décision du chef de l’État ne sont pas encore clairement connus, le comité multisectoriel dont Muyembe a pris la tête dimanche, lui donne des pouvoirs étendus sur la conduite de la stratégie face à Ebola.

Et le directeur de l’INRB n’en fait pas mystère : « Avec les pouvoirs reçus du président de la République, l’utilisation du deuxième vaccin est à nouveau envisagée. Nous allons en discuter avec les partenaires », a-t-il assuré ce lundi à Jeune Afrique. Janssen Pharmaceutica disposerait d’un nombre suffisant de doses du vaccin expérimental pour vacciner à court terme un demi-million de Congolais de plus contre Ebola, selon la presse belge.

Mieux coordonner la réponse

Cette réorganisation a également pour objectif de limiter les divergences dans les approches adoptées par les multiples acteurs engagés face à la propagation de l’épidémie, de la communauté humanitaire internationale aux Nations unies dont les opérations sont pilotées, depuis mai dernier, par le représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU en RDC, David Gressly.

Lorsque l’Organisation mondiale de la Santé avait décrété le niveau d’« urgence de santé publique de portée internationale », le ministère avait dit espérer que « cette décision n’est pas le résultat des nombreuses pressions de différents groupes de parties prenantes qui voulaient utiliser cette déclaration comme une opportunité pour lever des fonds pour les acteurs humanitaires, malgré les conséquences potentiellement néfastes et imprévisibles pour les communautés affectées ».

Depuis que l’épidémie s’est déclarée, le 1er août 2018 à Butembo, plus de 2 500 cas confirmés ont été recensés et au moins 1 582 personnes sont mortes d’Ebola.

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