Politique

Afrique du Sud : face aux accusations, Ramaphosa contre-attaque

Cyril Ramaphosa, après avoir été réélu président, sans surprise, par le Parlement sud-africain, le mercredi 22 mai 2019.

Cyril Ramaphosa, après avoir été réélu président, sans surprise, par le Parlement sud-africain, le mercredi 22 mai 2019. © AP/SIPA

Le président Cyril Ramaphosa a dénoncé dimanche comme "irrévocablement biaisé" le rapport de la médiatrice de la République sud-africaine, qui a affirmé qu'il avait délibérément trompé le Parlement concernant une donation à sa campagne électorale.

« Après avoir soigneusement étudié le rapport, j’en conclus qu’il est irrévocablement biaisé », a-t-il déclaré à des journalistes, ajoutant qu’il était « décidé à obtenir en urgence un examen judiciaire » de ses conclusions.

Tout en reconnaissant que les accusations portées contre lui étaient « graves », le président a estimé que les conclusions du rapport « n’étaient pas conformes à la loi » et que certaines « excédaient l’étendue des pouvoirs » de la médiatrice.

« Il convient donc qu’un tribunal se détermine de manière définitive et impartiale sur ce sujet », a-t-il estimé.

Dans un communiqué, la médiatrice, Busisiwe Mkhwebane, une juriste indépendante chargée de contrôler notamment les actions de l’exécutif, s’est dite « confiante dans le fait que ses conclusions soient conformes aux faits et à la loi, le résultat d’un processus impartial et indépendant ».

Pour elle, l’enquête qu’elle a menée prouve que le président, qui a promis à maintes reprises d’éradiquer la corruption dans son pays, a trompé le Parlement de façon « délibérée », quand il a répondu à une question de l’opposition sur une donation à sa campagne de 500.000 rands (environ 32.000 euros) faite par un groupe industriel.

Ramaphosa avait alors affirmé que l’argent versé en 2017 était un paiement à son fils Andile pour un travail de consultant pour l’entreprise de services Bosasa, impliquée dans de nombreux contrats publics suspects.

Il a depuis reconnu qu’il s’agissait d’une donation à sa campagne pour la présidence de son parti, le Congrès national africain (ANC), une bataille intense qui lui a permis de vaincre le candidat choisi par l’ancien président Jacob Zuma.

Ramaphosa avait plaidé la bonne foi, assurant qu’il ne disposait pas des bonnes informations lorsqu’il avait répondu à la question au parlement. Il a promis de rembourser les fonds de campagne.

L’opposition réagit

Mais dans son rapport, publié vendredi, Mkhwebane souligne que « même si le président Ramaphosa a justifié son erreur en affirmant avoir reçu des informations incomplètes ou erronées, il a bien trompé le Parlement ».

Selon elle, le président « aurait dû se donner le temps nécessaire pour pouvoir s’informer et donner une réponse exacte » avant de répondre à la question posée par Mmusi Maimane, chef du principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA).

« Je juge donc que la conduite du président Ramaphosa (…) même si elle était de bonne foi, n’est pas à la hauteur de ses fonctions ».

Mkhwebane ajoute que la façon dont les fonds ont été déplacés d’un compte à l’autre avant de finir sur celui de la campagne de M. Ramaphosa exacerbe les soupçons de blanchiment d’argent.

Au pouvoir depuis février 2018 et réélu en mai, Ramaphosa a fait de la lutte contre la corruption son principal cheval de bataille dans un pays marqué par les scandales de la présidence de son prédécesseur, Jacob Zuma.

La médiatrice a été critiquée pour son implication présumée dans la guerre interne à l’ANC, le parti de Nelson Mandela, profondément divisé entre partisans de l’ex-président Zuma et soutiens de son successeur Ramaphosa.

Les Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale) ont demandé à Ramaphosa de suspendre l’exercice de ses fonctions pendant l’examen de l’affaire par la justice. De son côté, l’Alliance démocratique a demandé que le chef d’Etat comparaisse devant une commission parlementaire spéciale.

L’ancien président Jacob Zuma a comparu ces derniers jours devant une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur les nombreuses affaires qui ont éclaboussé son règne (2009-2018) à la tête du pays et l’ont contraint à la démission il y a un an et demi.

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