Musique

Festival : à Africajarc, la culture africaine loin du bling-bling et des clichés

Le chanteur angolais Bonga est à l'affiche du festival Africajarc, avec des artistes comme Abou Diarra, Cheikh Lô ou encore Gnawa Diffusion. © Page officielle Facebook Bonga

À Cajarc, irréductible petit village du sud de la France, un événement singulier convoque jusqu'au 21 juillet le meilleur de la littérature, de la musique et du cinéma africains.

Cajarc, son millier d’habitants, sa petite église du XIIIe siècle, sa gare désaffectée… et son festival hors norme, Africajarc qui transporte depuis vingt et un ans ce petit bourg du sud de la France, près de Cahors, sur le continent. Pendant quatre jours, jusqu’au 21 juillet, se succéderont sur scène le virtuose du blues mandingue Abou Diarra, le vétéran angolais Bonga, Cheikh Lô qui défend un mbalax mâtiné de reggae ou encore les Franco-Algériens de Gnawa Diffusion.

Le festival propose aussi des longs et courts métrages, parfois en présence des réalisateurs (les jeunes talents Latifa Said, Samuel Suffren…), ou encore des rencontres littéraires avec Souleymane Bachir Diagne, auteur familier de nos pages, le poète Capitaine Alexandre ; des expositions ; des contes avec le Congolais Abdon Kaf ; un marché artisanal qui sort du made in China et du wax contrefait… Bref, Cajarc devient pendant quelques jours africain.

« On veut ouvrir le continent à des passionnés mais aussi aux gens qui n’y connaissent rien », appuie Jacq-André Nguegan, 37 ans, chargé de la programmation musicale du festival depuis trois ans. Ce journaliste né à Douala, arrivé à dix-huit ans en Europe, a couvert le festival avant d’en devenir une des principales chevilles ouvrières, amoureux de cette manifestation « authentique », au point de profiter de ses voyages en Afrique pour faire du repérage de nouveaux talents.

Sona Jobarteh à l'Africajarc 2018. © Africajarc/Diane Barbier

Faire briller la diversité africaine

« L’histoire du festival, né en 1998, est assez singulière, remarque-t-il. Au départ il y a des parents d’élèves qui voient un spectacle d’artistes burkinabè et togolais [la troupe Kongo Ba, ndlr]. Ils sont tellement fascinés qu’ils invitent deux des membres de la troupe en résidence un an pour travailler avec les enfants autour de la danse et la musique d’Afrique de l’Ouest. Il y a une présentation d’un spectacle à la fin de l’année… l’engouement est général. » Aujourd’hui, ce sont près de 20 000 festivaliers (soit 20 fois la population de Cajarc) qui viennent changer de latitude chaque année sur les bords du Lot.

Les Frères Smith, lors de l'Africajarc 2018. © Africajarc/Diane Barbier

Nous montrons une diversité que beaucoup de Français ne soupçonnent pas

« Nous montrons une diversité que beaucoup de Français ne soupçonnent pas », souligne Jacq-André Nguegan, qui s’interdit de programmer « l’Afrique djembé » cliché. Les grosses stars du moment Davido ou Wizkid pourraient apparaître en revanche sur de futures programmations… à condition de s’entendre sur les cachets. Les contraintes financières du festival (Africajarc s’autofinance à 50 % et s’appuie sur près de 200 bénévoles) rejoignent une certaine philosophie : « Lorsque nous invitons Bonga, c’est aussi pour mettre en avant une figure de l’indépendance qui porte un regard positif sur le continent et défend certaines valeurs. »

Si les organisateurs font preuve d’une grande humilité, l’événement a aussi connu des moments historiques. Comme lorsque Tiken Jah Fakoly et Alpha Blondy se sont retrouvés au festival en 2012 pour défendre la réconciliation ivoirienne. Ou quand la petite ville du Lot a reçu les manuscrits de Tombouctou en 2013… l’année où Manu Dibango a fêté ses 80 ans sur scène.

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