Politique

Afrique du Sud : accusé de corruption, Jacob Zuma choisit de garder le silence face à la commission d’enquête

L'ancien président sud-africain Jacob Zuma sur le banc des accusés à la Haute Cour de Pietermaritzburg, en Afrique du Sud, le vendredi 27 juillet 2018. © Phil Magakoe/AP/SIPA

L'ex-président Jacob Zuma a mis fin le vendredi 19 juillet à sa coopération à une vaste enquête sur la corruption en Afrique du Sud pendant son mandat, se disant victime de parti pris.

L’ancien président, Jacob Zuma, témoignait depuis lundi devant la commission chargée de faire la lumière sur les nombreux scandales qui ont éclaboussé sa présidence (2009-2018) et l’ont contraint à la démission il y a un an et demi. Mais mercredi, la commission a suspendu l’audition de l’ex-président, son témoin numéro 1, qui s’est plaint du ton à ses yeux trop insistant des questions qui lui sont posées. Il devait être entendu vendredi pour une dernière journée si un compromis était trouvé sur les modalités de l’audience, ce qui ne s’est pas produit.

« Nous sommes ici aujourd’hui pour dire que nous ne participerons plus à cette procédure », a déclaré un des défenseurs de Jacob Zuma, Muzi Sikhakhane, devant la commission d’enquête siégeant à Johannesburg. « Depuis le début, notre client a été traité en accusé », a ajouté l’avocat, incriminant, sous les applaudissements de partisans de l’ex-dirigeant parmi les membres du public, « un processus politique où la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite ».

Depuis lundi, Jacob Zuma, qui dépose de son plein gré devant cette instance sans pouvoir judiciaire, était pressé de questions sur les témoignages qui l’ont mis en cause. Sur le fond, l’ex-chef de l’État a nié toute implication dans les affaires de corruption citées, criant à la « calomnie » et dénonçant un « complot » destiné à l’éliminer voire « l’assassiner ». « Je ne me souviens pas », a-t-il plusieurs fois esquivé sur les questionnements précis.

Témoignages accablants

Le juge présidant la commission, Raymond Zondo, a regretté le retrait de l’ex-président et défendu la procédure en cours. « J’espérais qu’il coopérerait, ce qu’il a fait en acceptant de venir », a-t-il dit. « Le premier objectif était de lui donner une occasion de donner sa version de l’histoire ».

Le principal avocat de la commission d’enquête a de son côté nié toute hostilité particulière à l’égard de l’ancien dirigeant. « Jacob Zuma et sa défense demandent dans les faits à être soustraits à l’application des règles », a estimé Paul Pretorius. « Si les questions sont précises et difficiles, c’est normal », a-t-il dit. « Non seulement nous avons le droit de les poser, c’est aussi notre devoir ».

Une fois ses auditions terminées, la commission anticorruption, devant laquelle se succèdent ministres, fonctionnaires ou encore chefs d’entreprise, doit rendre ses conclusions qui pourront être transmises au parquet pour d’éventuelles poursuites.

Nombre de témoignages, souvent diffusés en direct à la télévision, ont été accablants pour Jacob Zuma. Mais les enquêteurs, dont les auditions doivent durer probablement encore un an, n’ont eux-mêmes pas le pouvoir d’inculper quiconque.

Aucune inculpation formelle

La commission a été mise en place conformément aux injonctions en 2016 de la médiatrice de la République de l’époque, Thuli Madonsela, chargée du bon usage des deniers publics. L’ancien président avait affirmé lundi qu’elle avait été établie pour creuser sa « tombe ».

Dans un rapport officiel très compromettant pour Jacob Zuma, Thuli Madonsela a détaillé comment une fratrie d’hommes d’affaires d’origine indienne, les Gupta, avait pillé les ressources publiques, avec la complicité du président, et participait à la gestion des affaires de l’État, notamment la nomination de ministres. Les sulfureux Gupta ont depuis quitté l’Afrique du Sud pour s’établir à Dubaï.

Dans un premier temps, Jacob Zuma avait refusé de créer la commission, demandant l’annulation du rapport devant la justice. Mais sur ordre d’un juge, il a finalement été contraint d’obtempérer en janvier 2018. Quelques semaines plus tard, il démissionnait de la présidence de la République, lâché par son parti, le Congrès national africain (ANC). Il a été remplacé par le nouveau patron de l’ANC, Cyril Ramaphosa, qui a promis de tourner la page calamiteuse de la corruption.

Malgré toutes les accusations dont il fait l’objet, l’ancien président n’a toujours pas été formellement inculpé. Il n’est pour l’heure poursuivi par la justice que dans une seule affaire de pots-de-vin versés en marge d’un contrat d’armement signé… il y a vingt ans.

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