Politique

Drapeaux maliens brûlés à Kidal : la guerre des symboles entre MNLA et HCUA

Des jeunes filles tiennent le drapeau malien à Kidal, en juillet 2013.

Des jeunes filles tiennent le drapeau malien à Kidal, en juillet 2013. © CC / Flickr / MINUSMA/Marco Dormino

L’image a choqué, au Mali. Mercredi, des manifestants ont brûlé le drapeau national à Kidal. Un énième épisode dans le bras de fer que se livrent le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), pourtant tous deux signataires de l’accord de paix.

Des dizaines manifestants, dont certains juchés sur des motos, ont pris d’assaut le gouvernorat de Kidal, mercredi. Abandonné par les forces des mouvements signataires de l’accord de paix qui assuraient la sécurité jusque-là, les locaux ont été investis par les manifestants qui se sont saisi de tous les drapeaux maliens qu’ils ont pu y trouver avant d’y mettre le feu.

« Les manifestants ont ciblé les drapeaux, mais ils ont épargné les restes de matériels appartenant au gouvernorat de la région », assure un témoin de la scène à Jeune Afrique. Sur des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, on peut notamment voir des jeunes traînant les couleurs nationales derrière leurs motos, avant que le drapeau ne soit brûlé.

Des images qui ont choqué dans le reste du pays, et qui rappellent celles du 6 avril 2015, lorsque le MNLA, commémorant le « jour de l’indépendance de l’Azawad » proclamée en 2012 par le MNLA, qui avait vu des enfants, encadrés par des combattants du groupe armé, marcher sur le drapeau malien jeté au sol.

Vandalisme et drapeaux brûlés : accusations croisées

Mais là où l’épisode de 2015 avait pour objectif de choquer les partisans de l’unité du Mali, les événements de ce mercredi se sont déroulés dans un contexte tout autre. Cette fois, les manifestants, partisans déclarés du MNLA, avaient en fait une autre cible en tête que Bamako : cette fois, ce sont les responsables du HCUA qui ont cristallisé la colère.

Un drapeau malien brûlé à Kidal, le 1er juillet 2019.

Un drapeau malien brûlé à Kidal, le 1er juillet 2019. © DR / Copie d’écran Facebook

« Depuis quelques jours, des hommes dans une voiture 4X4 vandalisent nuitamment les monuments érigés par les partisans du MNLA. Il y a eu d’abord la destruction partielle du Monument-du-6 avril, puis le vandalisme du monument dit « du blindé malien confisqué », symbolisant la victoire contre les forces armées maliennes, lorsque celle-ci avait dû fuir Kidal face aux groupes armés, en mai 2014 », confie à jeune Afrique une source à Kidal.

Si ces actes n’ont pas été revendiqués, les jeunes partisans du MNLA y voient la main des hommes du HCUA. Et lorsqu’ils ont appris qu’Alghabass Ag Intalla, secrétaire général du HCUA, avait invité une délégation de députés maliens à une cérémonie de levée des couleurs au camp militaire du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), les jeunes militants du MNLA se sont fait un devoir de tout faire pour saboter la cérémonie.

Finalement, les députés, arrivés à Kidal le 15 juillet dans le cadre d’une mission d’évaluation de la mise en œuvre de l’accord de paix, ont décliné l’invitation. « Nous avons dit à Alghabass Ag Intalla que cette cérémonie ne figurait pas à notre agenda, et nous avons décliné l’invitation, justement, de peur de débordements », explique à Jeune Afrique Aïcha Belco Maiga, députée de Tessalit, dans la région de Kidal  et cheffe de cette délégation de parlementaires.

Je ne suis pas à l’origine des attaques contre les monuments érigés par le MNLA

Face à la colère des manifestants, Alghabass Ag Intalla, frère de l’Amenokal de Kidal (Attayoub Ag Intalla, chef traditionnel, élu par les sages de la ville), est finalement sorti de son silence, mercredi soir, pour s’adresser à la jeunesse de Kidal.

« Je ne suis pas à l’origine des attaques contre les monuments érigés par le MNLA dans la ville de Kidal. Je n’ai jamais été contre un monument, même ceux que Alpha Oumar Konaré [président malien de 1992 à 2002] a érigé ici, à Kidal. Et le MNLA peut remplir toute la ville de monuments, cela ne me dérange pas », a-t-il assuré dans un message audio diffusé sur des groupes WhatsApp qui rassemble beaucoup de jeunes de Kidal.

Quelles conséquences pour l’accord de paix ?

À Bamako, les images du drapeau malien traîné au sol et brûlé par les manifestants a choqué. Dans un communiqué, le gouvernement malien appelle les responsables des mouvements armés signataires de l’accord de paix à « adopter des comportements qui honorent la République ».

Le gouvernement se fait par ailleurs menaçant : « Les auteurs de tels actes s’exposent aux sanctions prévues contre ceux qui font entrave à la mise en œuvre de l’accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. »

Le 10 juillet dernier, le conseil de sécurité de l’ONU a ajouté les noms de cinq Maliens sur la liste noire des personnes qui entravent ou retardent la mise en œuvre de l’accord. En l’occurrence, il s’agit du député Mohamed Ould Mataly, de Mahri Sidi Amar Ben Daha – alias Yoro Ould Daha –, de Mohamed Ben Ahmed Mahri – alias Rougi –, de Houka Houka Ag Alhousseini et d’Ahmed Ag Albachar. Ce dernier, seul représentant de Kidal a avoir été ajoutée à cette liste de personnalités sanctionnées et beau-frère du fils de l’Amenokal de Kidal, est accusé par l’ONU d’avoir détourner l’aide humanitaire destinée à la ville.

La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) annonce pour sa part qu’elle « condamne avec la dernière énergie les actes posés à l’encontre du drapeau national et se désolidarise de tout acte contraire à ses engagements pris dans l’Accord de paix et de réconciliation, y compris ceux liés aux symboles de l’État dans la ville de Kidal ».

Pas sûr, cependant, que ce communiqué, signé de la main de Mossa Ag Attaher, lui-même membre du MNLA, permette de faire baisser les tensions entre les deux groupes. Car c’est tout le paradoxe. La CMA, qui contrôle Kidal, bastion de la rébellion, doit composer en interne avec des dissensions profondes. Une rivalité qui, si elle venait à s’exacerber encore, aurait immanquablement des conséquences sur la mise en œuvre déjà plus que timide de l’accord de paix.

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