Arts

Cameroun : Reine Dibussi, l’illustratrice qui milite pour la place des femmes dans la BD

L'illustratrice Reine Dibussi.

L'illustratrice Reine Dibussi. © DR

Unique Camerounaise désignée pour illustrer la page d’accueil de Google durant la dernière Coupe du monde féminine de football, Reine Dibussi a su s’imposer avec son style semi-réaliste. Avec sa deuxième BD, elle entend davantage donner de la visibilité aux femmes.

Au début, elle a cru à un « canular ». « Avoir été choisie par Google pour réaliser un dessin pour leur page d’accueil, à l’occasion de la Coupe du monde féminine de football… je n’y croyais pas », se remémore Reine Dibussi depuis sa retraite artistique à Vendôme, dans le centre de la France. Cette journée de mi-mai, un directeur artistique du géant Google la contacte pour réaliser une commande. Elle apprendra plus tard qu’elle est même la seule Camerounaise parmi une dizaine d’artistes retenus à travers le monde pour ce projet. « J’ai poussé un gros ‘Yes’ ! ».

Depuis, des millions d’internautes ont pu voir son illustration, découvrir son univers et ses personnages enjoués, comme cette footballeuse déterminée ou ces supporters réjouis. L’équipe féminine du Cameroun a beau avoir été éliminée par l’Angleterre le 23 juin, son pari à elle est réussi. « C’était une grosse réalisation pour moi, et ce fut une expérience exceptionnelle et enrichissante », raconte cette passionnée de dessin, née sur l’une des collines de la ville de Yaoundé en 1987.

L'illustration de Reine Dibussi pour Google, à l'occasion de la Coupe de monde féminine de football.

L'illustration de Reine Dibussi pour Google, à l'occasion de la Coupe de monde féminine de football. © RD/Reine Dibussi

Loin du dessin classique, Reine Dibussi s’initie au « concept art »

« Concept art »

« J’ai toujours dessiné et écrit, et ce depuis que je sais tenir un crayon », affirme l’illustratrice, dont le parcours scolaire ne prédisposait pourtant pas à une carrière artistique. Surtout pas après l’obtention d’un baccalauréat scientifique option physique au collège français Fustel de Coulanges de Yaoundé, qu’elle quitte en 2006.

À cette époque, Reine Dibussi rêve entre autres de devenir astrophysicienne, mais sans grande conviction. Elle intègre cependant l’université de Rennes 2, en France, où elle fait des études d’anglais et de littérature des civilisations pendant deux ans, avant de poursuivre un cursus à l’École de dessin Émile Cohl, à Lyon. « Écrire et créer ont toujours été en moi, je n’ai jamais pu m’en départir », commente-t-elle.

À Lyon, elle succombe à la « sensibilité » des dessinateurs tels que Sergio Toppi et Joseph Christian Leyendecker, ou encore aux « ombres et lumières » de l’artiste peintre italienne Artemisia Gentileschi. C’est la voie tracée vers l’illustration. Mais loin du dessin classique, Reine Dibussi s’initie au « concept art ». Un procédé souvent utilisé dans l’industrie du jeu vidéo, qui consiste à créer tous les visuels utiles à une production artistique en se servant notamment du dessin, de la sculpture ou encore de la photo.

Une héroïne déterminée

Si Reine Dibussi est en France, elle garde un lien étroit avec son pays natal, le Cameroun. Un attachement qu’elle matérialise dans sa première bande dessinée parue en novembre 2017 et intitulée Mulatako. Une histoire de science-fiction inspirée du « Mami wata » ou « Jengu », une sorte de sirène inscrite dans les récits mythologiques des peuples de la côte du Cameroun.

La couverture de Mulatako, de Reine Dibussi.

La couverture de Mulatako, de Reine Dibussi. © DR

Les femmes doivent s’imposer là où elles ne sont pas attendues

L’héroïne Jéméa, une enfant esprit de l’eau qui apprend que les maîtres de son monde veulent détruire son école, séduit le public qui s’arrache près d’un millier d’exemplaires de ce roman dessiné. Une revanche pour celle qui a autoédité sa BD, face au refus des grandes maisons d’édition locales qui rechignent à s’investir dans ce genre littéraire qu’elles jugent peu rentable.

Militante

Un succès aussi pour cette artiste, qui milite pour l’approche du genre dans l’univers du dessin. « Les femmes doivent prendre leur place dans le milieu de la bande dessinée, qui n’est clairement pas pensé pour elles, clame cette anticonformiste assumée. Il faut qu’elles arrêtent de demander la permission et qu’elles s’imposent là où elles ne sont pas attendues », ajoute-elle.

Désormais tournée vers la réalisation du deuxième tome de Mulatako, Reine Dibussi annonce la couleur : un script réalisé par la scénariste Carine Bahanag, avec en toile de fond la préparation de l’adaptation de l’histoire dans un long métrage d’animation. « Ma vision est claire, et j’espère qu’elle le sera pour le public une fois mes objectifs atteints ».

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