Musique

« Je suis un être musical et culturel » : quand Johnny Clegg se confiait à Jeune Afrique

Johnny Clegg lors d'un concert à Cape Town, en juillet 2017.

Johnny Clegg lors d'un concert à Cape Town, en juillet 2017. © STR/AP/SIPA

En juin 1988, Johnny Clegg, mort mardi 16 juillet, accordait une interview à Jeune Afrique. Morceaux choisis.

Juin 1988. Alors que l’apartheid structure encore l’Afrique du Sud, Johnny Clegg est numéro un des ventes en France. Dans une interview qu’il accorde alors à Jeune Afrique, la star sud-africaine, décédée mardi 16 juillet à l’âge de 66 ans, évoque son enfance, sa passion des rythmes zoulou, et dénonce aussi l’apartheid.

Un entretien dans lequel il évoque également la montée en puissance du Congrès national africain (ANC), qui rêve alors de conquérir le pouvoir. « Je crois que l’ANC est [l’organisation] la plus respectable et celle qui possède la plus large adhésion populaire. Il reste à savoir comment elle transformera ce crédit en pouvoir de ralliement à l’intérieur du pays », assurait-il à Jeune Afrique.

Morceaux choisis de cette interview, accordée en juin 1988 (l’intégralité de l’entretien en fin d’article).

Jeune Afrique : Comment un Noir et un Blanc peuvent-ils se produire ensemble dans des zones réservées aux Blancs ?

Johnny Clegg : Dès mon plus jeune âge, je me suis intéressé à la musique zoulou. Or, cette musique était circonscrite dans un quartier noir de Johannesburg, et moi j’étais Blanc. À l’époque, il n’était pas possible de se rendre dans un quartier noir sans une autorisation qui, bien entendu, était pratiquement impossible à obtenir. De toute façon, moi je ne m’en souciais guère. Alors à chaque fois, la police me ramenait au poste, téléphonait à mère qui payait une amende, signait une reconnaissance de culpabilité et me faisait promettre de ne pas recommencer.

Mais rien n’aurait pu m’empêcher de retourner au township pour écouter cette musique que l’on jouait dans la rue et sur les toits des maisons ! La plupart de ces gens travaillaient comme nettoyeurs dans les grands magasins et la musique était leur passe-temps.

Puis j’ai rencontré Sipho. La première fois que je suis allé le voir chez lui, dans sa famille, nous avons tous les deux été arrêtés. Sipho fut assigné en justice pour avoir entraîné un Blanc en zone noire sans permission. Nous n’avions aucune notion politique et considérions l’apartheid uniquement comme un obstacle à nos rencontres.

Plus tard, je suis allé à l’université Witswatersrand où je me suis politisé. J’ai commencé à percevoir les choses différemment.

Pouvez-vous chanter en Afrique du Sud votre ode à Nelson Mandela, Asimbonanga, sans être inquiété ? 

Peut-être. Le gouvernement parle beaucoup de réformes et tient à accréditer son ouverture d’esprit. À mon avis, l’enjeu n’est plus le même. Les Noirs ne se battent plus tellement contre l’apartheid mais plutôt pour le transfert du pouvoir politique, car l’apartheid visible, la ségrégation culturelle et sociale est relativement facile à surmonter.

Avez-vous rencontré des interlocuteurs noirs qui doutent de l’authenticité de votre engagement culturel à travers la musique zoulou ?

Oui, des Blancs aussi. Les détracteurs noirs m’ont dit que si j’avais été un Noir jouant la même musique, personne ne m’aurait remarqué. Ils critiquaient le fait que la couleur de ma peau m’assure un traitement de faveur. Ma position est simple : je suis un être musical et culturel. Je me méfie des idéologies et du fonctionnement au jour le jour des organisations politiques, parce qu’elles sont
dirigées par des êtres humains par nature influençables. Je dois rester fidèle à moi-même, à mes sentiments et à mes jugements pour que ma musique et tout ce que je fais soient authentiques.

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