Vie des partis

Guinée – Bah Oury : « Je serai candidat en 2020 sous les couleurs d’un nouveau parti »

L'ancien vice-président e l'UFDG, Oury Bah, en 2014. © Vincent Fournier/JA

Bah Oury, ancien vice-président de l’UFDG, dont il a été exclu en 2016, veut « tourner la page ». Après plusieurs années à batailler contre Cellou Dalein Diallo pour prendre la main sur le principal parti de l'opposition guinéenne, il a finalement jeté l'éponge. Il annonce son intention de créer un nouveau parti et de se présenter à la présidentielle de 2020.

« L’UFDG, c’est terminé. » Après quatre ans de bras de fer avec les ténors de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Bah Oury a décidé de « définitivement tourner la page ». Il ne retournera pas dans le parti qu’il a fondé en 1991 et dont il a été exclu en février 2016 pour « insubordination ». Il lui avait alors été reproché sa proximité avec l’exécutif.

La cour d’appel de Conakry lui a pourtant donné raison, le 25 juin dernier, en lui redonnant ses « pleins droits au sein de l’UFDG » dans le conflit qui l’oppose au numéro 1 du parti, Cellou Dalein Diallo. Dans la foulée du jugement prononcé en sa faveur, Bah Oury a bien tenté de tendre la main à Cellou Dalein Diallo, l’invitant à « se réunir autour d’une table pour donner un nouveau cap au parti ». Mais rien n’y a fait. Les dissensions et accusations mutuelles ont laissé des marques trop profondes. Bah Oury reste persona non grata à l’UFDG, où il était à la tête d’un courant, le « Renouveau », qui plaidait pour une ouverture au dialogue avec les autres partis, et en particulier ceux de la mouvance présidentielle.

Dans l’entretien qu’il a accordé à Jeune Afrique, l’opposant revient sur ses relations avec ses désormais anciens alliés de l’UFDG, la stratégie politique qu’il compte déployer en vue de la présidentielle de 2020 ainsi que, notamment, le débat autour de la révision constitutionnelle.

Jeune Afrique : Malgré la décision de la cour d’appel de Conakry en votre faveur, vous faites le choix de quitter l’UFDG pour de bon. N’y avait-il pas d’autre voie possible ?   

Bah Oury : Une primaire aurait été tout à fait souhaitable. Et je l’ai toujours préconisée. Il faut se rappeler que l’UFDG est formée de plusieurs courants, qui ont cimenté ce que le parti est devenu. Mais aujourd’hui, le parti est entré dans une logique totalitaire. Il est phagocyté par Cellou Dalein Diallo, qui prétend que rien n’est possible sans lui.

Quand la cour d’appel de Conakry a décidé de me réintégrer au sein du parti, j’ai tendu la main au chef de file de l’opposition pour un dialogue franc, constructif et responsable, dans le but de régler les problèmes de l’UFDG. Cellou Dalein Diallo a refusé. À l’aune des élections législatives et présidentielle qui se profilent, je qualifie son acte de politique et intéressé.

C’est pour toutes ces raisons que j’annonce que je serai candidat à l’élection présidentielle de 2020, sous les couleurs d’un nouveau parti auquel je compte associer les membres de l’UFDG qui me soutiennent. Ensemble, nous serons dans une dynamique d’ouverture politique et de réconciliation.

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a annoncé la tenue d’élections législatives pour le premier trimestre 2020 et la présidentielle est prévue pour décembre de la même année. Ce calendrier vous paraît-il tenable ?

Je me suis formellement opposé à la prorogation du mandat des députés, puisque cela nous conduit vers un glissement du calendrier électoral. Les députés de l’opposition et de la mouvance présidentielle en avaient conscience, par ailleurs. En faisant le choix de continuer à siéger à l’Assemblée nationale, ils ont fait preuve d’égoïsme et ne se sont préoccupés que de la continuité de leur mandat.

Ces choix mènent le pays dans une impasse électorale et je crois que le calendrier présenté par la Ceni – qui envisage des législatives pour le début 2020 – n’est pas tenable.

Il faut faire preuve de pragmatisme, 2020 sera une année chargée, puisque l’élection présidentielle est fixée à décembre. Sur le plan politique, économique et financier, il est illusoire de croire que ces deux élections majeures pourront s’organiser la même année.

Le débat sur la révision constitutionnelle, souhaitée par l’exécutif et que l’opposition combat, a relancé les inquiétudes d’une partie de l’opposition sur l’éventualité d’une candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat, ce que l’actuelle Constitution ne lui permet pas. Quelle est votre position dans ce débat ?

Je suis en faveur d’une stabilité constitutionnelle et politique. Pour cela, il faut que le président de la République aille dans le sens de ce qui peut conforter la stabilité de la Guinée et assurer une véritable alternance démocratique en décembre 2020. Tout cela serait à son honneur.

Tous les Guinéens doivent garder en tête que la limitation du mandat présidentiel à deux quinquennats n’est pas anodine. Elle nous a été imposée par l’histoire politique de notre pays depuis l’indépendance. À la mort de Sékou Touré, le Comité militaire de redressement national (CMRN) avait mis dans ses propositions constitutionnelles de 1989, adoptées en 1990, cette limitation de mandats.

En 2001, le président Lansana Conté a défait cette loi, en mettant en place une présidence à vie. Nous connaissons la suite de l’histoire et les nombreuses instabilités politiques que la Guinée a traversé. Il faut que cette limitation des mandats soit immuable.

Le 29 juin, lors du sommet des chefs d’État de la Cedeao, à Abuja, ceux-ci se sont engagés à maintenir le calendrier fixant à 2020 la mise en place de l’éco, la future monnaie unique ouest-africaine. Selon vous, la Guinée y est-elle prête ?

Je suis favorable à une monnaie commune au sein de la communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) car cela va favoriser l’intégration économique par le renforcement des échanges économiques entre les pays membres. En revanche, dans le cas de la Guinée, je pense que ce n’est pas le franc guinéen qui est en cause, mais la gestion de cette monnaie par la Banque centrale de la République de Guinée qui est problématique.

Celle-ci conduit depuis longtemps une politique monétaire laxiste. La Banque centrale n’a aucune maîtrise de sa politique de planche à billets, cela crée de facto une inflation structurelle dans le pays. Cette mauvaise gouvernance a d’ailleurs favorisé le développement d’un marché noir de devises.

Enfin, la faible valeur de notre monnaie fait également fuir les capitaux guinéens dans les pays voisins : certains chefs d’entreprises préfèrent s’installer à Dakar ou dans d’autres pays limitrophes pour engranger plus de profit, car ils gagnent en compétitivité avec le franc CFA. Pour espérer intégrer la future monnaie commune, la Guinée devra donc faire face à ces problèmes de fonds. La tâche sera fastidieuse.

Une loi élargissant les conditions d’utilisation de leurs armes de service par les gendarmes a fait polémique, ces dernières semaines, certains affirmant qu’elle risque de favoriser les violences policières, quand d’autres affirment au contraire qu’il s’agit de mieux encadrer les forces de l’ordre. Pour vous, qui a raison ? 

Tout d’abord, il est important de noter que durant ces trois dernières années, le président Alpha Condé a normalisé le système sécuritaire en Guinée en remettant les militaires dans les casernes. Il y a cinq ans, marcher dans les rues de Conakry donnait le sentiment d’être dans un pays en guerre. On apercevait à chaque coin de rue des militaires lourdement armés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Ceci étant dit, je suis totalement opposé à la loi relative au port d’armes des gendarmes car, au vu du passé de la Guinée, cette loi est imprudente. Le pays a été confronté à de nombreuses tragédies collectives – le massacre du Stade du 28 septembre, des pertes de vies trop fréquentes lors de manifestations… Et compte tenu des échéances électorales à venir, l’exécutif aurait dû faire preuve de prudence et restreindre les dispositifs des forces de l’ordre pour limiter les bavures policières.

Les candidats à l’émigration sont nombreux en Guinée. En France, ils forment le second contingent de demandeurs d’asile. Quelle est votre position sur cette émigration ? 

Cette dynamique de l’émigration des jeunes Guinéens s’est fortement accélérée depuis 2011. Ces jeunes partent à cause d’une mauvaise redistribution des richesses du pays, de la pauvreté et du manque de perspectives.

Il faut repenser la construction de l’État, en favorisant une politique de décentralisation pour donner du pouvoir aux collectivités locales. Ces collectivités regorgent de viviers économiques qui peuvent être exploités par les citoyens, à la condition qu’on leur en donne les moyens. Sur le long terme, cela permettrait d’impulser la création d’activités sources de revenus. Il faut arrêter de tout centraliser à Conakry, la capitale ne représente même pas un tiers du territoire guinéen.

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