Justice

Côte d’Ivoire : l’opposant Bamba Moriféré poursuivi pour xénophobie et troubles à l’ordre public

L'opposant ivoirien Bamba Moriféré, ancien ministre de la Santé, ici le 16 décembre 2017, à Abidjan. © YOURI LENQUETTE POUR JA

Après plusieurs jours d’incertitude, l’opposant Bamba Moriféré est désormais fixé sur son sort judiciaire. Il est accusé d’« incitation à l’insurrection, xénophobie et troubles à l’ordre public », après un meeting organisé dans un stade de la commune de Cocody.

De quoi était accusé Bamba Moriféré ? Brièvement interpellé par la police, le 7 juillet dernier, à la suite d’un meeting qu’il avait coorganisé la veille avec d’autres opposants, dans un petit stade de la commune de Cocody (district d’Abidjan), Bamba Moriféré a dû attendre cinq jours pour savoir ce qui lui était véritablement reproché. Au terme de plusieurs démarches de ses avocats, le chef d’accusation a été finalement validé par la Cour de cassation, saisie par le parquet du tribunal du Plateau.

Celle-ci a tranché : Bamba Moriféré est poursuivi pour « incitation à l’insurrection, xénophobie et troubles à l’ordre public » et doit être jugé par le tribunal de première instance du Plateau. Une décision qui provoque la colère de son collectif d’avocats. Parmi eux, sa fille, l’ex-ministre Affoussiata Bamba-Lamine, proche de Guillaume Soro et désormais virulente critique du pouvoir d’Alassane Ouattara. Comme son père…

« Il n’y a pas eu de propos xénophobes »

« On a été tous surpris. Il n’y a pas eu de propos xénophobes qui ont été tenus. (Ni) de propos de troubles à l’ordre public (durant) ce meeting. Et il n’y a pas eu de propos qui poussaient à l’insurrection de tous les Ivoiriens », a démenti Me Bamba-Lamine. Autre motif de colère des avocats de Bamba Moriféré, le statut de ce dernier. Bamba est un ancien ministre qui a servi dans le gouvernement de transition du général Robert Gueï, en 2000. « C’est la loi de 2005 qui protège les anciens membres du gouvernement qui a été violée » à travers l’interpellation musclée de Bamba Moriféré, par la police, dénonce de son côté Me Souleymane Diallo.

De fait, le parquet vise une phrase particulière prononcée par le vieil opposant, jadis soutien d’Alassane Ouattara contre Laurent Gbagbo à la présidentielle d’octobre 2010. « Nous ne laisserons pas qu’un aventurier vienne gâter notre pays et nous vendre nos propres pièces (d’identité). Ce meeting est un meeting d’échauffement. Le commencement d’une série de meetings pour manifester contre Dramane au pouvoir. Depuis que Dramane est au pouvoir, il y a un recul de la démocratie en Côte d’Ivoire », avait-il lancé, au grand bonheur des spectateurs qui ne s’étaient pas particulièrement déplacés.

À quelques mois de la présidentielle

Dans un autre pays, un tel discours d’opposant aurait pu passer inaperçu. Pas en Côte d’Ivoire, à quinze mois d’une présidentielle à l’issue incertaine. Dans un contexte politique marqué par le repli identitaire, le spectre de l’ivoirité (concept conçu sous Henri Konan Bédié à l’origine culturel, devenu politique et destiné à exclure de potentiels candidats) est encore présent dans les esprits, et est agité aussi bien par l’opposition pour rassembler ses troupes que par le pouvoir, pour complexer ses opposants.

Au demeurant, l’autre enjeu de l’interpellation des opposants semble être le contrôle de la rue, note l’analyse politique Innocent Gnelbin. « Le pouvoir d’Abidjan anticipe sur ses craintes », indique l’analyste politique. Début juillet, Valentin Kouassi, président des jeunes du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI de Bédié), avait passé une nuit en garde à vue, dans un camp de gendarmerie de la capitale ivoirienne. Il fait l’objet d’une commission rogatoire et il lui est interdit de parler politique en public et sur les réseaux sociaux. Il avait lui aussi appelé ses militants à « se tenir prêts pour des manifestations de terrain ».

Ce n’est pas la première fois qu’un opposant à Alassane Ouattara est poursuivi, entre autres, pour des propos jugés xénophobes. En mars 2017, Jichi Sam dit « Sam l’Africain » avait été condamné à six mois de prison pour des propos visant « le pouvoir du Nord » d’Alassane Ouattara et de son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly.

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