Sécurité

Mali : qui sont les cinq personnes sanctionnées par l’ONU pour entrave à l’accord de paix ?

Une patrouille commune entre ancien rebelles et forces armées maliennes, en février 2017 à Gao. © Baba Ahmed/AP/SIPA

Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé les sanctions contre cinq Maliens, tous des membres importants de groupes armés du Nord. Accusés notamment d’entrave à l’application de l’accord de paix, de trafic de drogue et d’armes, ils sont désormais interdits de voyager à l’extérieur du Mali.

La liste des Maliens sanctionnés par l’ONU comporte désormais cinq nouveaux noms, en plus des trois déjà inscrits fin 2018. Le Conseil de sécurité de l’ONU a en effet voté le 10 juillet les sanctions proposées contre ces Maliens, tous des membres importants de groupes armés du Nord.

Il s’agit du député Mohamed Ould Mataly, de Mahri Sidi Amar Ben Daha – alias Yoro Ould Daha –, de Mohamed Ben Ahmed Mahri – alias Rougi –, de Houka Houka Ag Alhousseini et d’Ahmed Ag Albachar.

Ces personnes sont accusées d’entrave à l’application de l’accord de paix, de trafic d’armes et de drogue, de supporter les groupes terroristes et d’avoir détourner de l’aide humanitaire destinée aux populations. Ils sont désormais interdits de voyager à l’extérieur du Mali et les organisations ont l’interdiction de leur apporter du soutien.

Organisation de manifestations

Les cinq Maliens sanctionnés sont loin d’être étrangers aux groupes armés. Mohamed Ould Mataly est un membre important de la Plateforme des mouvements armés pro-Bamako. Il est accusé par l’ONU d’être notamment l’instigateur des manifestations qui ont empêché la tenue des concertations régionales sur le découpage territorial en 2018 à Gao, et des manifestations organisées dans la même ville contre l’installation des autorités intérimaires de la région de Gao, prévue par l’accord de paix. Plus grave encore, Ould Mataly est accusé par l’ONU d’être à l’origine de la libération dans les prisons maliennes de plusieurs personnes accusées de terrorisme.

Mohamed Ould Mataly est également un député du Rassemblement pour le Mali (RPM), du président Ibrahim Boubacar Keïta. « Il faut rappeler que ce personnage n’est pas vraiment membre d’un parti politique fixe, il migre selon le pouvoir. Il était député du Mouvement citoyen de l’ancien président Amadou Toumani Touré », rappelle sous anonymat une source bien introduite dans le milieu politique du nord du Mali.

Sur cette liste de sanctions figure une autre personnalité bien connue dans le milieu sécuritaire de la région de Gao. Il s’agit de Mahri Sidi Amar Ben Daha, alias Yoro Ould Daha, commandant des combattants du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) à Gao, et ancien membre de la police islamique de Gao lors de l’occupation de cette ville par des groupes liés à Al-Qaïda en 2012. Le Conseil de sécurité de l’ONU lui reproche d’être à l’origine de violations de cessez-le-feu et d’entrave à l’application de l’accord de paix. Yoro Ould Daha, adjoint du commandant du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), est prétendant au grade de général de l’armée malienne à la suite de la future insertion des ex-combattants dans le cadre du programme de Démobilisation, désarmement et réinsertion (DDR).

Soutien au terrorisme

Une troisième personnalité de la région de Gao est présente sur la liste onusienne : Mohamed Ben Ahmed Mahri, alias Rougi, qui est également membre du MMA de Gao, et propriétaire de la compagnie Tilemsi Transport, qui desserve le plus de pays de l’Afrique de l’Ouest. Il est accusé par l’ONU de financement des groupes armés terroristes, de trafic de drogue, trafic d’êtres humains et trafic d’armes au Mali. Rougi est également accusé de soutenir le groupe jihadiste Al Mourabitoune, fondé par Mokhtar Belmokhtar et très actif dans la région de Gao.

Dans la région de Kidal, une seule personne figure sur cette nouvelle liste. Il s’agit d’Ahmed Ag Albachar, le beau-frère du fils de l’Amenokal de Kidal, Attayoub Ag Intalla. Ahmed Ag Albachar est accusé par l’ONU de détournement de l’aide humanitaire destinée à la population de Kidal. Selon l’organisation onusienne, ce dernier userait de toute son influence auprès de groupes armés pour définir les organisations humanitaires qui peuvent ou non s’installer à Kidal. Pour l’ONU, l’aide humanitaire ne peut être distribuée selon les priorités fixées par Ag Albachar, violant ainsi les principes de neutralité des ONG humanitaires.

Retarder l’application de l’accord de paix

La cinquième personne sanctionnée vient de la région de Tombouctou. Houka Houka Ag Alhousseini est bien connu pour avoir ordonné de couper des mains et tué une personne à Tombouctou en 2012 pour faire appliquer la charia. Comme les autres Maliens visés par l’ONU, il est lui aussi accusé de retarder l’application de l’accord de paix.

Arrêté au mois de janvier 2014, il avait été relâché par les autorités maliennes au mois d’août de la même année. Depuis sa libération, il a été installé par le gouverneur de Tombouctou comme enseignant dans la commune de Essakane, dans le cercle de Goundam, où il continue de faire appliquer la charia dans la zone où des groupes armés liés à Al-Qaïda sont influents.

Cette nouvelle liste ramène ainsi à huit le nombre de Maliens sous sanctions de l’ONU dans le cadre de l’application de l’accord de paix. En décembre dernier, l’ONU avait sanctionné Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune (de la Coalition du peuple de l’Azawad, CPA), Ahmoudou Ag Asriw et Mahamadou Ag Rhissa du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), tous pour entrave à l’application de l’accord de paix.

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