Politique

RDC : divorce entre Joseph Kabila et Modeste Bahati Lukwebo

Joseph Kabila (à g.) et Modeste Bahati Lukwebo.

Joseph Kabila (à g.) et Modeste Bahati Lukwebo. © Montage Jerome Delay/AP/SIPA et Wikimedia Commons

Modeste Bahati Lukwebo a été suspendu le 9 juillet pour une durée indéterminée du Front commun pour le Congo (FCC), pour avoir maintenu sa candidature à la présidence du Sénat face à Alexis Thambwe Mwamba, le candidat choisi par Joseph Kabila.

Il a refusé de se plier au choix de Joseph Kabila, il en paye aujourd’hui le prix. Modeste Bahati Lukwebo a été suspendu mardi 9 juillet du Front commun pour le Congo (FCC) pour une durée indéterminée. En cause : sa fronde face à la candidature d’Alexis Thambwe Mwamba, choisi par Joseph Kabila pour se présenter à la présidence du Sénat.

Le choix de l’ancien chef d’État est venu court-circuiter les ambitions de Modeste Bahati Lukwebo, qui visait précisément ce poste. Dans la décision annoncée mardi, à l’issue d’une réunion présidée par Néhemie Mwilanya Wilondja, coordonnateur du FCC, il est ainsi reproché au frondeur sa candidature à la présidence du Sénat.

Ses « actes portent atteintes aux intérêts politiques du FCC », note la coalition dirigée par Joseph Kabila, qui ajoute que Bahati Lukwebo « s’inscrit dans une position d’auto-exclusion au regard de son comportement récidiviste ». De ce fait, le FCC a demandé au regroupement Alliance des forces démocratiques pour le Congo et alliés (AFDC-A), dirigé par Bahati Lukwebo, de se choisir un autre responsable pour représenter le regroupement aux instances de la coalition.

Considéré comme l’un des poids lourds du FCC, Bahati Lukwebo participait jusqu’à présent à presque toutes les réunions stratégiques de la coalition. Avec 44 députés nationaux, 70 députés provinciaux et 13 sénateurs, l’AFDC-A est l’une de deux premières forces du FCC, aux côtés du Parti pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Joseph Kabila.

« Lukwebo a été trop intransigeant »

Le FCC tenait à éviter deux candidatures à la tête du Sénat. Même s’il détient une majorité presque absolue (98 sénateurs sur 108), le camp de Joseph Kabila a encore en mémoire la défaite de son candidat, Léonard She Okitundu, au poste du président du Sénat en mai 2007, face à Léon Kengo Wa Dondo, qui a dirigé la chambre haute du Parlement congolais jusqu’en 2019.

Le 8 juillet, Modeste Bahati Lukwebo avait été fortement incité à déclarer publiquement qu’il soutenait le choix de l’« autorité morale » du FCC, Joseph Kabila. Modeste Bahati Lukwebo aurait demandé 24 heures pour réfléchir. Mais un cadre du FCC affirme, sous le couvert de l’anonymat, que Lukwebo se serait engagé à faire amende honorable.

« Joseph Kabila avait instruit que le FCC puisse négocier avec Bahati Lukwebo, sans passion, mais Lukwebo a été trop intransigeant », assure un cacique du FCC à Jeune Afrique. L’ancien ministre et actuel sénateur a de fait choisi de maintenir sa candidature, en dépit du soutien de certains députés de son regroupement à Alexis Thambwe Mwamba, proche de Joseph Kabila.

Ambitions

Plusieurs fois ministre, Modeste Bahati Lukwebo, originaire de la province du Sud-Kivu, avait également été questeur à l’Assemblée nationale de 2006 à 2009. Il n’a cependant jamais été d’accord avec le quota réservé à son parti dans les institutions sous Joseph Kabila. « Toute chose a une fin, et notre patience a également une fin », se plaisait à répéter l’ancien ministre, sans toutefois parvenir à s’assumer comme Vital Kamerhe, Moïse Katumbi, Jean-Claude Muyambo, tous d’anciens proches collaborateurs de Joseph Kabila depuis passés avec fracas dans le camp de l’opposition.

À la fin du mandat de Joseph Kabila en décembre 2016, Modeste Bahati Lukwebo avait d’ailleurs été tenté de faire route avec les membres du G7 et Katumbi. Il s’était finalement ravisé à la dernière minute, et avait alors exprimé ses ambitions à la magistrature suprême, allant jusqu’à espérer que Joseph Kabila le désigne comme dauphin. « Quand il s’agit de ses intérêts, Bahati Lukwebo n’a rien de modeste », ironise un observateur de la vie politique congolaise.

Mais là encore, sa stratégie n’avait pas abouti. À la surprise générale, l’ex-chef d’État avait désigné Emmanuel Ramazani Shadary. Après la défaite de ce dernier à la présidentielle de décembre 2018, Modeste Bahati Lukwebo avait alors exprimé ses ambitions pour diriger l’une des institutions du pays. Informé de ces velléités, le PPRD lui avait coupé l’herbe sous le pied, raflant presque tous les postes de responsabilité dans les institutions, notamment à l’Assemblée nationale et à la Primature.

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