Justice

Tunisie : Nabil Karoui, interdit de voyager et ses avoirs gelés, dénonce une « honte pour l’État de droit »

Nabil Karoui à son domicile, à Carthage (image d'illustration).

Nabil Karoui à son domicile, à Carthage (image d'illustration). © Nicolas Fauqué pour JA

Le fondateur de la chaîne de télévision Nessma TV et candidat à l’élection présidentielle de novembre Nabil Karoui – ainsi que son frère Ghazi- a été interdit par la justice de quitter le territoire tunisien et a vu ses avoirs gelés. Accusé de montages financiers occultes, l’intéressé évoque une « analyse erronée » et dénonce une sanction politique.

Donné favori par le dernier sondage du cabinet Sigma Conseil du mois de juin, Nabil Karoui voit les obstacles se multiplier sur sa route. Après l’amendement controversé de la loi électorale, adopté dans l’urgence le 18 juin et qui disqualifie a priori le candidat de la course à Carthage, les embûches reviennent sur le terrain judiciaire, visant directement l’ancien homme de médias.

Hasard ou coïncidence, une plainte pour fraude et évasion fiscale, déposée contre lui en 2016 par l’ONG « I Watch », qui lutte contre la corruption et entend préserver les acquis de la révolution, resurgit au plus mauvais moment. L’organisation étaye ses accusations dans un rapport intitulé « ‪Nessma Network : ce que cache la chaîne des frères Karoui », issu d’un travail d’investigation dont on ne sait dans quelles conditions il a été mené.

Le document conclut en tout cas à l’existence de montages financiers entre les différentes filiales de Nessma TV, chaîne propriété des frères Karoui dont le siège est situé au Luxembourg. S’engage alors un bras de fer entre Nessma qui dément et « I Watch » qui accuse, marqué en 2017 par la fuite d’une vidéo dans laquelle Nabil Karoui expose une stratégie de harcèlement pour contrer les dirigeants de l’association.

Un dossier « alimenté par un corbeau »

Les uns et les autres s’étaient abondamment exprimés sur le sujet, et l’affaire examinée par le pôle financier du tribunal de Tunis semblait suivre le rythme de la justice, quand la nouvelle inattendue du gel des avoirs et de l’interdiction de voyager des frères Karoui a pris tout le monde de court. Les observateurs n’ont pas manqué de faire aussitôt le lien avec la candidature de Nabil Karoui à la présidentielle.

Une enquête de la brigade économique a établi que Nabil Karoui a été le bénéficiaire final d’un système

Contacté par Jeune Afrique, l’intéressé assure que depuis trois ans, ses sociétés sont sous contrôle fiscal, et que « I Watch » base ses approches financières sur des données erronées. « Pour évaluer nos revenus, ils prennent en compte le nombre de passage de spots recensés par Sigma Conseil, qu’ils multiplient par le tarif fort. Cette analyse est erronée, puisqu’elle ne tient pas compte des forfaits pratiqués avec plusieurs annonceurs. Le dossier des juges a été alimenté par les messages d’un corbeau, mais est-ce suffisant pour les transformer en affaire judiciaire ? »

Sous couvert d’anonymat, une source au sein du pôle financier précise qu’ « il ne s’agit pas que de cela. Une enquête de la brigade économique a établi que Nabil Karoui a été le bénéficiaire final d’un système. Bien que n’étant plus patron de Nessma et sans statut dans l’association ‘Khalil Tounes’, il octroyait des rabais sur les spots télévisés en échange de dons de nourriture pour l’association. » Selon le même interlocuteur, les juges veulent également entendre Karoui à propos de ses liens avec l’homme d’affaires Chafik Jarraya dans une affaire immobilière.

« Une justice sous le contrôle d’Ennahdha »

De son côté, Nabil Karoui rejette en bloc ces accusations : « Je suis transformé en accusé. Ce qui se passe est une honte pour l’État de droit, et la preuve d’une justice sous le contrôle d’Ennahdha. La coalition gouvernementale sait qu’elle ne pèse plus rien, et use des méthodes [du président turc Recep Tayyip] Erdogan en maquillant n’importe quoi par une mascarade juridique. »

Le candidat craint même d’être arrêté à l’issue de son audience par le pôle financier vendredi 12 juillet, déplore que son frère et sa famille soient harcelés, et déclare « douter de la transparence des élections au vu des atteintes au processus démocratique ».

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