CAN 2019

[Chronique] CAN 2019 : Félix Tshisekedi mauvais perdant ?

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

En Afrique, football et politique font toujours bon ménage (ou mauvais, c'est selon). Le président de République démocratique du Congo (RDC) Félix Tshisekedi devait-il pour autant descendre dans l'arène geignante des supporters, en critiquant l'arbitrage après l'élimination de son pays de la CAN face à Madagascar ?

Après le mélodrame, le psychodrame. En début de Coupe d’Afrique des nations 2019, ce sont des Léopards congolais penauds qui diffusaient une vidéo où, têtes basses, ils demandaient pardon au peuple congolais pour leur défaite face aux Grues de l’Ouganda. Deux semaines plus tard, ce sont des « panthères » grognonnes qui s’exprimaient, ce dimanche, après une autre défaite, éliminatoire cette-ci, en huitième de finale. Battus aux tirs aux buts par les Barea de Madagascar, les footballeurs congolais incriminaient l’arbitre marocain Noureddine El Jaafari…

Même si l’homme en noir est souverain en son royaume de pelouse, il est admissible que des joueurs sous le choc cherchent des explications, discutent des décisions arbitrales, voire traquent un bouc émissaire. Mais quand un chef d’État en exercice se comporte comme un supporter hystérique, ne franchit-il pas le rubicond de la décence ?

J’étais très révolté. Nous avons très bien joué, mais nous avons été victimes de l’arbitrage. L’arbitre nous a refusé deux penalties en bonne et due forme. C’est inacceptable

En déplacement au Niger pour cause de sommet de l’Union Africaine, le bizuth des présidents, le Congolais Félix Tshisekedi, a manifestement suivi le match de ses poulains à distance, au point de déverser une bile d’ « ultra » lors d’un aparté avec quelques journalistes : « J’étais très révolté. Nous avons très bien joué, mais nous avons été victimes de l’arbitrage. L’arbitre nous a refusé deux penalties en bonne et due forme. C’est inacceptable. »

Copiés-collés de déclarations de joueurs

Peut-être le chef de l’État n’a-t-il pas étudié en détail la configuration des actions de jeu, tant ses propos semblent des copiés-collés des déclarations de joueurs comme Youssouf Mulumbu, Marcel Tisserand ou Jacques Maghoma.

Après tout, chacun sait que la solidarité avec les aficionados du sport roi est un passage obligé pour un président – même si certains surjouent, pour le ballon rond, un intérêt à l’origine relatif. De même, qui reprocherait à un leader politique d’actionner les leviers du principe « du pain et des jeux », notamment dans un pays aussi tendu ces derniers mois que la RDC ?

L’expression d’une déception teintée d’une critique prudente de l’arbitrage aurait mieux valu qu’une saillie aussi définitive de Son Excellence Tshisekedi

Bien d’autres présidents ont tissé la politique et le sport au point de prolonger un échec footballistique national par un scandale ou une séance de redressement dans un camp militaire. Mais tout de même, en toute chose, il faut de la mesure. L’expression d’une déception teintée d’une critique prudente de l’arbitrage aurait mieux valu qu’une saillie aussi définitive de Son Excellence Tshisekedi. En particulier à quelques encablures d’une réunion où étaient traités des sujets bien plus stratégiques qu’une défaite dans un stade

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