Musique

[Chronique] Nicki Minaj à Jeddah : du booty shake en Arabie saoudite

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Damien Glez

La reine de la « sex attitude » musicale va se produire dans la très rigoriste Arabie saoudite. Réjouissance et grincement de dents…

Qu’y a-t-il de commun entre l’exhibition mammaire d’une barbie destroy, dans le clip « Freaks », et la quête du #insideoutabaya qui ne veut plus voir imposé, en Arabie Saoudite, le port d’un habit qui couvre la quasi-totalité du corps ? Peut-être un concert de Nicki Minaj dans la ville saoudienne de Jeddah.

Le 18 juillet prochain, c’est dans le cadre de l’événement « Jeddah Season » –et par retransmission sur MTV– que la sulfureuse rappeuse américaine devrait déployer une danse du postérieur bien incongrue dans un royaume qui ne délivre aux femmes que de timides passeports pour l’émancipation.

Même si la caricature hypersexualisée diffusée par la championne de la provocation kitsch gêne les féministes aux entournures, la présence d’une artiste si « libérée » pourrait apparaître comme une bonne nouvelle pour le quotidien encore engoncé des Saoudiennes.

C’est clairement le calcul du prince héritier Mohamed Ben Salman, dont l’opération de charme de ces dernières années marque le pas, mise à mal par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, les crimes de guerre présumés au Yémen et le ralentissement économique. Cernés par le chômage, les moins de 30 ans représentent les deux tiers de la population. Il est judicieux de les appâter avec des shows de stars internationales branchées…

Pas sûr que le booty-shake soit de mise, dans le public féminin, le 18 juillet

Mais le principe Panem et circense (du pain et des jeux) est à double tranchant, surtout lorsqu’il se mue en « clunibus et circense » (des fesses et des jeux). Si l’annonce d’une prestation de la prude Mariah Carey au royaume wahabbite avait suscité l’indignation, en janvier dernier, la venue de Nicki Minaj ne pouvait manquer de provoquer une levée de boucliers dans les franges ultra-conservatrices de l’opinion. L’artiste est autant connue pour ses titres comme Anaconda que pour ses déclarations grossières, ses paroles crues, ses tenues extravagantes et ses poses plus que suggestives.

Certes, de nombreuses Saoudiennes ne dédaignent pas les embrasures de liberté, même cédées ponctuellement, à des divas occidentales. Mais elles n’ont pas oublié l’interpellation, en août 2017, d’un garçon de 14 ans pour « comportement public inconvenant ». Il avait dansé la Macarena au milieu d’une route. Pas sûr que le booty-shake soit de mise, dans le public féminin, le 18 juillet. Même en abaya…

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