Vie des partis

Algérie : Azzedine Mihoubi favori pour prendre la tête du RND, des responsables dénoncent la main d’Ouyahia

L'ex-ministre de la Culture algérien Azzedine Mihoubi.

L'ex-ministre de la Culture algérien Azzedine Mihoubi. © YouTube/Berbère Télévision

L'ex-ministre de la Culture Azzedine Mihoubi est pressenti pour prendre la succession d'Ahmed Ouyahia à la tête du Rassemblement national démocratique (RND), à l'occasion d'une réunion extraordinaire de son conseil national qui doit se tenir samedi à Alger. Certains, comme l'ex-porte-parole Seddik Chihab et le membre fondateur Belkacem Mellah, ne l'entendent pourtant pas de cette oreille.

Quatre candidats s’affrontent pour le poste de secrétaire général du RND, resté vacant depuis le placement en détention préventive le 12 juin dernier de son secrétaire général et ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, poursuivi par la justice pour son implication dans sept affaires de corruption en cours d’instruction.

Outre le favori Azzedine Mihoubi, l’ancien ministre de la formation professionnelle Mohamed Mebarki, l’ex-sénateur et coordinateur du bureau de la wilaya de Mila Amar Messaoud, ainsi que l’ancien porte-parole du parti Seddik Chihab, sont également dans la course, affirme l’ancien ministre d’État et membre fondateur du RND Belkacem Mellah.

Qualifié de « fédérateur », Azzeddine Mihoubi est considéré par la majorité du bureau national comme « l’homme idéal pour parer à une situation de vide organique et relancer l’activité du parti ». Sauf imprévu, c’est donc lui qui sera le nouveau patron du RND à l’issue du sommet de samedi. « Les deux tiers du conseil national sont acquis à Mihoubi », confie à Jeune Afrique un ex-ministre et cadre dirigeant de ce parti.

Coordinateur national vs SG par intérim

D’après notre source, le nouveau SG assurera l’intérim jusqu’au prochain congrès qui doit se tenir, selon les délais statutaires, en 2022. Un long délai qui n’arrange pas le clan de Belkacem Mellah, qui compte peser de tout son poids pour que la rencontre du 6 juillet se solde par l’élection d’un coordinateur national. La première tâche de ce dernier, explique Mellah à Jeune Afrique, sera d’installer en urgence une commission chargée de préparer la tenue d’un congrès extraordinaire dans un délai de trois mois.

Le RND ne doit plus être géré par procuration, proclame Mellah, qui réclamait depuis trois ans le départ d’Ouyahia

Seule cette instance, soutient le cacique, est habilitée à élire un nouveau secrétaire général du RND. « À ce moment-là, je serais le premier à me porter candidat, comme je l’ai été par deux fois auparavant face à Bensalah (2007) et Ouyahia (2016) », promet Belkacem Mellah. À l’époque, l’audace de cet ex-député originaire de Oum El Bouaghi avait été perçue comme une trahison, dans un contexte marqué par une discipline partisane rigoureuse, suivant la ligne de conduite dictée par l’ex-président de la République Abdelaziz Bouteflika.

« Je pense que le RND ne doit plus être géré par procuration », clame Mellah. Et de rappeler que les hautes fonctions qu’Ouyahia a occupé au sein de l’État « ne lui ont laissé que peu de temps à consacrer au parti. Cela fait plus de trois ans que je réclame son départ et celui de son bureau. »

Seddik Chihab, ancien porte-parole du Rassemblement national démocratique (RND). © YouTube/centurion dz

L’ombre d’Ouyahia

Pour le camp resté fidèle à l’ex-chef du gouvernement, le groupe de Belkacem Mellah et de Seddik Chibab « est composé majoritairement de personnes ne disposant pas du statut de membre au conseil national. Ils sont simplement connus des militants par leurs tentatives récurrentes et désespérées pour la création d’un mouvement de redressement au sein du parti. » Les signes d’une lutte interne « se font de plus en plus ressentir, notamment de la part de ceux qui veulent saisir cette occasion de vide organique pour briller », accuse un député du parti.

Selon nos informations, la candidature d’Azzeddine Mihoubi a reçu l’approbation d’Ouyahia. Ce qui expliquerait la charge du parlementaire et ex-porte-parole de la formation, Seddik Chihab, accusant Mihoubi de faire « main basse sur le RND ». Le 8 avril dernier, Ouyahia avait mis fin aux fonctions de Chihab et gelé ses activités au sein du bureau national, suite à ses déclarations hostiles au clan Bouteflika.

Le bureau national qui s’est réuni le 25 juin dernier pour adouber la candidature d’Azzedine Mihoubi est resté sur cette ligne, Chihab n’étant pas le bienvenu. Deux jours plus tard, l’intéressé ripostait sur TSA, traitant Mihoubi « d’usurpateur et de militant occasionnel, qui répète à qui veut l’entendre et crie sur tous les toits qu’il a le soutien de l’institution militaire. Je pense que le pays a besoin de gens qui apportent une plus-value, et non pas de ceux qui se prévalent d’un quelconque soutien avant d’agir », assénait-il.

Le RND « vers une crise grave » ?

Les statuts du parti permettent au SG de charger un cadre dirigeant de son choix de la mission de communication. C’est ce qu’avait fait Ouyahia en 2016 en nommant Chihab porte-parole, faisant de lui le numéro deux de fait du RND. Son exclusion n’a pas été entérinée par le conseil de discipline, ni voté par le conseil national.

Quelques membres du bureau national se considèrent comme les gardiens de l’héritage d’Ouyahia, mais les concertations se poursuivent pour trouver une issue

Seddik Chihab compte ainsi sur ses appuis pour reprendre en main la formation. « Quelques membres du bureau national se considèrent comme les gardiens de l’héritage d’Ouyahia, mais les concertations se poursuivent pour trouver une issue à cette situation qui risque de mener le RND vers une crise grave », a confié l’ancien porte-parole à l’un de ses proches amis.

Le RND, qui n’a pas officiellement commenté l’arrestation de son secrétaire général, cherche à se repositionner et à retrouver sa place sur la scène politique. Déstabilisé après l’incarcération de son premier responsable, rejeté par les manifestants, le parti se souvient effectivement qu’il était encore dans un passé pas si lointain la deuxième force politique du pays – après le Front de libération nationale (FLN), lui aussi malmené. Le congrès de samedi donnera une première indication sur sa capacité à fédérer pour pouvoir se relever.

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