Elections

RDC : avec Alexis Thambwe Mwamba, Joseph Kabila choisit un « dur » pour diriger le Sénat

Alexis Thambwe-Mwamba (Congo - RDC), ministre de la Justice. A Paris, le 20.06.2017. © Vincent Fournier /JA Ministre Homme Politique Justice Congo © V. Fournier/Jeune Afrique

Alexis Thambwe Mwamba a été désigné mardi 2 juillet candidat du Front commun pour le Congo pour prendre la tête du Sénat congolais. Il devrait, sauf surprise, y être élu. Après Jeanine Mabunda à l'Assemblée nationale et Sylvestre Ilukamba comme Premier ministre, c’est à nouveau un proche que Joseph Kabila entend placer à la tête d’une institution clé.

« C’est un très grand honneur que notre autorité morale, le président honoraire Joseph Kabila m’a fait, en me désignant comme candidat président du Sénat ». Mardi soir, après l’annonce de son investiture pour la candidature à la tête du Sénat, les premiers mots d’Alexis Thambwe Mwamba ont été à celui qui l’a désigné.

Outre sa proximité avec Joseph Kabila, l’ancien ministre de la Justice a également pu compter sur le soutien actif d’Emmanuel Ramazani Shadary, « dauphin » désigné par Kabila et candidat malheureux à la présidentielle, originaire, comme Mwamba, de la province du Maniema, dans l’Est.

En première ligne face aux opposants à Kabila

Compte tenu des équilibres au sein du Sénat – le FCC compte 91 sénateurs sur 108, parmi lesquels une cinquantaine sont issus des rangs du PPRD ou en sont des alliés proches -, il devrait y être élu haut la main, sauf improbable retournement de situation. Ancien député, devenu ministre des Affaires étrangères (2008-2012) avant de prendre le portefeuille de la Justice en 2014, Alexis Thambwe Mwamba a joué un rôle capitale dans le dispositif de Joseph Kabila.

Il a en particulier été très actif dans l’affaire « des mercenaires », qui a participé à la mise à l’écart de Moïse Katumbi. Un rôle qui lui a d’ailleurs valu d’être la cible d’une plainte aux États-Unis déposée par Darryl Lewis, un militaire américain que Katumbi avait recruté en 2016 pour assurer sa sécurité et qui avait été arrêté par les autorités congolaises, qui l’ont accusé de mercenariat.

Autre dossier dans lequel Alexis Thambwe Mwamba est visé, mais pour des accusations autrement plus graves cette fois : une plainte pour crime contre l’humanité a été déposée contre lui en 2017 en Belgique. En cause, son rôle dans le crash d’un avion, abattu par un tir de missile le 10 octobre 1998.

L’avion transportait plusieurs dizaines de civils à son bord. L’attaque avait été revendiquée par Alexis Thambwe Mwamba, qui était alors le porte-parole de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). Entendu en qualité de témoin par la justice belge en septembre 2018, Alexis Thambwe Mwamba n’a pas été mis en examen.

Première rencontre entre le Président de la République Felix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila depuis la cérémonie de remise et reprise le 25 janvier 2019 au Palais de la Nation. © Présidence RDC

Alexis Thambwe Mwamba, incontournable aujourd’hui au sein du FCC, a également été l’un des acteurs majeurs de l’ancienne majorité présidentielle pendant les différentes négociations qui ont été menées avant l’alternance.

Dès 2016, il a notamment co-dirigé, avec Vital Kamerhe, le dialogue qui s’est tenu à la cité de l’Union africaine sous la médiation du Togolais Edem Kodjo. Il compte aussi parmi les très rares personnes à avoir participé à la rédaction de l’accord qui lie Félix Tshisekedi et Joseph Kabila pour diriger le pays.

Fronde au sein du FCC : une candidature dissidente proposée

Si son nom revenait déjà depuis plusieurs semaines, la nomination officielle de l’ancien ministre de la Justice de Joseph Kabila, indépendant sur le papier mais extrêmement proche du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et « kabiliste » affirmé, met fin aux pressions opérées par l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A), l’une des composantes du FCC, qui proposait Modeste Bahati Lukwebo comme candidat au poste du président du Sénat.

Lorsque la désignation d’Alexis Thambwe Mwamba a été annoncée aux cadres du FCC, lors d’une réunion à huis clos lundi 1er juillet, plusieurs cadres – en particulier du AFDC-A -, n’ont pas manqué d’exprimer leur mécontentement, accusant le PPRD de « rafler tous les postes à responsabilités », selon une de nos sources présente lors de la rencontre.

Dans un communiqué publié ce mercredi, l’AFDC-A a d’ailleurs annoncé maintenir la candidature de Modeste Bahati Lukwebo et sollicite par ailleurs « la prise en compte de son poids politique » dans ce « le partage des responsabilités au sein du gouvernement en formation, dans les entreprises du portefeuille de l’État et dans la diplomatie ». Cependant, le parti n’alignant, alliés compris, que 14 sénateurs, l’élection semble jouée d’avance.

Stratégie de l’encerclement

De fait, après Jeanine Mabunda qui a pris le Perchoir, et Sylvestre Ilukamba qui a été nommé Premier ministre, c’est à nouveau un membre du PPRD qui devrait prendre la tête d’une institution-clé. En plaçant ainsi ses obligés, Joseph Kabila s’assure que rien ne pourra se faire sans lui.

Une stratégie de l’encerclement de Félix Tshisekedi, conduite par l’ancien président congolais, qui est d’ailleurs assumée au sein du PPRD. « C’est cela même qui justifie le choix de membres du PPRD uniquement pour des postes clés », assure un des plus hauts cadres du parti à Jeune Afrique, sous couvert d’anonymat. Et de prévenir que « ce sera ainsi également pour les postes clés au gouvernement », dont la composition n’est toujours pas connue, six mois après l’investiture de Félix Tshisekedi, et un mois et demi après la nomination de Sylvestre Ilunga Ilukamba à la primature.

Cette méthode s’est d’ores et déjà révélée payante, pour le clan de l’ancien président congolais, qui est parvenu à bloquer plusieurs des décisions de Félix Tshisekedi. C’est le cas, en particulier, des ordonnances signées début juin par l’actuel chef de l’État portant sur les nominations à la tête de la Gécamines et de la Société nationale de chemin de fer du Congo (SNCC). Un mois après, elles ne sont toujours pas effective.

En cause, cette fois, le blocage exercé par Wivine Mumba Matipa, actuelle ministre du Portefeuille. Sur ordre direct de la hiérarchie de son parti – qui reproche à Félix Tshisekedi de ne pas l’avoir consulté avant de procéder à ces nominations -, cette membre du PPRD a pour le moment refusé de les appliquer. « Un calcul politicien », a dénonce Félix Tshisekedi lors d’une conférence de presse, mardi à Bunia, en Ituri, affirmant par ailleurs que « ces ordonnances sont là et seront appliquées ».

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