Politique

Afrique du Sud : pour Kgalema Motlanthe, « les électeurs ont donné une dernière chance à l’ANC »

L'ancien président sud-africain Kgalema Motlanthe.

L'ancien président sud-africain Kgalema Motlanthe. © Wikimedia CC.

L'ancien président sud-africain Kgalema Motlanthe appelle le parti anti-apartheid à se renouveler d'urgence et prévient que « chaque petite malversation ou malfaisance sera punie par les urnes ».

En marge du sommet de la Commission globale de politique en matière de drogue (Global Commission on Drug Policy), réuni mardi 25 juin à Lisbonne pour le lancement de son rapport annuel, Jeune Afrique a rencontré l’ancien président de la République de l’Afrique du Sud et membre du Congrès national africain (ANC), Kgalema Motlanthe. L’occasion de faire le point sur le résultat du scrutin de mai 2019. Plus d’un an après le départ de Jacob Zuma et l’arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa, les Sud-Africains n’ont renouvelé leur confiance au parti de Nelson Mandela qu’avec 57 % des suffrages, le plus mauvais score jamais réalisé par l’ANC.

Entaché par plusieurs scandales de corruption pendant la présidence de Jacob Zuma, poussé à la démission par son propre parti, l’ANC « doit se renouveler de l’intérieur » et « retrouver les valeurs qui ont fait de lui une organisation politique respectée », assure-t-il. Rencontre.

Jeune Afrique : Comment interprétez-vous le résultat de votre parti, l’ANC, aux dernières élections ? 

Kgalema Motlanthe : Ce résultat est le signe que les électeurs ont décidé de donner une dernière chance à l’ANC de gouverner, malgré son inefficacité actuelle. Le message envoyé est le suivant : « Si vous ne prouvez pas votre capacité à gouverner et à améliorer les choses, nous passerons à autre chose ».

Ces élections constituent une critique à l’égard de l’ancien gouvernement, même si, en termes purement politiques, il y aura peu d’incidence, la coalition conservant la majorité absolue au Parlement. Mais on observera ce qui va se passer aux prochaines élections locales.

Les dirigeants de l’ANC ne pourront plus s’appuyer seulement sur l’histoire pour gagner la confiance des électeurs

Comment voyez-vous l’avenir d’un parti entaché par les affaires de corruption ?

Tout dépendra de sa volonté à faire son autocritique et à se renouveler pour être à la hauteur des attentes des électeurs, qui jugeront le changement à ses résultats concrets. Le parti doit retrouver les valeurs qui ont fait de lui une organisation politique respectée. Et les leaders qui étaient là avant ont placé la barre très haut : il ne faut jamais oublier qu’il s’agit du parti de Nelson Mandela. Mais ses dirigeants actuels ne pourront plus s’appuyer seulement sur l’histoire pour gagner la confiance des électeurs.

Croyez-vous que l’actuel président, Cyril Ramaphosa, réélu en mai 2019, sera capable de mettre en œuvre ces changements ?

Je pense que c’était une bonne chose de redimensionner son cabinet tout en améliorant son efficience et ses compétences, comme il l’a fait. Mais il lui faut surtout s’assurer, comme le demande l’opinion publique sud-africaine, qu’absolument rien ne soit mis sous le tapis. Les citoyens seront attentifs et chaque petite malversation, chaque petite malfaisance sera punie par les urnes. Mais je crois que le nouveau cabinet est conscient de cette responsabilité dont dépend l’avenir de l’ANC.

Le parti d’opposition Economic Freedom Fighters (EFF) a doublé son score (10 %). Comment interprétez-vous le résultat de l’extrême gauche ?

L’EFF a doublé son résultat parce qu’il fait appel aux jeunes votants. Les affaires de corruption ont éloigné les jeunes de l’ANC, dans lequel ils ne se reconnaissent pas. Il s’agit d’une génération qui vote pour la première ou la deuxième fois et qui n’a pas d’attachement à l’histoire du parti, parce qu’elle n’a pas vécu directement la bataille contre l’apartheid. Pour eux il n’y a aucune raison d’opter pour un parti qui ne leur garantit pas le meilleur ici et maintenant.

De plus, il faut dire que l’EFF leur offre un espace politique, ce que l’ANC ne fait pas. Pour se connecter avec les jeunes, il faut leur donner des responsabilités, leur permettre de participer. Rien ne doit se faire sans eux.

Cyril Ramaphosa a annoncé qu’il allait relancer la réforme agraire et la redistribution des terres en faveur de la majorité noire, historiquement désavantagée. Quelle est votre position concernant ce dossier ?

J’ai participé au comité qui a mené une consultation publique sur la question. Pendant vingt-et-un mois, nous avons écouté les Sud-Africains. Dans le rapport qui en est sorti et qui a été soumis au Parlement, nous avons exprimé des recommandations très claires, auxquelles je crois encore aujourd’hui.

La section 25 de la Constitution de l’Afrique du Sud permet les expropriations dans l’intérêt public, toujours avec compensation, et énonce comment cette compensation doit être calculée. Elle stipule qu’il doit être pris en compte la manière dont la propriété a été acquise, ainsi que l’utilisation et les améliorations qui ont été faites de cette propriété.

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