Entreprises & marchés

« Les exportations marocaines vers les autres pays africains restent en-deçà de notre potentiel et de nos ambitions »

Hassan Sentissi El Idrissi, président de l'Asmex © DR

Alors que le déficit commercial du Maroc a atteint en 2018 plus de 204 milliards de dirhams (18,6 milliards d’euros), le président de l’Association marocaine des exportateurs (Asmex), Hassan Sentissi El Idrissi, estime que les exportateurs marocains doivent explorer d’autres régions du globe, notamment en Afrique, et compte sur la création de la zone de libre-échange (Zlec), pour les y aider.

Hassan Sentissi El Idrissi, président et fondateur du groupe Copelit, spécialisé dans la transformation des produits de la pêche (conserves de poisson, produits surgelés, farine et huile du poisson), est arrivé il y a six ans à la tête de l’Asmex, premier groupement d’exportateurs au Maroc. Cette association professionnelle regroupe plus de 9 000 entreprises et concentre plus de 80 % du chiffre d’affaires global des exportations marocaines, tous secteurs confondus. Rencontre.

Jeune Afrique: L’Afrique se prépare à la mise en place de la Zlec qui facilitera  l’intégration continentale. Comment le Maroc peut-il profiter de ce très grand projet?

Hassan Sentissi El Idrissi: Pour l’instant, nos échanges avec l’Afrique subsaharienne se font en grande partie dans le cadre du droit commun avec plusieurs difficultés : droits de douane élevés, barrières non tarifaires… Sans compter la concurrence chinoise et turque. L’adhésion du Maroc à la Zone de libre-échange permettra d’ouvrir de nouveaux marchés avec des droits de douane préférentiels.  Pour autant, les marchés africains ne sont pas aussi abordables qu’on pourrait le penser : chacun a ses spécificités qu’il faut prendre en considération. La Zlec nous permettra d’envisager des partenariats win-win avec plusieurs pays :  eux aussi pourront mieux saisir les opportunités au Maroc.

La protection des marques et des brevets est essentielle dans un projet à l’export

Quels conseils donneriez-vous à un exportateur ou un industriel marocain qui veut réussir en Afrique ?

La connaissance du marché ciblé, de sa culture, de ses spécificités, de ses normes… est très importante.  Il faut s’assurer d’avoir le bon interlocuteur, analyser l’information existante et prospecter sur le terrain avant de passer à l’exportation.

Une fois la décision prise, il est indispensable de sécuriser ses transactions à travers tous les outils qu’offre l’assurance risques à l’export. Enfin, la protection des marques et des brevets est essentielle : nous ne sommes pas seuls sur le marché et la concurrence est rude ! Les exportateurs marocains ont aujourd’hui la possibilité de protéger leurs marques sur plusieurs marchés en Afrique et à l’international via l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (Ompic).

Quelles sont les régions les plus prisées pour les exportations marocaines en Afrique ?

Plusieurs grands groupes marocains sont installés en Afrique de l’Ouest, nous sommes même le premier investisseur dans cette région. Par contre, nous sommes faiblement présents en Afrique de l’Est et en Afrique australe, où des pays comme l’Égypte ou l’Afrique du Sud font la course en tête. Globalement, même si les exportations marocaines vers les autres pays africains s’améliorent, nous restons en-deçà de notre potentiel et de nos ambitions.

Les produits du terroir marocain et les produits halal et bio pourraient être exportés vers les pays arabes, le sud-est de l’Asie ou même l’Amérique du Nord

La nouvelle feuille de route à l’horizon 2025 de l’Asmex, adoptée lors de votre assemblée générale le 18 juin dernier à Casablanca, prévoit une diversification de l’offre et des marchés à l’export. De quoi s’agit-il ?

Nous avons lancé en 2018 une étude dans le cadre d’un partenariat public privé avec une approche participative de tous les secteurs et de toutes les régions du Maroc pour évaluer le potentiel des exportations et repérer les nouvelles possibilités de croissance. Deux tiers du marché mondial nous échappent à ce jour. C’est énorme !

Vous pensez à quels produits et à quelles régions ?

Nos industries ne tournent pas à plein régime : cette étude est en train de recenser nos capacités résiduelles. À côté des produits frais et des produits de la pêche que nous exportons habituellement il y a les produits du terroir et les produits halal et bio, avec lesquels nous pourrions conquérir des marchés dans les pays arabes, le sud-est de l’Asie ou encore l’Amérique du Nord.

Selon plusieurs experts, l’offre exportable marocaine manque de compétitivité pour être bien accueillie dans d’autres marchés. Qu’en pensez-vous ?

Le manque de compétitivité des exportations est dû à plusieurs facteurs, notamment la facture énergétique et celle des biens d’équipement. Nous avons proposé des solutions et des recommandations au gouvernement, dont certaines ont été prises en compte dans les mesures d’urgence adoptées à l’issue des assises fiscales.

Nous plaidons notamment pour une intégration de la fiscalité de l’État, de la fiscalité locale et de la parafiscalité dans un seul code général des impôts, pour la simplification de la fiscalité locale, ou encore pour l’application sans délai des mesures votées il y a deux ans en faveur des exportateurs indirects et les exportateurs enclavés.

Enfin, je voudrais préciser que si les produits marocains ne sont pas compétitifs sur le plan du coût sur certains marchés, ils le sont à travers leur qualité, reconnue dans l’Union européenne, aux États-Unis…

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