Télécoms

Stéphane Richard (Orange) : « Conquérir le marché éthiopien est une priorité »

Le patron d'Orange, Stéphane Richard, à Paris, le 12 novembre 2018. © Ludovic Marin/AP/SIPA

Ouverture du marché éthiopien des télécoms, déploiement de la 4G, accompagnement des start-up via l'Orange Digital Center, nouveaux services bancaires digitaux... Le PDG d'Orange, Stéphane Richard, passe en revue les priorités du groupe sur le continent.

De passage en Côte d’Ivoire le 13 juin, à l’occasion d’un événement sur l’intelligence artificielle organisé dans le cadre du cycle de conférences « Les Entretiens de Royaumont », Stéphane Richard, PDG du groupe Orange, a pu visiter le chantier du futur siège local de l’opérateur dont l’inauguration est prévue l’an prochain, ainsi que l’Orange Smart Store.

Depuis la Côte d’Ivoire, son premier marché africain (750 millions d’euros de CA en 2018), Orange pilote également le Liberia et le Burkina Faso. Réorganisé en 4 zones sur le continent, le groupe français totalise 120 millions de clients en Afrique et y réalise 5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 13 % de ses revenus globaux.

Jeune Afrique : Quel sont les moteurs de la croissance d’Orange sur le continent ?

Stéphane Richard : L’internet mobile est un de nos principaux moteurs de croissance en Afrique grâce au déploiement de la 4G et à la pénétration des smartphones. Le chiffre d’affaires de la data mobile a en effet augmenté de +49 % en cumul ces deux dernières années, c’est énorme. Nous nous intéressons aussi au marché de l’entreprise, le B to B, et évidemment au mobile-banking, où nous avons aussi enregistré il y a quelques années des pics de croissance de 50 %. Ce segment a depuis un peu ralenti, mais conserve une croissance à deux chiffres.

Nous souhaitons aussi nous développer comme distributeur de chaînes télévisées via la fibre optique. Nous avons commencé en Côte d’Ivoire et au Sénégal. En Europe, c’est déjà une activité très importante qui génère un chiffre d’affaires proche d’un milliard d’euros.

Les opérateurs télécoms, dont Orange, et le secteur des nouvelles technologies dans son ensemble, évoquent de plus en plus souvent le recours à l’intelligence artificielle dans leurs projets. Est-ce une réalité en Afrique ?

L’intelligence artificielle semble loin des réalités africaines. Pourtant, des applications mobiles y ont recours, par exemple pour aider les agriculteurs à améliorer leurs rendements ou à mieux gérer leur consommation d’eau ou d’engrais. L’accès des populations à l’éducation, aux médecins, la prévention des épidémies sont également des domaines dans lesquels on doit pouvoir obtenir des améliorations importantes en combinant smartphones et intelligence artificielle. Plusieurs pays africains s’y intéressent. Mais, pour le faire, il faut continuer à déployer les réseaux mobiles puissants et de la fibre optique.

Au cours des trois années à venir, le volume global de données échangées sur les réseaux mobiles devrait être multiplié par 15

Est-ce que ces développements ne posent pas la question du stockage et de la valorisation des données ?

Effectivement. Avec le développement de l’intelligence artificielle, les données vont devenir le nouvel or noir des prochaines années et la captation de la valeur va être un enjeu majeur pour les pays africains. Un des défis qu’ils devront relever portera donc sur le contrôle des données. Pour cela, il faut que l’Afrique se dote de datacenters en plus grand nombre. Azure a déjà ouvert deux datacenters en Afrique du Sud cette année. En 2016, Orange s’est aussi doté du plus grand datacenter d’Afrique de l’Ouest, en Côte d’Ivoire.

Mais ce n’est qu’un début : en 2018, le continent n’abritait toujours que 1 % des sites de stockage de données dans le monde, et beaucoup de données partent vers la Chine et les États-Unis.

Quel peut être votre rôle dans le cadre de cette révolution numérique ?

Il doit être double. Premièrement, continuer de construire et de déployer le réseau, car il y a actuellement une explosion du trafic de données. Nous estimons qu’au cours des trois années à venir, le volume global de données échangées sur les réseaux mobiles sera multiplié par 15.

Notre deuxième mission est de distribuer à nos 120 millions de clients en Afrique des services digitaux qui améliorent la vie des gens, à l’image d’Orange Money, qui compte à ce jour 44 millions de clients. Pour continuer à innover, nous avons développé à Tunis un concept appelé l’Orange Digital Center, qui regroupe en un seul lieu les trois volets que sont la formation, l’accueil des start-up et l’investissement. Un concept que nous développerons d’ici peu à Abidjan.

Orange veut lancer une banque à Abidjan. À quel stade se situe ce projet ?

Notre stratégie est de passer progressivement de la simple transaction financière aux services bancaires, avec la distribution de crédits et d’assurances notamment. Nous prévoyons de lancer des banques digitales partout où nous sommes opérateurs. Nous l’avons fait en France. Nous le ferons cette année en Espagne et parallèlement, nous déployons cette stratégie en Afrique. En Côte d’Ivoire, ce projet est bien avancé.

Il est nécessaire de restructurer le secteur béninois des télécoms avant d’envisager l’arrivée d’un nouvel acteur

Orange est présent dans 19 pays en Afrique et au Moyen-Orient. L’Éthiopie, seul pays au monde à connaître encore une situation de monopole dans les télécoms, vous intéresse-t-elle ?

Le processus de libéralisation a été lancé par les autorités. Il s’agit à la fois de trouver un partenaire stratégique pour Ethio Telecom et de proposer de nouvelles licences. Objectivement, le grand pays qu’est l’Éthiopie est une priorité dans nos projets de développement en Afrique.

Quelle option privilégiez-vous ?

Pour l’instant, rien n’est défini. Nous sommes intéressés par toutes les options. Nous avons offert une assistance technique à Ethio Telecom pendant plusieurs années, donc nous pouvons être le bon candidat pour l’accompagner. Mais nous pouvons aussi déployer un nouveau réseau.

Le Bénin cherche aussi à faire entrer un nouvel acteur sur son marché…

C’est une situation plus complexe. Le pays est petit et compte déjà plusieurs opérateurs. Il est donc nécessaire de restructurer le secteur avant d’envisager un nouvel acteur. Nous avons des échanges avec les autorités, mais pas de projet précis dans l’immédiat.

Orange a décidé de quitter le Niger, notamment à cause de la pression fiscale qui empêche toute rentabilité. Où en êtes-vous ?

C’est un dossier sur lequel nous ne faisons pas de commentaire.

Fermer

Je me connecte