Héros d'un jour

CAN 2002 : l’épopée des Sénégalais, finalistes face au Cameroun

Le Sénégalais Alsassane Ndour à la lutte avec le Camerounais Patrick Kengne Suffo, durant la finale de la CAN 2002, à Bamako au Mali.

Le Sénégalais Alsassane Ndour à la lutte avec le Camerounais Patrick Kengne Suffo, durant la finale de la CAN 2002, à Bamako au Mali. © Christine Nesbitt/AP/Sipa

La CAN 2002 va permettre au Sénégal de disputer sa première finale, face au Cameroun (0-0, 2-3 aux t t.a.b). Avec, à leur tête, le regretté Bruno Metsu, qui a marqué l’histoire du football sénégalais. Ferdinand Coly, l’un des hommes de confiance du Français, revient sur cette période faste pour les Lions de la Téranga.

Bruno Metsu s’est éteint le 14 octobre 2013, dans le Nord de la France, où il est né. Mais c’est au Sénégal, le pays de son épouse, qu’ont eu lieu ses funérailles, onze ans après son départ d’un pays qu’il n’a jamais vraiment quitté. Le Français avait parcouru le Golfe persique avant d’être frappé par la maladie, mais le souvenir qu’il a laissé à Dakar, où il avait fait construire une maison, ou dans le reste du pays, est toujours vivant.

L’aventure avait commencé en 2000, juste après une première – et brève – expérience africaine en Guinée voisine. « Bruno avait succédé à Peter Schnittger, un Allemand, qui avait fait du bon travail, et avec qui le Sénégal avait atteint les quarts de finale de la CAN 2000 au Nigeria », se souvient le défenseur Ferdinand Coly.

Metsu gère les égos

Rapidement, Metsu emporte l’adhésion de son effectif, qu’il remodèle à sa façon en faisant appel à des binationaux ou à des joueurs évoluant en France. « Il venait de Guinée, et il a tout de suite cherché à savoir comment on fonctionnait, à connaître la mentalité des Sénégalais. Avec des principes très simples : il nous accordait une vraie liberté, d’action et de parole. Bruno avait compris que cela ne servait à rien de nous enfermer dans un cadre trop strict. On faisait la fête, oui, et parfois avec lui. Il nous arrivait de veiller tard dans les chambres, pour discuter, mais il y avait des règles, des horaires à respecter. Il gueulait quand c’était nécessaire. Le coach avait trouvé le bon dosage », explique Coly, alors défenseur du RC Lens.

La campagne de qualification, efficace à défaut d’être brillante, dans un groupe où les Lions terminent deuxième derrière le Togo mais devant l’Ouganda, est la première étape de ce parcours que même les plus optimistes des supporteurs sénégalais n’osaient pas franchement imaginer. « Il y avait le Cameroun, le Nigeria, l’Égypte. Nous, on avait l’ambition de bien figurer, avec des certitudes nées de la qualif’ pour la Coupe du Monde 2002. »

Metsu organise la préparation à Dakar et gère avec une certaine dextérité un effectif où se côtoient de fortes personnalités. « C’était parfois explosif. Dans ce groupe, il y avait des guerriers et des artistes, un peu imprévisibles, comme Diouf. Aux entraînements, il y a eu des altercations verbales, parfois physiques, pour des faits de jeu. Il valait mieux qu’on règle les problèmes tactiques là plutôt qu’en match », poursuit Coly. Et la méthode Metsu fonctionne : au premier tour, sa bande de forts caractères – Aliou Cissé, Diatta, Coly, Diouf, Fadiga, Diao – termine en tête grâce à des victoires contre l’Égypte (1-0), la Zambie (1-0) et un nul face à la Tunisie (0-0).

L’exploit face au Nigeria

L’obstacle constitué par la RD Congo en quarts de finale ne résiste pas aux  ambitions des Lions (2-0), qui commencent à imaginer un destin continental. Les Sénégalais, bien installés dans leur agréable hôtel de Bamako, ne changent rien à leurs habitudes. « Metsu laissait faire, tout en nous maintenant sous pression. Il nous disait que ce serait bête de passer à côté de quelque chose de grand pour des conneries. »

Puis s’annonce les retrouvailles avec le Nigeria, en demi-finale, deux ans après l’échec de Lagos (1-2). Au bout de quinze minutes, Pape Sarr est expulsé, et face à l’armada nigériane, incarné par Oliseh, Kanu ou Okocha, les Lions sont en souffrance. À la mi-temps, une bagarre éclate dans le vestiaire entre deux Sénégalais, mais les Lions s’imposent (2-1) en prolongation grâce à Diao, lors d’un match que Coly qualifie « du plus abouti de cette CAN. »

Quand le staff oublie de désigner les tireurs

Pour la première fois de son histoire, le Sénégal se voit offrir la possibilité de s’installer sur le toit de l’Afrique, à condition de battre le Cameroun d’un certain Samuel Eto’o. Les champions d’Afrique en titre, qui ont balayé le Mali en demi-finale (3-0) sont forcément perçus comme les favoris de cette finale entre Lions.

« Le match est assez équilibré, mais personne ne marque, et on doit se départager aux tirs au but. Seulement, on a fait une erreur : la veille, lors de la dernière séance d’entraînement, on tire des penalties, comme souvent. Sauf qu’on oublie de désigner ceux qui pourraient être concernés lors de la finale. Et personne n’était chaud pour y aller. » Les Lions de la Téranga, inscrivent les deux premiers, grâce à Coly, avec beaucoup de chance, et Fadiga, mais Faye et Diouf ratent leurs tentatives.

Au moment où Aliou Cissé s’élance, le score est de 3-2 pour le Cameroun. Le capitaine sénégalais, qui n’est pas vraiment un habitué de cet exercice, bute sur Alioum Boukar, et la CAN part pour la quatrième fois au Cameroun.

Immense déception

Dans le vestiaire, les joueurs de Metsu sont abattus. Le sélectionneur tente de trouver les mots pour atténuer l’immense déception. « Mais il avait déjà la tête tournée vers la Coupe du Monde 2002, quatre mois plus tard. C’est au Mali que nous avons construit notre épopée au Japon et en Corée du Sud (quart de finale) », résume Coly.

Après la fructueuse et inattendue escapade asiatique, Metsu décide de rejoindre des destinations moins excitantes sportivement mais plus rémunératrices. Son retour au chevet des Lions fût plusieurs fois annoncé, tenant plus du fantasme que de la réalité. Mais comme le répète Ferdinand Coly : « il a marqué l’histoire du pays… »

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