Elections

Togo : le peuple appelé à voter pour des municipales, une première en trente-deux ans

Lors d'une séance de dépouillement des votes, à Lomé, au Togo, en 2015 (photo d'illustration).

Lors d'une séance de dépouillement des votes, à Lomé, au Togo, en 2015 (photo d'illustration). © Erick Kaglan/AP/SIPA

Pour la première fois depuis 1987, les Togolais sont appelés à voter dimanche pour des élections municipales auxquelles l’opposition, absente des dernières législatives, entend participer.

C’est une première en trente-deux ans. Le Togo organise dimanche les premières élections municipales depuis 1987, durant lesquelles les Togolais devront élire 1 527 conseillers municipaux. De quoi redessiner l’organisation locale du pays, présidé par Faure Gnassingbé depuis 2005, qui avait pris la succession de son père Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir pendant trente-huit ans.

« Le pouvoir a toujours refusé d’organiser les élections locales. Aujourd’hui, avec la pression de la communauté internationale, il se résout à les organiser », estime Eric Dupuy, porte-parole de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), un des principaux parti de l’opposition. Les 117 communes du Togo « sont gérées de manière familiale : tout pour nous, rien pour le peuple. Dans certains coins du pays, il n’y a même pas d’eau potable », poursuit l’opposant.

« Le pouvoir n’aura plus la mainmise sur certaines localités »

Les 45 derniers conseillers municipaux avaient été élus en 1987 pour un mandat de cinq ans dans cinq arrondissements. Les autres élections en 1992 n’ont pas pu « en raison des crises politiques successives », explique le politologue Pascal Edoh Agbové. Restés en poste jusqu’en 2001, ces conseillers municipaux ont par la suite été remplacés par « des délégations spéciales », composées de personnalités désignées par le pouvoir. À l’origine chargées d’aider à l’organisation de nouvelles élections, ces structures n’ont pas organisé de nouveau scrutin, « car les crises se sont multipliées » et par manque de « volonté politique », selon le politologue.

« Ces élections locales n’étaient pas la priorité des leaders du pouvoir et de l’opposition, avance le politologue. Ils mettaient plutôt l’accent sur les élections présidentielle et législatives ».

« Le régime a profité de la situation durant des années, car tout est contrôlé sur l’ensemble du pays. Après ces élections locales, le pouvoir n’aura plus la mainmise totale sur certaines localités, qui seront dirigées par l’opposition », souligne le politologue Pascal Edoh Agbové.

Le scrutin s’annonce déterminant pour l’avenir politique du pays et l’autonomie de ses entités territoriales, alors que l’article 141 de la Constitution de 1992 prévoit que le est organisé en collectivités territoriales sur la base du principe de la décentralisation. « Beaucoup de choses vont changer dans la gestion des communautés à la base, espère l’expert. Les citoyens seront désormais plus concernés par le développement de leurs communautés. Les besoins des populations seront pris en compte dans toutes les localités ».

L’opposition divisée

Ayant massivement boycotté les élections législatives de décembre 2018, l’opposition a ici une chance de peser dans les décisions politiques du pays. « L’opposition doit enlever le maximum de communes, car les populations seront maintenant impliquées dans la gestion de leurs localités. Les délégations spéciales ont montré leurs limites », estime une commerçante à Lomé. Cependant, après une mobilisation exceptionnelle qui s’est essoufflée au fil des mois, l’opposition aborde ces élections marquée par certaines divisions qui pourraient profiter au maintien de l’UNIR, le parti de Faure Gassingbé, dans certaines localités. Plusieurs partis ayant quitté la coalition, l’union de l’opposition s’est dégradée ces derniers mois, pouvant mener à une dispersion des votes.

En effet, le Parti national panafricain (PNP), un parti important à l’origine des récentes manifestations contre le régime, dont le leader Tikpi Atchadam vit en exil, et le plus petit Parti des Togolais, ne présenteront pas de liste, faisant pourtant partie de la coalition d’opposition ayant refusé de participer aux législatives. Le PNP exige la libération de ses militants, dont trois responsables écroués depuis mi-avril suite à des manifestations pour la démission du président.

La campagne électorale, débutée le 14 juin et qui s’achève ce vendredi, s’est déroulée sans incident majeur. Les forces armées et de sécurité votent vendredi afin de pouvoir être déployées dans le pays dimanche. Environ 8 000 gendarmes et policiers seront mobilisés.

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