Mines

Gabon : Eramet se lance dans une nouvelle mine de manganèse face à une concurrence croissante

Le port de minerais de Libreville, zone de stockage et de chargement du manganèse, en 2018 (photo d'illustration).

Le port de minerais de Libreville, zone de stockage et de chargement du manganèse, en 2018 (photo d'illustration). © Jacques Torregano pour JA

Okouma : c’est le nom du prochain gisement au Gabon de la Comilog, filiale du français Eramet. Le groupe ambitionne d’atteindre dans le pays une production d’au moins 7 millions de tonnes par an en 2023, et de rester parmi les leaders mondiaux de manganèse, face à une concurrence qui augmente à l’international.

Le projet de mine a été validé en interne, puis annoncé publiquement en début de semaine. Avec le futur site minier Okouma, la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) s’étendra aux alentours de Moanda (est), où se trouve un gisement unique au monde par sa forte teneur en manganèse. Présente depuis plus de cinquante ans au Gabon, la filiale d’Eramet exploitait le plateau Bangombé, également situé vers Moanda.

« Nous entrons désormais dans la phase de préparation de la construction d’Okouma, alors que les premières études datent de 2016. La décision finale sera rendue en décembre », indique à Jeune Afrique Léod-Paul Batolo, le directeur général de la Comilog.

Reste à trouver et valider les financements pour Okouma, explique le directeur. L’entreprise cherche 430 milliards de francs CFA (656 millions d’euros) pour son projet « Comilog 2020 », qui comprend la nouvelle mine, mais aussi une laverie, ou encore l’augmentation du stockage dans la gare ferroviaire. La société veut également améliorer sa « transformation numérique » avec, par exemple, un suivi des stocks par drone, ou encore un traçage des camions par GPS. Avec Comilog 2020, l’entreprise prévoit de passer de 4,3 millions de tonnes par an en 2018, à plus de 7 Mt/an en 2023.

Atteindre une part de marché de 15%

« Les deux tiers de ce financement, à savoir 280 milliards de F CFA, pourraient être validés par la Société financière internationale [IFC, une organisation de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, ndlr], le reste viendra de nos fonds propres, et nous pourrons également prendre des compléments sur des banques privées », détaille Léod-Paul Batolo. « La décision favorable de l’IFC dépend encore de plusieurs aspects économiques, commerciaux, sociaux et environnementaux », ajoute le directeur, sans entrer dans plus de détails.

Pour la société gabonaise, l’enjeu est de « baisser le cash cost [le coût de production lié à l’exploitation par jour, ndlr] d’environ 20% et de faire passer notre part de marché de 10% à 15% », indiquait lundi un communiqué de presse de l’entreprise.

Les volumes de minerai transportés ont progressé de 27% et les ventes externes de 13%

Augmentation de la concurrence mondiale

Aujourd’hui, le manganèse se porte bien : la Comilog vend le minerai à 6 ou 7 dollars la Dry Metric Ton Unit (DMTU). En 2016, au creux de la vague, le manganèse se vendait parfois à moins de 2 dollars la DMTU, rappelle le directeur. En parallèle, la société a enregistré de bons résultats dernièrement, principalement tirés par la demande chinoise. Au premier trimestre 2019, les volumes de minerai transportés ont progressé de 27% et les ventes externes de 13%.

La concurrence internationale ne cesse cependant de croître, et Eramet ambitionne de rester parmi les leaders mondiaux du manganèse. L’Afrique du Sud, l’Australie et le Ghana sont en tête de la concurrence, énumère Léod-Paul Batolo. « Nous ne travaillons pas dans les mêmes conditions : la concurrence australienne, par exemple, a des installations en bord de mer qui lui facilitent le transport. Le Ghana a aussi augmenté fortement sa production. »

La difficulté réside surtout dans l’éloignement du port

Au niveau national, le directeur de la Comilog dit ne pas craindre la concurrence des deux nouvelles entreprises asiatiques : la chinoise Compagnie industrielle et commerciale des mines de Huazhou (CICMHZ), qui produit depuis 2012 du minerai extrait du site de Ndjolé (nord), et l’indienne Nouvelle Gabon Mining (NGM), qui a commencé à produire en 2017 vers Franceville, capitale du Haut-Ogooué, située près de Moanda.

« Nous travaillons avec les mêmes contraintes que ces compagnies, explique le patron de la Comilog. La difficulté réside surtout dans l’éloignement du port », Moanda se situant à près de 700 km de Libreville.

Impact d’un récent accident ferroviaire

La Comilog doit également composer avec quelques aléas : mi-juin, un train transportant du manganèse a déraillé, bloquant le transport ferroviaire du manganèse pendant trois jours, entraînant même la démission du directeur de la compagnie ferroviaire, la Société d’exploitation du transgabonais (Setrag). Si ce dernier n’a pas été remplacé, son numéro deux assure l’intérimaire, précise le patron de la Comilog. Sa société a perdu sept wagons, mais elle en possède un peu plus de 700. « Cette perte correspondra seulement à 1% de nos capacités annuelles », selon le directeur de la compagnie minière et « le plan de renouvellement des rails est en cours avec la Setrag. »

Au Gabon, malgré les quelques aléas, « la qualité du minerai, à haute teneur en manganèse, reste un avantage », tient à rappeler le patron de la Comilog.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte