Héros d'un jour

CAN 1976 : la victoire du Maroc racontée par Ahmed Faras

Ahmed Faras, l'un des plus grands joueurs de l’histoire du football marocain.

Ahmed Faras, l'un des plus grands joueurs de l’histoire du football marocain. © YouTube/L'Observateur du Maroc et d'Afrique

Ahmed Faras, l'un des plus grands joueurs de l’histoire du football marocain, a accepté de revenir sur le titre obtenu par les Lions de l’Atlas, à la CAN 1976, en Éthiopie, face à la Guinée.

Pas besoin d’avoir une mémoire d’éléphant pour se souvenir des titres remportés par le Maroc. Il n’y en a qu’un, et son souvenir commence sérieusement à s’estomper dans les limbes de l’Histoire. C’était en 1976, en Éthiopie, lors de sa deuxième participation à une phase finale de la CAN.

Ahmad Faras, qui est alors âgé de 29 ans, fait partie de cette génération qui se voit proposer ce qui est peut-être sa dernière chance de régner sur le toit de l’Afrique avant de passer le relais. « Nous avions vécu la CAN 1972 au Cameroun. Celle-ci s’était soldée par un échec car nous étions partis à Douala avec de grandes ambitions. Nous avions également eu à digérer une élimination amère de la Coupe du monde 1974 en RFA. La détermination et la discipline de l’équipe étaient nos principaux atouts », explique l’ex-buteur du SCC Mohammedia et de la sélection (42 buts en 77 capes).

Les Lions sont alors dirigés par le Roumain Virgil Mardarescu, arrivé deux ans plus tôt dans le Royaume. À ses côtés, le colonel Mehdi Belmedjoub, directeur technique national. Et quand il convoque ses souvenirs, Faras se remémore un duo qui fonctionnait bien. « Je garderai toujours en mémoire cette ambiance familiale qui nous liait avec le staff technique. Mardarescu avait les idées claires. Celles-ci répondaient aux objectifs et aux principes fixés par le Colonel Belmejdoub : privilégier la notion de groupe, mettre les talents dont nous disposions au service du collectif. »

Chars, typhoïde et altitude

En Éthiopie, les Lions se retrouvent dans le groupe B, basé dans la ville de Dire Dawa, et héritent du Nigeria, du Soudan et du Zaïre, tenant du titre. « Les quatre équipes étaient logées dans le même hôtel. Je me souviens qu’en raison du contexte politique, nous étions escortés par des chars de l’armée. »

Les conditions de jeu, dictées en partie par l’altitude (1276 m), obligent Mardarescu à modifier ses plans. « Le 4-3-3 était privilégié, nous devions nous habituer à l’altitude et donc jouer de manière différente. Il fallait gérer nos efforts, quitte à ne pas jouer de manière hyper offensive, et on a joué surtout le contre », explique l’ancien buteur, tout frais lauréat du très couru Ballon d’Or africain.

Pourtant, Faras, quelques jours avant le premier match face au Soudan (2-2) est pris de frissons et de maux de tête lors d’un repas. Le diagnostic du docteur Srairi est imparable : typhoïde. « J’étais alité et je n’ai pu consommer que des liquides pendant plusieurs jours. »

Notre avion a pris feu et nous avons dû rebrousser chemin et attendre de nombreuses heures dans la brousse qu’il soit réparé !

Affaibli contre les Soudanais, l’attaquant retrouve ses moyens face au Zaïre (1-0) puis au Nigeria (3-1), où il ouvre son compteur. Le Maroc se qualifie pour le tour final, réunissant également la Guinée, le Nigeria et l’Égypte. Le voyage vers Addis-Abeba est mouvementé. « Notre avion a pris feu et nous avons dû rebrousser chemin et attendre de nombreuses heures dans la brousse qu’il soit réparé ! »

Faras marque face à l’Égypte (2-1) et face au Nigeria (2-1), avant d’affronter la Guinée, pour la vraie finale du groupe. En bon militaire, le Colonel Belmedjoub prend la parole devant le groupe à la veille du match, pour rappeler aux joueurs l’importance du match.

L'équipe du Maroc championne d'Afrique lors de la CAN 1976.

L'équipe du Maroc championne d'Afrique lors de la CAN 1976. © DR

Baba libère les Lions

« Je me souviens d’un match très dur. Nous étions éprouvés physiquement, les blessés étaient nombreux et puis le Syli de Guinée était un peu le Brésil de l’Afrique avec les Cherif Souleymane, Petit Sorry ou Papa Camara. Nous avons été dominés par nos rivaux, d’autant plus que l’arbitre avait expulsé Semmat », se souvient Faras.

«  Cherif Souleymane a ouvert le score ce qui a compliqué davantage notre mission. Mais nous avons laissé passer la tempête avant de reprendre l’ascendant. Et puis à la 86e minute sur un des rares ballons que j’ai pu avoir, mon coéquipier Baba m’a demandé de le servir pour ce qui sera le but de la délivrance. »

Une égalité (1-1) synonyme de victoire pour les Lions de l’Atlas puisque le système était à l’époque différent : après le premier tour, les 2 premiers des deux poules existantes devaient s’affronter à 4 dans une poule unique : celui qui en sortait premier était sacré champion d’Afrique. Le dernier match opposait ainsi la Guinée au Maroc et si la première devait gagner pour remporter la compétition le second n’avait besoin que de décrocher un nul.

À leur retour au pays, les Lions de l’Atlas ont droit à un accueil  enthousiaste, avant d’être reçus par le Prince héritier Sidi Mohamed. « Je garde un souvenir très tendre de ces moments de liesse. Aujourd’hui avec le recul je reste reconnaissant à tous ceux qui ont contribué à cette épopée qui a nous valu le respect et l’amour du peuple marocain… »

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