Energie

Kenya : la justice suspend un projet de centrale à charbon sur l’archipel de Lamu

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 27 juin 2019 à 12h57
Le 5 juin 2018, lors d'une manifestation contre le projet de cenbtrale à charbon à Lamu, un site classé à l'Unesco sur la côte kényanne.

Le 5 juin 2018, lors d'une manifestation contre le projet de cenbtrale à charbon à Lamu, un site classé à l'Unesco sur la côte kényanne. © Ben Curtis/AP/SIPA

La justice kényane a décidé de bloquer un projet contesté de construction d’une centrale de production électrique à charbon, à Lamu, un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

La centrale, presque intégralement financée par la Chine et soutenue par les autorités nationales, doit devenir la plus importante d’Afrique de l’Est. Mais le projet a provoqué une farouche résistance de la part des défenseurs de l’environnement et des communautés locales, qui ont remporté une victoire devant les tribunaux, mercredi 26 juin.

Le Tribunal national de l’Environnement du Kenya, saisi par les associations qui dénoncent la licence accordée à la co-entreprise Amu Power atranché. Le juge Mohammed Balala, estimant que les consultations publiques, notamment auprès des communautés locales, n’avaient pas été menées adéquatement a infirmé la première décision de justice qui avait validé la licence accordée à Amu Power. Le tribunal a par ailleurs réclamé une nouvelle étude d’impact sur l’environnement.

30 jours pour faire appel

La co-entreprise a désormais 30 jours pour interjeter appel de la décision, mais n’a pas encore indiqué ses intentions sur ce point. « Amu Power a pris note des préoccupations soulevées dans le jugement et a pour ambition de travailler avec toutes les parties prenantes afin que toutes les questions soient résolues », s’est contenté de déclarer Cyrus Kirima, directeur exécutif de la société.

C’est un grand jour pour les gens de Lamu, c’est un grand jour pour le Kenya

« C’est une grande victoire, c’est un grand jour pour les gens de Lamu, c’est un grand jour pour le Kenya, pour l’Afrique et pour le monde », s’est exclamé Mohamed Athman, membre de l’organisation Save Lamu.

« Enfin, les droits des habitants de Lamu et des Kényans ont été confirmés », s’est pour sa part réjoui Omar Elmawi, de l’organisation kényane DeCOALonize, qui milite contre l’énergie au charbon. « Nous maintenons qu’il n’y a pas de place au Kenya pour l’énergie au charbon, et que l’énergie renouvelable est le seul avenir possible », a-t-il ajouté.

L’Unesco a lui aussi affirmé son opposition au projet, alors que l’organisation a inscrit l’archipel de Lamu au patrimoine mondial et que des doutes ont été émis sur le coût de l’électricité, qui pourrait selon certains être jusqu’à 10 fois plus important que prévu en raison des prix du charbon et d’anticipations de production trop optimistes.

La décision rendue par la juge Balala représente donc une conquête importante pour les populations locales, mais s’inscrit également dans la ligne de la politique kényane en faveur des énergies renouvelables, et de son intégration à la Conférence de Copenhague en 2009.

Greenpeace assure en effet que la centrale à charbon va accroître la pollution de l’air et provoquer des pluies acides, tandis que les pompes utilisées pour son système de refroidissement auront un impact négatif sur la faune et les coraux. « Il y a de l’énergie au charbon propre de nos jours, c’est comme l’énergie nucléaire, la technologie a été améliorée », a répondu Charles Keter, ministre de kényan de l’Énergie.

Un projet soutenu par le gouvernement

Le gouvernement kényan assure que la construction de cette centrale –  d’une capacité de 981 mégawatts – est nécessaire à la croissance économique de cette partie du pays, et met en avant l’utilisation de telles centrales dans des pays très développés. La centrale fait partie d’un projet de développement beaucoup plus important qui prévoit la construction d’un port, d’axes routiers et d’un oléoduc destinés principalement à transporter le pétrole brut sud-soudanais et faciliter l’approvisionnement en marchandises de l’Éthiopie.

D’autres experts ont par ailleurs mis en garde contre les effets d’un projet aussi coûteux sur la dette kényane, déjà gonflée par la construction d’une ligne ferroviaire reliant la ville portuaire de Mombasa à la capitale Nairobi, également financée par la Chine. Le projet, baptisé Lapsset (acronyme anglais de Couloir de transport Ethiopie-Soudan du Sud-Port de Lamu) et destiné à développer le nord-est du pays et à désengorger le port de Mombasa plus au sud, est en cours de travaux. La construction d’un des quais du futur port est quasiment terminée.

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