Politique

RDC : la présidence explose son budget annuel en seulement cinq mois

Félix Tshisekedi, le 29 avril à Kinshasa. © DR / présidence RDC

En seulement cinq mois, la présidence congolaise à consommé la quasi-totalité de son budget pour 2019, selon un document du ministère du Budget dont Jeune Afrique s'est procuré la copie.

« Garant de l’exemplarité, le gouvernement adoptera une politique de stabilité macroéconomique s’appuyant sur une gestion rigoureuse de la dépense publique assortie d’une politique budgétaire prudente », promettait Félix Tshisekedi dans son discours d’investiture, le 24 janvier dernier. Cinq mois plus tard, la publication d’un document du ministère du Budget apporte un sérieux bémol à cet engagement du président congolais.

Au 31 mai 2019, la présidence a en effet déjà consommé près de 98% du budget qui lui était alloué par le Parlement pour l’ensemble de l’année 2019. Selon le « rapport des états de suivi budgétaire » du ministère du Budget, que Jeune Afrique a pu consulter (voir document ci-dessous), la présidence a déboursé près de 132 milliards de Francs congolais (75,55 millions de dollars) sur les 134 milliards dont elle dispose pour l’année 2019 (le budget 2019 de la RDC est de 5,497 milliards de dollars).

Les « prévisions linéaires », qui fixent le montant des dépenses auquel aurait dû être la présidence fin mai, est de 56 milliards francs congolais (32,12 millions de dollars). En clair, le budget a été dépassé de 235 % à la date du 31 mai.

Sous Joseph Kabila, à la même période en 2018, 39,5 milliards de francs congolais avaient été sorties des caisses de la présidence (23,91 millions de dollars) alors que la « prévision linéaire » était de 38,4 milliards de francs congolais. Soit un taux d’exécution de 102%.

Un dépassement « inévitable » ?

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« Ce dépassement de budget était inévitable », justifie une source au sein du cabinet de Félix Tshisekedi, qui pointe, sous couvert d’anonymat, les « nombreuses contraintes » auxquelles a été soumis le président dans les premières semaines de son mandat. « Il fallait se déployer d’urgence à travers le monde pour parler de la situation post-électorale », souligne notamment ce cadre de la présidence, évoquant les nombreux voyages à l’étranger que Félix Tshisekedi a mené, de Washington à Kigali en passant par Luanda.

« La Présidence, c’est 4 000 employés. Il faut aussi prendre en compte les déplacements du chef de l’État et ce qu’ils signifient en terme d’exigences sécuritaires. Ajoutez également l’expertise et la contre-expertise sur des dossiers importants… On peut comprendre cette situation », argumente un autre haut cadre de la présidence.

Ce budget comprend notamment les dépenses personnelles, les biens et matériels, les transferts et interventions de l’État, les équipements, ou encore la réhabilitation. Entre janvier et mars 2019, l’Observatoire de la dépense publique (ODEP, une organisation indépendante issue de la société civile) avait déjà noté un déficit de celui-ci de l’ordre de 151,1 millions de dollars.

Plus de 80% des dépenses publiques engagées et payées entre janvier et mars avaient été effectuées en procédures d’urgence

Dans le même temps, les frais de fonctionnement de la présidence ont connu un dépassement de 120%. « Plus de 80% des dépenses publiques engagées et payées au cours de cette période avaient été effectuées en procédures d’urgence », explique Valéry Madianga, chargé de communication de l’ODEP, qui cite en exemple « le programme d’urgence de 100 jours, qui est extra-budgétaire ».

Des institutions trop budgétivores ?

La présidence n’a pas été la seule institution à se faire indexer par l’ODEP. En mars, et à nouveau en mai, l’organisme indépendant avait déjà mis en exergue un accroissement des dépenses de plusieurs institutions politiques. Celles-ci ayant coûté environ 456 millions de dollars au Trésor public sur les cinq premiers mois de l’année 2019 : l’Assemblée nationale (39,2 millions de dollars), la primature (15,5 millions de dollars), le Sénat (13,5 millions de dollars), ou encore les gouvernorats des provinces et les assemblées provinciales (312,6 millions de dollars).

En revanche, sur la même période, les investissements publics dans les secteurs structurants ont été extrêmement timides. Les projets des ministères de la Santé, de l’Éducation, de l’Agriculture ou encore de l’Énergie n’ont connu aucune exécution.

« La réduction des dépenses des institutions permettrait de faciliter la construction d’écoles, d’hôpitaux et de réhabiliter des routes », juge Valéry Madianga. Faute de quoi, estime l’activiste, « on assistera à l’accroissement des inégalités sociales et de la pauvreté ».

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