Politique

Réforme de la CEI en Côte d’Ivoire : l’opposition divisée sur la stratégie à adopter

Un électeur signe devant des assesseurs, en 2010. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

À quelques jours de la publication des propositions du gouvernement pour la réforme la Commission électorale indépendante (CEI), l’opposition ivoirienne est profondément divisée sur la stratégie à adopter face au pouvoir.

La division est profonde. Le mercredi 19 juin, alors que le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly présidait l’ultime réunion (la dixième depuis le début des négociations en janvier) relative à la réforme de la Commission électorale indépendante (CEI), les places du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié) et de certains de ses alliés sont restées vides. Dans la salle, une présence a été très remarquée, celle de l’ex-ministre de Laurent Gbagbo, l’opposante Henriette Lagou. Cette dernière s’était engagée pour la plateforme de l’opposition que compte mettre en place Bédié, avant de se rapprocher, ces derniers jours, du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP du président Alassane Ouattara).

Une scission au sein de l’opposition qui s’était pourtant montrée soudée à l’entame des négociations. La division des opposants ne porte pas que sur le boycott ou non des derniers travaux entre les parties engagées dans la réforme de la commission. Cette division se traduit aussi dans la stratégie à adopter face à une réforme a minima qui se profile.

Vers un boycott ?

Le Front populaire ivoirien (FPI) de Pascal Affi N’Guessan – allié en froid avec Henri Konan Bédié depuis le rapprochement de ce dernier avec Laurent Gbagbo – estime que le boycott n’est pas justifié. « Il y a eu quand même un minimum d’acquis », déclare Issiaka Sangaré, secrétaire général d’Affi N’Guessan. Au nombre de ceux-ci, la réduction de la présence de l’administration au sein du bureau central de la CEI, qui devrait passer de cinq à deux.

Du coté des partisans du boycott, l’on estime qu’il y a une volonté de « passage en force du pouvoir », à en croire Moriféré Bamba, porte-parole occasionnel du PDCI, de Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS, regroupant la dissidence du FPI et des mouvements majoritairement pro-Gbagbo) et de Liberté et démocratie pour la République (Lider de Mamadou Koulibaly).

« Lorsque la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a rendu son arrêt, le 16 novembre 2016, il a été question d’une réforme profonde de la CEI. Ce n’est pas simplement la question de la recomposition », explique Bamba.

De fait, Alassane Ouattara avait déjà planté le décor, en août 2018, en annonçant vouloir se plier aux exigences de la Cour africaine qui avait enjoint le gouvernement ivoirien, suite à la plainte d’une organisation de la société civile (non admise à la table des négociations), de réformer sa loi électorale. En effet, depuis cette date, le président ivoirien annonce qu’il se limitera à une recomposition de la CEI et non à une réforme en profondeur de celle-ci, comme le souhaite l’opposition.

Réforme profonde ou recomposition ?

Le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly devrait publier dans les prochains jours le projet de loi du gouvernement sur le sujet, et le soumettre au Parlement pour validation. Que fera l’opposition ? Le PDCI reste silencieux sur sa stratégie, Bédié se contentant de dire que « l’enjeu (de la réforme) est capital pour le pays en 2020 », année de la présidentielle, après deux mandats consécutifs de cinq ans de Ouattara.

En 2010, des résultats contestés par le pouvoir d’alors de Laurent Gbagbo, proclamés par Youssouf Bakayoko (dont le mandat à la tête de la CEI est arrivé à expiration depuis février 2016) ont plongé le pays dans une grave crise postélectorale qui a causé la mort d’au moins 3 000 personnes en cinq mois.

Plus radical, Abel Naki, membre de la future plateforme de l’opposition et président du Cri-Panafricain, milite pour un appel à mobilisation dans les rues. « Je pense que l’heure a sonné pour les Ivoiriens, pour que la rue puisse vibrer en Côte d’Ivoire », martèle-t-il au cours des réunions de la future plateforme de Bédié. Un appel qui a peu de chance d’aboutir.

« L’opposition en panne de stratégie devra se contenter de cette recomposition qui ne reflète ni l’esprit ni la lettre de l’arrêt de la Cour africaine, explique l’analyste politique Innocent Gnelbin. Le PDCI, qui avait le leadership au sein de l’opposition, n’a pas su mesurer les rapports de force lors des négociations, de sorte que le pouvoir s’est donné une majorité relative, y compris parmi les représentants de la société civile. Conséquence : la réforme en profondeur de la CEI n’aura pas lieu, l’on devra se contenter d’une simple recomposition et l’opposition n’aura que ses yeux pour pleurer ».

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