Elections

Présidentielle en Mauritanie : pays divisé, Biram leader de l’opposition… les premières leçons du scrutin

Un bulletin de vote lors de l'élection présidentielle mauritanienne du samedi 22 juin 2019.

Un bulletin de vote lors de l'élection présidentielle mauritanienne du samedi 22 juin 2019. © Elhady Ould Mohamedou/AP/SIPA

Alors que Mohamed Ould Ghazouani s’apprête à diriger un pays dont la moitié de la population a voté pour l’opposition, cette dernière est totalement reconfigurée. Voici les premiers enseignements du scrutin présidentiel du 22 juin.

L’union sacrée a régné au cœur de la nuit de dimanche à lundi. À 2 heures du matin, les opposants Mohamed Ould Maouloud, Sidi Mohamed Ould Boubacar, Kane Hamidou Baba et Biram Dah Abeid se sont, pour la première fois depuis bien longtemps, présentés les coudes serrés. Face à leurs militants et à la presse, ils ont fait le récit de leurs entretiens avec le ministre de l’Intérieur Ahmedou Ould Abdallah et le directeur général de la sûreté nationale, Mohamed Ould Meguett.

Tous ont été entendus plus tôt dans la soirée au sujet des échauffourées survenues dans plusieurs quartiers de Nouakchott. Les autorités leur ont indiqué qu’il était de leur responsabilité de « cadrer » leurs militants afin que, s’ils manifestent, cela se fasse de manière pacifique. « C’est Ghazouani qui, en prononçant unilatéralement sa victoire avec le soutien du président, est à l’origine des émeutes, a indiqué Mohamed Ould Maouloud. S’ils devaient convoquer quelqu’un, c’était lui. » « Des pyromanes nous demandent de jouer aux sapeurs-pompiers ! » a ajouté Kane Hamidou Baba, qui a annoncé que tous « rejettent les résultats. Nous voulons un recompte des résultats, bureau par bureau. »

Un pays divisé

Alors qu’ils se trouvaient encore au ministère de l’Intérieur, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a annoncé les résultats du scrutin du 22 juin : le candidat de la majorité, Mohamed Ould Ghazouani, a été élu président avec 52,01 % des voix. La deuxième place est revenue à Biram Dah Abeid avec 18,58 % des suffrages, tandis que Sidi Mohamed Ould Boubacar, distancé de peu, en a obtenu 17,87 %. Kane Hamidou Baba a convaincu 8,71 % des électeurs, Mohamed Ould Maouloud, 2,44 %, et Lemine El-Mourteji El-Wavi 0,4%.

La campagne de Ghazouani n’a pas été bonne et cela est dû aux rivalités internes qui l’ont minée, juge un membre du premier cercle présidentiel

Le nouveau chef de l’État devra donc diriger un pays dont la moitié de la population a voté pour l’opposition. Laquelle s’apprête elle-même à faire face à une nouvelle reconfiguration. « Le discours de candidature de Ghazouani était excellent, mais ça s’est arrêté là, juge un membre du premier cercle présidentiel. La campagne n’a pas été bonne et cela est dû, en grande partie, aux rivalités internes qui l’ont minée. »

À Nouadhibou par exemple, il n’a obtenu que 32 % des voix, s’inclinant face à Biram Dah Abeid qui en a remporté 34 %. C’est la première fois qu’un candidat du pouvoir perd la capitale économique – même s’il est vainqueur dans la stratégique ville minière de Zouerate (44 %) ou encore dans le Trarza (59,56 %), dont la conquête était cruciale. Dans le Gorgol, il obtient 36 % des voix, tandis que Kane Hamidou Baba et Biram Dah Abeid s’en partagent 55 %. Ces deux rivaux, qui en ont gagné 44 % à Sélibaby, ont donc divisé l’électorat halpulaar dans la vallée du fleuve (Sud). « Pour la première fois, il y a eu un vote communautaire, analyse un ex-ministre. La majorité des Maures et des Haratines ont été favorables à Ghazouani. »

Biram nouveau leader de l’opposition

Dans ce contexte, Mohamed Ould Maouloud a difficilement trouvé sa place. Il n’a remporté que 4,5 % des voix dans sa propre région, le Tagant. « C’est la fin d’un ancien monde. On tourne la page de trente ans de règne politique », lâche un proche du patron de l’Union des forces de progrès (UFP), lequel a dénoncé des fraudes et une « volonté du pouvoir de l’abattre ».

Le mot d’ordre donné par Ahmed Ould Daddah de soutenir Ould Maouloud n’a pas été suivi et Messaoud Ould Boulkheir a rallié le pouvoir. Ces deux leaders historiques de l’opposition, 75 ans, étaient trop âgés pour pouvoir présenter leurs propres candidatures. Quant à l’ex-Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar, soutenu par l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou, il voit la seconde place tant espérée lui échapper.

Une partie de la base des islamistes « modérés » de Tawassoul, la principale force de l’opposition, est historiquement proche de Mohamed Ould Ghazouani, mais lui a échappé lors du scrutin. Semblant vouloir reprendre ses droits, son chef Jemil Ould Mansour a déclaré sur les réseaux sociaux qu’il reconnaissait les résultats du scrutin, qui « correspondent aux éléments dont il dispose ». Un véritable désaveu pour Ould Boubacar, qui devra jouer des coudes avec le nouveau leader de l’opposition, le militant anti-esclavagiste Biram Dah Abeid.

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