Politique

Présidentielle en Mauritanie : « Le gouvernement n’a aucun poids sur le résultat annoncé »

Mohamed Ould Ghazouani, le candidat de la majorité, vote devant les caméras, le 22 juin 2019. © Elhady Ould Mohamedou/AP/SIPA

Mohamed Ould Ghazouani a été élu président de la Mauritanie avec 52 % des suffrages, selon les chiffres communiqués dimanche soir par la Commission électorale. Un résultat que commente le ministre des Affaires étrangères Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, que Jeune Afrique a croisé à l'occasion du Sommet des deux rives à Marseille.

Pour la première fois, deux présidents élus devraient se succéder en Mauritanie. Dimanche soir, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a en effet confirmé la victoire du dauphin du président Mohamed Ould Abdelaziz, Mohamed Ould Ghazouani, qui remporte 52,01 % des voix sur l’ensemble des bureaux. Il est suivi par quatre opposants, dont le militant anti-esclavagiste Biram Dah Abeid (18,58 %) et l’ancien Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,87 %).

Ces résultats doivent encore être transmis pour validation au Conseil constitutionnel après examen d’éventuels recours, alors que les quatre candidats d’opposition ont annoncé qu’ils utiliseraient toutes les voies légales pour les contester. Des incidents ont éclaté samedi en plusieurs endroits de la capitale et à Nouadhibou (Nord-Ouest), l’unique province où Ghazouani ne soit pas arrivé en tête, devancé par Biram.

Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, ministre mauritanien des Affaires étrangères, analyse pour Jeune Afrique le scrutin, mais donne aussi son point de vue sur le G5-Sahel et s’exprime sur la situation en Libye.

L’élection de Ghazouani a été contestée par une partie de l’opposition. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Les résultats ont été déclarés par la Ceni, qui est une commission électorale indépendante. Le gouvernement n’a aucun poids sur le résultat annoncé. Bien entendu, nous sommes très contents que le candidat de notre majorité l’ait emporté. Il l’a fait avec 52 % des suffrages exprimés, soit une marge assez faible, ce qui n’est pas le résultat que nous aurions choisi si nous avions eu une quelconque influence sur la Ceni.

Tout le monde a le droit de protester, mais à travers les institutions. C’est notre conseil à l’ensemble des candidats

Nous attendons bien sûr la confirmation des résultats par le Conseil constitutionnel, parce que nous sommes respectueux des institutions. Il faut respecter le processus démocratique. Tout le monde a le droit de protester, mais à travers les institutions. C’est notre conseil à l’ensemble des candidats.

Nous estimons que nous avons aujourd’hui une opportunité exceptionnelle de passer d’un président élu à un autre. C’est une occasion de féliciter le peuple mauritanien. Mohamed Ould Abdelaziz, malgré la demande de la rue et du Parlement, n’a pas voulu toucher à la Constitution pour briguer un troisième mandat. Il a considéré que c’était une question non négociable. C’est un grand pas en avant pour l’avenir de nos institutions.

Où en est le G5 Sahel, qui fait l’objet de nombreuses critiques ?

Les responsabilités sont partagées, mais il est important de dire à nos amis européens et aux Nations unies qu’il est difficile de faire porter la seule responsabilité à la force du G5 Sahel, alors qu’on ne nous a pas fourni tout le matériel promis, et que les financements demandés ne parviennent pas non plus – hormis certaines indemnités de l’Union européenne. Je dirais que cette dernière fait des actions très positives, mais les choses sont lentes.

Il est important que les Nations unies comprennent aussi que le G5 Sahel est le type de réponse dont on a besoin pour lutter contre le terrorisme. Le système classique de maintien de la paix est dépassé. Il faudrait déjà qu’il y ait une paix à maintenir ! Et puis il ne s’agit pas de deux armées régulières qui s’opposent, mais de groupes d’extrémistes dangereux et mobiles. En face, vous devez avoir une force qui connaît le terrain.

La Minusma a une valeur ajoutée. Là où elle est présente, elle a obtenu de bons résultats. Mais elle est absente du centre du Sahel, donc il faut une collaboration avec le G5 Sahel. Nous demandons donc que le statut de cette dernière organisation passe sous le chapitre 7 de la charte des Nations Unies, pour lui permettre d’obtenir des financements pérennes, et surtout un mandat qui permette à nos forces de passer les frontières.

Vous avez été un temps émissaire de l’ONU pour la Libye. Comment considérez-vous la situation actuelle dans ce pays ?

Nous soutenons les efforts des Nations unies et de l’émissaire spécial Ghassan Salamé. Nous voulons le voir aboutir à une solution acceptable par tous. Bien entendu, l’état actuel des choses est une situation grave. On a promis des élections qui ont été reportées, il y a deux parlements, deux gouvernements… C’est une situation qui ne peut pas s’éterniser.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte