Vie des partis

RDC : Jean-Pierre Bemba se démarque de l’aile radicale de Lamuka

Jean-Pierre Bemba, à son retour à Kinshasa, le 23 juin 2019. © REUTERS/Kenny Katombe

Lors de son premier meeting à Kinshasa depuis sa remise en liberté par la CPI, Jean-Pierre Bemba a affiché une volonté de s’inscrire dans une « opposition républicaine » à Félix Tshisekedi. Une stratégie similaire à celle de Moïse Katumbi, mais aux antipodes de celle de ses alliés les plus « durs » au sein de la coalition Lamuka.

Bemba n’a pas cédé à la pression. Face à la foule qui scandait « donnez-nous des armes ! », le président du Mouvement de libération du Congo (MLC) est resté ferme sur le message qu’il entendait porter, pour ce premier meeting à Kinshasa depuis son acquittement pas la Cour pénale internationale (CPI), il y a un an. « Nous sommes des démocrates. On veut avoir le pouvoir par les élections », a martelé l’ancien chef de guerre devant ses partisans rassemblés sur le terrain Sainte-Thérèse, dans le quartier populaire de N’Djili.

Un discours qui tranche avec celui des tenants de l’aile « dure » de Lamuka, la principale coalition de l’opposition congolaise, secouée par des tensions internes et qui a enregistré plusieurs défection, dont celle d’Antipas Mbusa Nyamwisi, la semaine dernière. Avant que le président du MLC ne monte sur l’estrade, Adolphe Muzito avait même affirmé que « Jean Pierre Bemba est venu renforcer le combat pour la vérité des urnes ».

Et quand est venu son tour de prendre la parole, Martin Fayulu – candidat malheureux à la présidentielle, qui continue de revendiquer la victoire – s’est, lui, directement attaqué à Félix Tshisekedi, qui participait au même moment à une « journée d’action de grâce » au Stade des Martyrs, dans l’est de la capitale congolaise.

La « vérité des urnes » entre parenthèses

Mais Jean-Pierre Bemba, qui veut « une opposition responsable, républicaine et qui propose », selon l’un de ses proches, s’est employé à prendre ses distances avec ces discours radicaux. Celui qui affirme vouloir « défendre pacifiquement les intérêts du peuple, la démocratie, les droits de l’homme, la sécurité, la paix et la justice » s’est posé en vigie des intérêts du peuple congolais. « Le Congo nous appartient tous, il faut que les autorités prônent la bonne gouvernance, elles doivent respecter les deniers publics », a-t-il lancé.

Et quand la foule le presse d’évoquer les résultats des élections du 30 décembre dernier, ou encore l’accord de gouvernement passé entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, le président du MLC esquive, au point de ne citer le nom ni de l’actuel président ni de celui de son prédécesseur. Interpellé par un militant sur le combat pour la « vérité des urnes », Bemba répond : « Nous avons ajouté à la vérité des urnes le combat de la défense du peuple, la défense de l’intérêt du peuple. Voilà où nous en sommes ».

Deux lignes au sein de Lamuka

« Mon combat n’a pas commencé aujourd’hui. Nous travaillons pour l’intérêt du peuple. Mon souci pour le peuple est intact. Mon souhait, c’est la paix, la justice, et que les gouvernants servent d’abord la population », ajoute-t-il.

Malgré ces discours divergents, malgré le fait que le nom de Moïse Katumbi – actuel coordonnateur de la coalition Lamuka, qui partage avec Jean-Pierre Bemba cette ligne d’une opposition « républicaine » et ne fait plus du combat pour la « vérité des urnes » la priorité – ait été copieusement sifflé à chaque fois qu’il était évoqué dans le discours du président du MLC,  Bemba l’affirme : à Lamuka, « tout va bien ».

Jean-Pierre Bemba a également annoncé qu’un mot d’ordre de manifestation sera donné pour le 30 juin prochain, jour de la célébration du 59e anniversaire de l’accession de la RDC à l’indépendance. Martin Fayulu avait déjà annoncé des manifestations le même jour, notamment pour protester contre les arrêts de la Cour constitutionnelle par lesquels 25 députés de la coalition Lamuka ont été invalidés. « Ce qu’il se passe à la Cour constitutionnelle est anormal », a lancé Bemba, dénonçant « la corruption, un cancer qui détruit notre pays depuis l’indépendance. »

À la fin de son meeting – et après plusieurs incidents qui ont éclaté en marge de la progression de son cortège -, le président du MLC a quitté le quartier populaire de N’Djili pour rejoindre sa résidence familiale de Pumbu, dans la commune huppée de la Gombe, quartier où se trouve les sièges de plusieurs institutions du pays dont la présidence. En août 2018, lors de son précédent retour à Kinshasa, il en avait été empêché. Pas cette fois.

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