Innovation

[Chronique] Libra : quand Facebook prend de vitesse les banques africaines

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Avec le lancement de sa cryptomonnaie, le réseau de Mark Zuckerberg entend occuper une place de choix dans le capharnaüm monétaire africain.

Le continent à la plus faible inclusion financière est aussi celui de la plus grande variété de moyens de paiement. Même béates d’optimisme pour 2020, des zones comme la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) peinent à lancer des monnaies communes de nature à balayer les liasses jugées aujourd’hui post-coloniales, les pièces trop locales ou les devises étrangères si souvent préférées dans les business de haut vol.

Côté virtualité, si l’Africain lambda est encore peu coutumier de Paypal ou des bitcoins, il évolue sur le continent qui a popularisé ce mobile banking tellement adapté à un taux de bancarisation subsaharien inversement proportionnel au taux d’équipement en téléphones connectés…

Dans cette valse de moyens de paiement, Facebook a décidé d’emboîter le pas de la cryptomonnaie « akoin » du chanteur Akon. Ce mardi 18 juin, la firme américaine annonçait le lancement de « Libra », moyen de paiement en ligne ou de transfert d’argent via les messageries Messenger ou WhatsApp. Le système devrait être disponible dès 2020.

Les « laissés-pour-compte »

En filigrane de la dernière profession de foi du réseau social, nombre d’observateurs devinent la cible africaine. Facebook évoque, dans le document de présentation de Libra, les « laissés-pour-compte » que représentent les deux milliards de personnes exclues du système bancaire, de sa lourdeur administrative intimidante pour de nombreux prospects désargentés, « informels » ou peu alphabétisés. Et de souligner la possibilité qu’offre le virtuel de contourner les frais souvent très élevés des transferts de fonds ou des micro-paiements.

L’opération est financièrement moins magique qu’il n’y paraît, si l’on considère les revenus de Facebook obtenus par la simple « monétarisation » de l’attention et des données personnelles de ses inscrits.

Pour peu que le caractère légal des monnaies virtuelles soit admis par tous les États, les monnaies nationales disparaîtront-elles au profit des cryptomonnaies ?

Tant pis pour les institutions bancaires qui tentent de convaincre les « sous-banquées » que la détention d’un compte permet d’éviter l’épargne « sous le matelas », en même temps qu’elles promeuvent la mue d’une bonne proportion des règlements en liquide. Pour peu que le caractère légal des monnaies virtuelles soit définitivement admis par tous les États de la planète, les monnaies nationales disparaîtront-elles au profit des cryptomonnaies comme Libra ?

Même si les consommateurs ouest-africains se prennent au jeu des méthodes de transferts d’argent « téléphoniques » proposées par leurs opérateurs, le billet crasseux de 500 francs CFA, plié en huit et noué dans le pagne d’une vendeuse de beignets, a certainement encore de beaux jours devant lui…

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