Droits de l’homme

Islam : première fatwa d’Al-Azhar contre le mariage des mineures

Des enfants égyptiens dans la cour de la mosquée Al-Azahr, au Caire.

Des enfants égyptiens dans la cour de la mosquée Al-Azahr, au Caire. © Hassan Ammar/AP/SIPA

À l'occasion du premier sommet africain contre le mariage précoce des filles qui s'est déroulé à Dakar du 16 au 18 juin, les représentants de l'institution sunnite Al-Azhar, basée au Caire, ont annoncé une fatwa interdisant le mariage des mineures. Une mesure inédite pour cette mosquée connue pour ses interprétations parfois très « rigoristes » des lois religieuses.

« Le mariage est basé sur le consentement, lequel exige que la jeune femme ait atteint l’âge de la maturité et la raison pour qu’il soit valablement donné », a déclaré le grand imam adjoint d’Al-Azhar, Salah Abbas, lors du premier sommet africain dédié aux mutilations génitales féminines et aux mariages forcés, organisé les 16, 17 et 18 juin à Dakar.

L’événement a rassemblé environ 500 responsables gouvernementaux et de représentants d’organisations internationales et d’ONG  venant de près d’une vingtaine de pays, à l’invitation de l’ONG Safe Hands for Girls, fondée et dirigée par Jaha Dukureh, et des gouvernements gambiens et sénégalais.

« L’âge de 18 ans marque le stade où une femme peut valablement exprimer sa volonté de se marier. Cela garantit qu’elle puisse jouir de ses droits fondamentaux à l’enfance, à l’éducation et à la capacité d’assumer la responsabilité du mariage », a déclaré Salah Abbas lors de son allocution.

Une fatwa historique 

Dieu n’imposerait pas à ses serviteurs une obligation qu’ils ne pourraient pas remplir, ce qui serait le cas dans le cas du mariage d’une toute jeune fille, a-t-il estimé.

C’est une première dans l’histoire de l’institution religieuse sunnite, très écoutée dans le monde musulman. Basée au Caire, elle est connue pour ses fatwas (avis juridique donné par un spécialiste, lorsque la jurisprudence islamique n’est pas très claire sur une question controversée) et ses interprétations parfois « très rigoristes » de l’islam.

Certes, il ne s’agit pas de la première instance religieuse qui appelle à l’interdiction des mariages précoces des filles. En 2017, une fatwa émise par le « congrès des femmes oulémas », qui a réuni des spécialistes de l’islam du monde entier, s’élevait déjà contre le mariage des enfants. Mais malgré les saluts d’ONG et de l’Unicef, cet avis est resté relativement confidentiel. Il ne devrait pas en être de même pour un jugement d’Al-Azhar, considérée comme la plus haute autorité de l’islam sunnite, même si elle est parfois controversée pour ses prises de positions très conservatrices.

Le mois dernier, en plein Ramadan, l’un de ses muftis de la mosquée d’al Azhar avait ainsi émis une fatwa sur l’interdiction du travail des femmes sans le consentement de leurs maris.

Des progrès à faire

« Beaucoup justifiaient le mariage des jeunes filles par la religion. Aujourd’hui, après cette prise de position, ce sera sans doute plus difficile », veut croire Juha Dukureh.

« Ce discours a donné à notre congrès un intérêt mondial et braqué les projecteurs sur cette question des mariages précoces, trop peu abordée », a-t-elle confié, optimiste quant aux répercutions du discours de Salah Abbas dans plusieurs pays africains particulièrement touchés par le phénomène, principalement de l’Afrique de l’Ouest, au Soudan et en Égypte.

Selon les derniers chiffres de l’Unicef, publiés en 2018, sur la totalité des filles récemment mariées, près d’une sur trois vit en Afrique subsaharienne, contre une sur cinq dix ans plus tôt.

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