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Carburant à Madagascar : le prix baisse, les dettes restent

Station-service, Madagascar

Station-service, Madagascar © Jovena

Le gouvernement malgache a annoncé, le 19 juin, une baisse du prix du carburant. Mais le devenir du passif envers les pétroliers reste incertain.

Promesse tenue. Le 19 juin au soir, le gouvernement a annoncé une baisse des prix du carburant, après trois jours de négociations entre Andry Rajoelina et les compagnies Total, Jovena (filiale de Axian), Vivo, Galana et LPSA (pour le transport).

Le litre d’essence va ainsi diminuer de 100 ariary pour atteindre 4 100 ariary (99 cts d’euro) et le gasoil de 150 ariary pour arriver à 3 400 ariary. Quant au pétrole lampant, utilisé par les Malgaches les plus modestes pour s’éclairer, son prix doit baisser de 500 ariary par litre pour atteindre 2 130 ariary. Le fioul de la Jirama n’est pas concerné par ces baisses de prix.

Une baisse qualifiée d’« historique », mais qui ramène en fait les prix au niveau de l’été 2018 pour le gasoil et l’essence, et à ceux de septembre 2017 pour le pétrole lampant, qui représente 3,5 % de la consommation totale dans les stations services (environ 700 000 mètres cubes en 2018).

Marges abaissées

Pour parvenir à ce résultat, l’État s’est largement appuyé sur des études, notamment de la Banque mondiale, selon lesquelles les marges des pétroliers sont trop élevées en comparaison d’autres pays. Mais les discussions ont été laborieuses. « Les pétroliers ont commencé par proposer d’augmenter leur marges », ironise ainsi un négociateur côté gouvernement.

Le prix en station-service, administré par l’État est, depuis l’automne 2017, quasi systématiquement en-dessous du « prix de référence calculé » (PRC) issu de la structure de prix, qui prend en compte les cours du baril, ceux de l’ariary, les marges, les taxes… Ce qui creuse le passif envers les entreprises, qui a atteint 160 milliards d’ariary à la fin mai.

Source : Office des hydrocarbures

Source : Office malgache des hydrocarbures

Le gouvernement a toujours annoncé vouloir résorber ce passif par une révision de la structure de prix, en comptant sur un rééquilibrage des dettes croisées lorsque les prix à la pompe dépasseraient le PRC. « Pour y parvenir, les marges ont été abaissées de 500 ariary par litre en moyenne pondérée », annonce à Jeune Afrique Stéphanie Delmotte, directrice de cabinet de la Présidence.

Ce qui n’est pas du goût des entreprises du secteur, qui contestent les résultats des études sur lesquelles s’est basé le gouvernement. « C’est simple, on a cherché à nous imposer une nouvelle structure de prix, sans négociation », se plaignait un pétrolier auprès de Jeune Afrique début juin.

Un passif à contenir

La réduction des marges fournisseurs « pourrait avoir un effet rétroactif à partir du 1er janvier 2019 », précise Stéphanie Delmotte. Cela suffira-t-il à assécher les dettes dans un contexte où l’ariary se déprécie lentement face au dollar depuis trois ans, et où le baril est dans une tendance haussière ?

Le gouvernement s’est en tout cas engagé auprès du FMI à conserver le passif en dessous de 175 milliards d’ariary. Ce plafond conditionne, parmi beaucoup d’autres facteurs, le déblocage de la cinquième tranche de la Facilité élargie de crédit, un programme de prêt du FMI d’un montant total de 304,7 millions de dollars.

Les autorités malgaches ont aussi convenu avec l’institution de Bretton-Woods de mettre en place un mécanisme d’ajustement automatique des prix à la pompe d’ici fin septembre 2019.

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