Diplomatie

Macky Sall chez Alassane Ouattara : une première visite d’État, mais des liens anciens

Alassane Ouattara et Macky Sall, le 20 juin à Abidjan.

Alassane Ouattara et Macky Sall, le 20 juin à Abidjan. © @Presidence ivoirienne.

Le président ivoirien s'est entretenu jeudi soir avec son homologue sénégalais à l'occasion d'une visite d'État de deux jours. Tous deux membres de l'Internationale libérale, Alassane Ouattara et Macky Sall ont bâti une solide relation depuis 2012.

Arrivé à Abidjan jeudi 20 juin à 11 heures en compagnie de son épouse, Macky Sall a été reçu en fin d’après-midi par Alassane Ouattara. Les deux chefs d’État se sont d’abord entretenus en présence de leurs délégations respectives.

Étaient présents côté sénégalais : Amadou Ba (ministres des Affaires étrangères), Aminata Assomé Diatta (ministre du Commerce), Ndéye Tické Ndiaye Diop (ministre de l’Economie et des Finances), Ismaïla Madior Fall (ancien ministre de la Justice, aujourd’hui ministre d’Etat à la présidence) et Hamidou Samba Kassé (ministre-conseiller chargé de la Communication).

Le président ivoirien était accompagné de son vice-président, Daniel Kablan Duncan, du Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, du ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, de celui du Pétrole et de l’énergie, Adbourahmane Cissé, de l’Intégration africaine, Ally Coulibaly, et celle de la Salubrité, Anne Ouloto.

Alassane Ouattara et Macky Sall se sont ensuite isolés pour un tête à tête de près de deux heures où les questions du terrorisme, du Franc CFA et de la futur monnaie unique de la Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont notamment été évoquées.

Lutte contre l’extrémisme et coopération économique

« Nous devons améliorer la coopération entre nos deux pays pour combattre l’extrémisme. Des pays frères comme le Burkina, le Mali et le Niger sont fortement touchés. Nous avons convenu que la Minusma et le G5 Sahel ne suffisent pas et que nous devons trouver un moyen de coordination plus élargi et plus efficace au sein de la Cedeao pour aider ces pays », a notamment déclaré ADO.

« Les échanges entre nos deux pays sont bons mais je crois que nous pouvons faire mieux », a également estimé le président ivoirien, évoquant les secteurs de « la pêche, du tourisme, de la culture, la santé, la défense et la sécurité » et des prochaines « missions économiques » ivoiriennes au Sénégal. Cinq accords de coopération portant sur la coopération en matière d’habitat social, l’énergie et le pétrole, ainsi que les échanges cinématographiques et commerciaux ont été signés.

« Nous avons à cœur de renforcer le partenariat entre le secteur privé des deux pays et d’approfondir les partages d’expériences dans des domaines comme les énergies renouvelables et fossiles où la Côte d’Ivoire a une longueur d’avance », a déclaré Macky Sall qui a refusé de s’exprimer sur l’affaire Petro-Tim.

La veille, son conseiller en charge de la Communication, El Hadj Hamidou Kassé, avait, dans d’une interview à TV5, confirmé l’existence d’un virement de 250 000 dollars à Agritrans, une société qui appartient à Aliou Sall. Une déclaration allant à l’encontre de la version du frère du président Macky Sall, qui avait démenti les révélation de la BBC sur ce scandale de corruption. « Kassé est dans la salle, vous n’avez qu’à lui demander directement », a ironisé Sall.

Le président sénégalais visitera ce vendredi les installations de la Compagnie ivoirienne de production d’électricité (Cipre). Avant cela, il aura reçu des mains du gouverneur du District autonome d’Abidjan, Robert Beugré Mambé, le parchemin du citoyen d’honneur et des chefs de la ville d’Abidjan, et participera, à titre privé, à la prière du vendredi à la mosquée de la Riviera Golf. Dans la soirée, un dîner officiel sera organisé en son honneur dans le très chic Hôtel Ivoire. La délégation sénégalaise regagnera Dakar samedi, en fin de matinée.

Relations personnelles et anciennes

Alassane Ouattara et Macky Sall, le 20 juin à Abidjan, lors d'une conférence de presse commune au palais présidentiel. © DR / Présidence ivoirienne.

Lors de la dernière élection présidentielle, le chef d’État ivoirien avait affiché son soutien à Macky Sall

Les relations entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont parfois été tumultueuses, comme ce fut le cas entre les éternels rivaux Félix Houphouet-Boigny et Léopold Sédar Senghor, ou entre Abdoulaye Wade et Laurent Gbagbo. Alassane Ouattara et Macky Sall ont eux « développé des relations personnelles. Ils se parlent régulièrement », explique un proche de président ivoirien.

Si le Sénégalais s’est rendu à plusieurs reprises à Abidjan depuis son élection en mars 2012, notamment dans le cadre de l’Internationale libérale dont les deux sont membres, il effectue ici sa première véritable visite d’État en Côte d’Ivoire.

« Outre le fait qu’une forte communauté sénégalaise est présente – entre 50 et 60 000 personnes -, cette visite est un geste de reconnaissance envers le président Ouattara », précise une source sénégalaise. En effet, lors de la dernière élection présidentielle, le chef d’État ivoirien avait affiché son soutien à Macky Sall.

Présent à Dakar à l’occasion d’une réunion de l’Internationale libérale, ADO avait prolongé son séjour pour assister à l’investiture de son homologue par la coalition Benno Bokk Yakaar, le 1er décembre 2018. « Nous souhaitons vivement un second mandat à Macky Sall. Je connais le Sénégal, j’ai vécu ici pendant longtemps et je sais ce que vous faites pour votre pays mais aussi dans la sous-région », y avait-il déclaré. Une prise de position diversement appréciée dans l’opinion publique sénégalaise.

Crise post-électorale et « traversée du désert »

Ouattara a vécu à Dakar dans les années 1980 lorsqu’il travaillait la Banque des états d’Afrique centrale (Bceao). Une période importante de sa vie à l’occasion de laquelle il nouera des amitiés très fortes, comme avec son « frère » El Hadj Djibril Sakho, ancien directeur national de la BCEAO à Dakar, décédé le 29 mai à Abidjan.

Lors de la crise post-électorale, le Sénégal du président Abdoulaye Wade fut un soutien important d’ADO. Wade avait notamment reçu l’Ivoirien en pleine bataille pour le second tour de la présidentielle de décembre 2010 provoquant l’ire du camp de Laurent Gbagbo. Et à la chute de ce dernier, le 11 avril 2011, il avait été le seul président africain à réagir publiquement en disant que celle-ci était « une très bonne chose […] À l’avenir, aucun chef d’État africain ne pourra plus s’aviser de refuser le verdict des urnes. Si l’on avait accepté le maintien de Laurent Gbagbo au pouvoir, ce n’était plus la peine d’organiser des élections en Afrique ».

La Côte d’Ivoire est loin d’être une terre étrangère à Macky Sall. Il y avait régulièrement séjourné lors de sa « traversée du désert » après sa rupture avec Abdoulaye Wade fin 2008. « Cela faisait parti de sa stratégie visant à miser sur la diaspora », explique un de ses proches. Sall avait alors été introduit auprès du régime Gbagbo par l’intermédiaire de Stéphane Kipré, le gendre de l’ancien président ivoirien.

Une fois élu à la tête de l’État sénégalais, il avait reçu ce dernier et une délégation du Front populaire ivoirien (FPI) afin de mener une médiation avec le nouveau pouvoir ivoirien. Macky Sall entretient également de bonnes relations avec Hamed Bakayoko, l’homme d’affaires Adama Bictogo, mais aussi avec l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro. Les deux hommes se sont rencontrés lorsque l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne était Premier ministre par l’intermédiaire de leur ami commun Abdou Mbow, le quatrième vice-président de l’Assemblée nationale sénégalaise.

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