CAN 2019

CAN 2019 : quelle ambiance dans les stades égyptiens ?

Le président égyptien Abdel Fatah Al Sissi, inspecte les stades du Caire en amont de la CAN 2019, le dimanche 16 juin.

Le président égyptien Abdel Fatah Al Sissi, inspecte les stades du Caire en amont de la CAN 2019, le dimanche 16 juin. © Présidence égyptienne/AP/Sipa

Longtemps privés d’accès aux matchs du championnat local après la terrible tragédie de Port-Saïd en 2012, les supporteurs égyptiens espèrent renouer avec le fil de leur passion à l’occasion de la CAN 2019. Mais les craintes sécuritaires sont toujours présentes.

L’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019 par l’Égypte est loin d’être une première. Dans le passé, le pays des pharaons avait déjà accueilli quatre fois l’épreuve. Après le retrait dans l’urgence de l’organisation du tournoi au Cameroun en novembre 2018, remettre le sort de la compétition dans les mains du régime d’Abdel Fattah Al Sissi avait donc quelque chose de rassurant pour les dirigeants du football continental.

Pour les fans égyptiens du ballon rond, cette organisation de la première CAN à 24 équipes de l’histoire est également l’occasion de renouer avec le fil de leur passion dans un pays où la majorité des matchs du championnat se sont déroulés à huis-clos par mesure de sécurité depuis les incidents de Port-Saïd le 1er février 2012. En marge d’un match opposant le club d’Al Masry, basé dans la ville portuaire, à l’équipe d’Al Ahly, basée au Caire, 74 personnes avaient perdu la vie, suite de l’assaut du terrain par de nombreux supporteurs locaux à l’issue de la rencontre.

Un retour progressif des fans dans les stades

«La Première ligue égyptienne n’a pas été la même ces dernières années à cause de l’accès limité aux matchs pour les fans. Mais les infrastructures sportives de l’Égypte font qu’elle est capable d’organiser une compétition majeure. Les stades ont manqué aux supporteurs, ils s’y rendront en masse », estime Islam Issa, chercheur à l’université de Birmingham au Royaume-Uni et spécialiste du football égyptien.

Depuis 2018, les fans ont été autorisés à retourner dans les gradins pour assister à des matchs de l’équipe nationale et de clubs égyptiens engagés dans les coupes continentales. Un progressif retour à la normale qui avait valeur de test pour les autorités, même si les rencontres jugées sensibles se disputent toujours dans des stades vides par mesure de sécurité.

« Les Égyptiens sont très excités à l’idée de retourner dans les stades. Depuis plusieurs années et avant que d’autres stades accueillent à nouveau du monde cette saison, les fans n’étaient autorisés qu’à voir des rencontres au stade Borg Al Arab à Alexandrie, en raison de sa relative modernité et de normes de sécurité satisfaisantes. Même si paradoxalement, il a été jugé trop vaste pour accueillir des matchs de la CAN 2019 », explique Ahmad Youssef, contributeur pour le très populaire site web KingFut.com, dédié au football égyptien.

Le deuxième match du tournoi se joue dans un stade vide à 90%

Les équipes qualifiées pour la CAN 2019 s’affrontent dans six stades, dont l’énorme Stade international du Caire et ses 74 000 places. Les autorités espèrent voir des tribunes bondées et joyeuses. « Il y a de grands projets concernant la sécurité. Je pense que nous n’aurons aucun problème », avait déclaré Hani Abou Rida, le président de la fédération égyptienne, lors de la nomination de l’Égypte comme pays hôte le 8 janvier 2019 à Dakar.

Premier couac cependant lors du deuxième match du tournoi entre l’Ouganda et la RD Congo samedi 22 juin : les deux équipes ont joué dans le Stade international du Caire vide à 90%, alors que la rencontre d’ouverture entre l’Égypte et le Zimbabwe s’était tenue à guichets fermés. Les affluences des prochaines rencontres en diront plus sur la tendance en tribunes.

Un tournoi sans incident, même avec des tribunes clairsemées, serait tout de même une belle publicité à l’international pour une terre boudée par les visiteurs depuis la révolution de 2011 et les troubles qui ont suivi. L’attentat à la bombe qui a tué trois vacanciers vietnamiens et leur guide égyptien près des pyramides de Guizeh le 28 décembre 2018 n’a pas amélioré l’image du pays.

En plus du risque terroriste, le pouvoir craint de voir des opposants, notamment un noyau d’ultras ayant activement participé à la révolution et revendiquant son héritage, faire passer des messages politiques dans les enceintes pendant les matchs qui seront retransmis sur des chaînes télévisées du monde entier.

Des contrôles d’identité poussés seront menés à l’entrée des stades. « Je pense que c’est plutôt improbable que les ultras profitent de la CAN 2019 pour manifester leur colère. Je pense que la situation sera plutôt similaire à ce qu’on a vu en Russie lors de la Coupe du monde 2018 où les gens étaient effrayés à l’idée de voir des hooligans russes gâcher la fête. Mais Moscou avait serré la vis. Je crois que les forces de sécurité égyptiennes puniront de manière très dure les fans égyptiens qui franchiraient la ligne rouge », juge Ahmad Youssef.

Sur le terrain, les Pharaons de Mohamed Salah, qui vient de remporter la Ligue des champions européenne avec son club de Liverpool, seront à domicile les favoris de la CAN 2019. Le soutien de milliers de fans devrait être un atout important pour la sélection la plus titrée d’Afrique avec sept CAN au palmarès. « L’équipe lauréate de trois CAN d’affilée entre 2006 et 2010 était peut-être plus forte sur le papier. Mais les Égyptiens ont toujours supporté leur équipe nationale. Ils pousseront les joueurs de toutes leurs forces », conclut Islam Issa.

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