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CAN 2019 : les Black Stars, seule lueur d’espoir du foot ghanéen

Un supporter de l'équipe nationale ghanéenne, lors du Mondial de football 2010, en Afrique du Sud.

Un supporter de l'équipe nationale ghanéenne, lors du Mondial de football 2010, en Afrique du Sud. © Rebecca Blackwell/AP/Sipa

La situation est grave au Ghana : un journaliste a été assassiné, la corruption sévit, les joueurs quittent le pays en masse, et un pseudo championnat a été imaginé à la va-vite. Face à cette situation, tous les amateurs de football se raccrochent à la sélection nationale.

Le Ghana a plutôt bonne réputation. Il apparaît aux yeux de tous comme un pays relativement sûr et son football est considéré comme l’un des meilleurs du continent. Pourtant, les évènements des derniers mois ont rendu le tableau beaucoup moins présentable.

Le 17 janvier dernier, le journaliste Ahmed Hussein Suale, âgé de 31 ans, a été froidement exécuté à Madina, une banlieue au nord d’Accra. Son tort ? Avoir enquêté sur la corruption qui gangrène le football ghanéen, alors que la sélection nationale s’apprêtait à disputer la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en Égypte, une compétition qu’elle a remportée à quatre reprises (1963, 1965, 1978, 1982).

Ahmed Hussein Suale appartenait à une équipe de reporters travaillant pour le journaliste Anas Aremayaw Anas, lequel traque depuis des années la corruption dans le football de son pays. Suale avait infiltré ce milieu opaque et faisait l’objet de plusieurs menaces à peine voilées. Un député du parti au pouvoir s’était même permis de montrer sa photo à la télévision, en promettant une récompense à ceux qui le « passeraient à tabac ».

Une mauvaise habitude prise par certaines personnes dites influentes. Kwesi Nyantakyi, l’ancien président de la Fédération ghanéenne de Football (GFA), suspendu à vie par la Fifa, avait conseillé aux journalistes enquêtant sur son cas « de faire attention à leur vie… »

Anas vit désormais sous protection policière, bien décidé à continuer à dénoncer la corruption. Le documentaire, Number 12, sur lequel il a longuement travaillé a été diffusé en juin 2018 et a fait l’effet d’une bombe.

Une fédération sous tutelle

On y voit Nyantakyi accepter 65 000 dollars – en cash –  de commissions pour de faux contrats de sponsoring, des arbitres accepter des pots-de-vin, parfois pour des montants inférieurs à 100 dollars, et des arrangements afin de truquer des matchs de championnat en Ligue 1 et en Ligue 2.

Nyantakyi, plusieurs fois soupçonné d’avoir touché des commissions occultes lors de sa présidence (2005-2018) a donc été radié à vie par la Fifa, et la fédération est depuis cette date pilotée par un comité de normalisation. Mais pour le football ghanéen, les conséquences ont été immédiates, puisque tous les championnats sont à l’arrêt depuis presque un an – le championnat 2018 avait été interrompu, pour ne jamais reprendre –  et de nombreux arbitres ont été suspendus pour des durées plus ou moins longues.

« C’est une situation très compliquée. Un tournoi a été organisé pour déterminer les équipes qui participeront à la Ligue des Champions et à la Coupe de la Confédération 2019-2020. C’est déjà ça, cela permet aux équipes de jouer, mais ce n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler un championnat. Et le public ne suit pas vraiment, hormis pour quelques affiches », résume le Français Patrick Liewig, entraîneur de WAFA SC (L1).

Exode massif des joueurs

Le Ghana, évidement marqué par l’assassinat du journaliste et l’ampleur de la crise qui secoue son football, tente de se reconstruire. « Les gens ne sont pas habitués à ce type d’exécution ciblée. Ici, c’est calme. Mais ils essaient de ne pas trop en parler, car le scandale concerne trop de monde », poursuit Liewig.

Le journaliste d’investigation Anas Aremeyaw Anas, avec qui avait travaillé Amhed Hussein, lors d’une interview, en juin, à Accra. © Francis Kokoroko/REUTERS

La mise en semi-sommeil du championnat a poussé davantage de joueurs à s’expatrier, principalement vers d’autres pays africains, où les salaires sont meilleurs. « Avec cette crise, le mouvement s’est amplifié. Les joueurs partent de plus en plus jeunes, car ils ne voient d’avenir ici. Les salaires sont bas – entre 100 et 120 euros par mois – alors, quand ils peuvent partir pour gagner cinq ou six fois plus, ils le font. Il n’y a pas de vrai championnat depuis un an et la formation laisse à désirer. Et comme beaucoup d’arbitres ont été suspendus, il faut en former d’autres, ce qui prend du temps », regrette le dirigeant d’un club, sous couvert d’anonymat.

Les Blacks Stars, une bouffée d’oxygène

Privés de football de haut niveau, les amateurs reportent toute leur attention sur les Black Stars. Plus particulièrement sur deux de ses membres, le gardien Felix Annan et le milieu Kwame Bonsu, qui évoluent à l’Asante Kotoko, l’un des meilleurs clubs du pays.

« Les clubs ghanéens ne brillent plus vraiment en Ligue des Champions ou en Coupe de la CAF, ce qui n’est pas étonnant car les meilleurs joueurs ont tendance à quitter massivement le pays », poursuit le dirigeant anonyme.

Même si la quasi-totalité des internationaux évoluent à l’étranger, il y a un très fort attachement des Ghanéens à leur sélection. Un bon parcours en Égypte ferait, au moins le temps d’un été, oublier la crise qui brûle son football. « Cela pourrait dynamiser les choses », espère Liewig.

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