Société

[Chronique] Quand Emmanuel Macron naturalise en direct un rugbyman sud-africain

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Quand le rugbyman sud-africain Maks Van Dyk demande la nationalité française à un Emmanuel Macron jovial, en prélude de la finale du championnat de France, des internautes s’indignent et des journalistes interpellent un ministre…

« Qui ne tente rien n’a rien. » Ce samedi 15 juin, profitant de l’euphorie de la finale du Top 14 français de rugby, surfant sur la dramaturgie induite par les caméras de télévision et se jetant sur la présence du premier des Français, le pilier du Stade toulousain Maks Van Dyk tente sa chance.

À Emmanuel Macron qui lui serre la main, le Sud-Africain lance, à la volée : « Je peux avoir la nationalité française, s’il vous plaît ? » « Bah ! S’il suffit de demander », commentera le soir même un internaute. En effet, le culot du rugbyman semble récompensé : « Banco », lui répond le président du tac au tac, avant d’ajouter : « Eh bien, on lance la procédure. »


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Dans les heures qui suivent, les réseaux sociaux déversent des réactions mitigées. Sans doute touché par la motivation du sportif – « Je suis très fier d’être en France » – , le twittos « Come On Baby » convoque un parallèle militaire quasi mercenaire : « Bravo ! Une fierté pour notre nation, comme tous ces étrangers qui veulent rejoindre la Légion étrangère. »

Le sport, accélérateur indu de naturalisation ?

Manifestement offusqués par une quête de nationalité qui ressemble à une demande de selfie, d’autres internautes taclent autant le sportif que le chef de l’État. Sur Twitter, Maks Van Dyk est accusé de renier un « super pays », alors même qu’il « n’a pas dû avoir souffert personnellement de l’apartheid ». Emmanuel Macron, lui, est mis à l’index pour sa tentation apparente de « brader » la nationalité française.

Et certains d’évoquer le sport comme un accélérateur indu de naturalisation – accélérateur pilleur, au passage, de talents africains. « Allez hop, une nouvelle recrue pour l’équipe de France », lance un gazouilleur, tandis qu’un autre subodore l’appui que la présidence française pourrait apporter à cette demande de nationalité. En filigrane du débat se devinent des demandeurs d’asile lambda qui sont déboutés, alors qu’ils sont en danger.

Va-t-il y avoir une procédure accélérée pour ce joueur du Top 14 ? N’est-ce pas un ‘deux poids, deux mesures’ ?

Dès dimanche, le débat fait surface dans les interviews dominicales. Interrogé par les médias français LCI et Le Figaro, le ministre Gérald Darmanin voit 52 minutes de « grill » journalistique conclues par les questions suivantes : « Va-t-il y avoir une procédure accélérée pour ce joueur du Top 14 ? », et « C’est pas un ‘deux poids, deux mesures’ ? »

Populisme de twittos contre populisme politicien, toupet de pilier de rugby contre anathème de pilier de bar, poil à gratter télévisuel contre élément de langage ministériel : espérons au moins que le « droit de suite » journalistique surveillera le respect de la procédure pour cette demande de naturalisation si promptement acceptée…

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