Politique

Duel Soro-Soumahoro : quand les querelles politiques ivoiriennes s’invitent à l’APF

Guillaume Soro (g.) et Amadou Soumahoro (d.) se disputent la présidence de l'Assemblée parlementaire de la francophonie. © Photomontage / Issam Zelji/TRUTHBIRD MEDIAS pour JA / REUTERS/Thierry Gouegnon

L’inimitié entre Guillaume Soro et Amadou Soumahoro, son successeur à la présidence de l’Assemblée nationale ivoirienne, a éclaté au grand jour à Rabat, ce week-end, à l’occasion de la réunion des représentants africains de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. L'organisation de la 45e session de l’APF, prévue en juillet à Abidjan, pourrait être reportée en raison de cette crise.

D’un côté, les journaux proches du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, du président Alassane Ouattara), qui, à l’image du Patriote, proche du Rassemblement des républicains (RDR, parti présidentiel), titrait ce lundi matin sur le « le fiasco marocain » de Guillaume Soro. De l’autre, les journaux proches de l’opposition, qui saluaient au contraire la « victoire » de l’ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne, à l’instar de Générations nouvelles, proche de Soro, pour qui ce dernier aurait « déverrouillé Ouattara à Rabat ».

Deux visions antagonistes des événements

Le grand écart dans les différentes analyses délivrées par les journaux ivoiriens en fonction de leur obédience politique révèle deux visions complètement antagonistes de la manière dont s’est déroulée la 27è assemblée régionale « Afrique » de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, à Rabat. Chaque camp revendique la victoire après ces journées visiblement fortes en intrigues. Et c’est sur les réseaux sociaux que la bataille a été la plus féroce.


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Présent à Rabat, Bema Fofana, député de Bouaké (centre-nord), un ancien membre de la rébellion de Guillaume Soro désormais proche du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, a déclaré que l’ex-patron de la rébellion des Forces nouvelles « a été prié de quitter la 27ème assemblée de l’APF et il est parti ». Les services d’Amadou Soumahoro vont plus loin, en évoquant même le fait que la police marocaine serait intervenue pour éconduire l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne.

« Faux ! », rétorque-t-on du côté de ce Guillaume Soro. Ce dernier aurait « choisi librement de renoncer à présider les travaux [afin d’]éviter un blocage des travaux et créer ainsi un incident diplomatique », à en croire son conseiller en communication, Moussa Touré. Une attitude que Soro aurait adopté après s’être entretenu avec « son ami » Mohammed VI.

Chacun sa victoire

Les enjeux pour les frères ennemis en Côte d’Ivoire étaient de deux ordres : la tribune de la 27è session d’une part, et le poste de premier vice-président de l’APF – que détient Soro – de l’autre. « Manifestement, Soumahoro a remporté sa bataille, qui consistait à empêcher la prise de parole de Soro à la tribune », commente un attaché parlementaire ivoirien.

La délégation conduite par Soumahoro s’est appuyée, pour ce faire, sur les textes du règlement intérieur de la région Afrique de l’APF, pour exiger que la session soit présidée par le président de la section invitante du Maroc, Habib El Malki, et non par le premier vice-président, comme cela était prévu initialement.


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De son côté, Soro a remporté la bataille pour la conservation de son poste de premier vice-président de l’APF, alors que Soumahoro, se prévalant de la présidence de la section ivoirienne qu’il dirige depuis son élection à la tête de l’Assemblée ivoirienne en mars, convoitait ce poste. « Le coup d’État n’a pas eu lieu », s’est réjoui Soro, qui a annoncé ce lundi en fin de journée sa candidature à la présidence de l’APF, au grand dam de Soumahoro.

Une chose est certaine, sa candidature ne sera pas portée officiellement par la Côte d’Ivoire, qui doit organiser en juillet prochain la 45e session de l’APF. Une organisation encore menacée par les querelles internes en Côte d’Ivoire : les parlementaires présents à Rabat ont en effet décidé de dépêcher une mission d’évaluation à Abidjan, pour « s’assurer si toutes les conditions sont réunies » pour la bonne tenue de cette 45e session. Dans le cas contraire, « un report à une date ultérieure pourrait être envisagé », ont-ils prévenu.

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