Médias

Marc Dorcel lance la première chaîne porno « 100% africaine »

La société Marc Dorcel vient d'annoncer la création d'une nouvelle chaîne : Dorcel TV Africa.

La société Marc Dorcel vient d'annoncer la création d'une nouvelle chaîne : Dorcel TV Africa. © Damien Glez pour Jeune Afrique

La société française de production de films X s'est appuyée sur des réalisateurs et des acteurs du continent pour proposer des scènes adaptées aux goûts locaux.

À 40 ans, le géant du X français est toujours gourmand. Alors que les chaînes Dorcel TV et Dorcel XXX comptent déjà 3 millions d’abonnés à travers l’Europe, qu’une Dorcel TV Canada a été lancée il y a six mois, la société Marc Dorcel vient d’annoncer la création d’une nouvelle chaîne : Dorcel TV Africa. Cette chaîne X « 100 % africaine » est disponible en exclusivité dans les bouquets Canal + dans plus de 25 pays d’Afrique francophone.

« D’autres chaînes existaient comme Penthouse Black ou XXL, mais les scènes proposées, souvent jouées par des Afro-Américains, étaient créées et destinées prioritairement aux marchés occidentaux, souligne Gregory Dorcel, fils du fondateur et PDG de la société. Les productions de Dorcel TV Africa sont réalisées par et pour des Africains. »

Éviter les erreurs occidentales

Le patron confie que ce projet de chaîne lui trottait dans la tête depuis près de trois ans, mais que c’est un appel d’offres de Canal + qui l’a décidé à relever le défi. « Nous avons d’abord cherché à savoir ce qui existait déjà sur le terrain, hors de l’Afrique du Sud, peu représentative du continent. Et… il n’y avait pas grand chose : de petites productions mal ficelées, montées de manière anarchique, avec souvent seulement un numéro WhatsApp pour joindre le vidéaste. »

Bande annonce de Dorcel TV © (capture)

Dorcel se décide à contacter une quinzaine de « réalisateurs » ayant déjà diffusé une ou plusieurs vidéos artisanales sur les « tubes », ces plateformes de diffusion de scènes pornographiques sur le Net. « Au bout de six mois d’échanges, de discussions, de tests, nous avons retenu quatre réalisateurs : deux Nigérians, un Camerounais et un Ivoirien. »

La société française leur confie ensuite des budgets de production (environ 5 000 euros, post-production comprise, pour des scénettes d’une trentaine de minutes). Et des cahiers des charges stricts.


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« Sur ce nouveau marché, c’était l’occasion de construire une industrie du X en évitant les erreurs occidentales, note Gregory Dorcel. Il fallait d’abord être dans une protection absolue des actrices et des acteurs. »

Défendre la liberté de la jouissance, l’épanouissement sexuel en restant respectueux des autres

Concrètement, les protagonistes enfilent des préservatifs, ce qui est loin d’être la règle pour la majorité des films pornographiques produits en Californie. « Il fallait aussi être dans une sexualité positive, précise Dorcel fils. On voulait défendre la liberté de la jouissance, l’épanouissement sexuel en restant respectueux des autres. Ce qui signifie : pas de violence, pas d’humiliation ou de contrainte. » Oubliez donc les « biffles », crachats et autres simulations de viols qui fleurissent sur les tubes. Ou les injures racistes qu’on peut parfois entendre sur les plateaux du X californien.

Pas de clichés racistes

« Nous ne souhaitions surtout pas reproduire les errements du porno afro-américain qui joue sur les clichés racistes… confronter un étalon black surpuissant et une petit blonde, par exemple. Ni les films produits en Afrique avec des acteurs blancs entourés par des Africaines, qui s’appuyaient sur une imagerie digne d’un safari sexuel. »

« Si la maison-mère de Dorcel reste à Paris, les choix éditoriaux sont faits en Afrique avec les codes africains. Or le fantasme naît de ce qui nous environne et les critères de beauté ne sont pas les mêmes. Le public africain verra donc des scènes tournées dans des maisons africaines avec des actrices qui ont globalement plus de formes que les Américaines ou les Européennes. »

Réalisation encore un peu maladroite

Les séquences que nous avons pu voir partent en effet de scènes banales de la vie quotidienne. Comme cette histoire d’une vendeuse de bananes qui, se promenant dans une robe en wax très courte, attire les regards d’un passant, Joël, tellement affamé qu’il achète tout le plateau… et finit par croquer également la marchande.

Les dialogues (« Je peux te caresser les cuisses ? » « Je ne vends pas les cuisses, je vends les bananes ») et la réalisation encore un peu maladroite sortent du cadre porno chic promu jusqu’ici par Dorcel. Mais le contrat de créer des scènes africaines faisant la promotion d’une sexualité positive est rempli.

« Pas de provocation »

Pour l’heure, aucun réalisateur ni acteur n’est crédité. « Mais à terme, nous souhaitons créer des stars, un statut de star, d’hommes et de femmes qui seront respectés », promet Gregory Dorcel, conscient des tabous qui entourent encore la pornographie sur le continent.

« Le projet n’est pas de provoquer ni d’être invasif. Nous avons évidemment mis en place un code parental, et lorsque la réglementation l’impose, la diffusion des films se fera de 23 heures à 5 heures du matin. Mais nous partons de l’idée que jouir, se masturber, ce n’est pas sale, qu’il faut l’assumer. »

Et lorsqu’on évoque la colère de téléspectateurs dans certains pays d’Afrique, comme au Ghana, où une pétition avait exigé l’arrêt de la diffusion de films X, le patron de Dorcel sourit : « Sur les bouquets satellites, les chaînes X européennes sont déjà parmi les plus consommées en Afrique. »

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