Politique

[Chronique] Algérie : jusqu’où ira la purge chirurgicale de l’ère Bouteflika ?

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Depuis la démission d'Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril dernier, les personnalités réputées proches de l’ancien président sont inquiétées les unes après les autres. Purge salutaire ou chasse aux sorcières ?

Pour sauver un organisme vivant, c’est bien connu, il faut savoir en amputer un membre gangrené. Il en va de même pour un régime politique. En Algérie, depuis quelques semaines, la « rue » s’insurge de voir le pouvoir « bouteflikien » se maintenir aux manettes, sous la houlette du président par intérim Abdelkader Bensalah. Dans le même temps, l’opinion voit une frange de l’ancien système s’affaisser comme un château de cartes.


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C’est le premier cercle précédemment intouchable du clan Bouteflika qui est amputé pour sauver d’autres anciens amis, comme pour éviter les métastases ou donner des os à ronger à la gronde populaire. Et les éléments de langage de dénoncer, notamment dans les propos des responsables militaires, une « poignée de personnes qui ont indûment accaparé des richesses ». Sous-entendu : la partie du régime qui ne fait pas partie de ladite « poignée » est légitime à conserver les leviers du trône. Certains crient à une cabale en guise de trompe-l’œil démocratique, à une opération mains propres de façade, voire à une manipulation…

Cascade de dominos

Dès avril et la chute de « Boutef », comme pour éviter une hémorragie financière, c’est dans les milieux d’affaires que les proches du président démissionnaire ont été traqués par les chantres autoproclamés de la lutte anti-corruption. Ali Haddad, PDG du groupe ETRHB et emblématique figure du patronat, incarcéré à la prison d’El Harrach – poursuivi pour l’heure pour détention de deux passeports – a été la première victime. Rapidement, d’autres familles se retrouvaient dans le collimateur, notamment le clan Kouninef.

Début mai, c’est le cercle familial d’Abdelaziz Bouteflika qui a été ciblé, singulièrement à travers l’arrestation du frère cadet Saïd, placé provisoirement en détention à la prison militaire de Blida et poursuivi pour complot contre l’État.

Qui va-t-il rester pour rendre visite à Abdelaziz Bouteflika ?

Au niveau du deuxième cercle, celui de l’appareil politique de l’ex-régime « Boutef », les dominos se culbutent les uns après les autres, jusqu’au climax de l’interpellation de deux anciens Premiers ministres, à 24 heures d’intervalles. Les 12 et 13 juin, Ahmed Ouyahia – quatre fois à la tête du gouvernement depuis 1995 – et Abdelmalek Sellal – membre de tous les gouvernements entre 1999 et 2017 – étaient écroués dans le cadre de vastes enquêtes qui porteraient sur des soupçons de corruption, de dilapidation de biens publics, d’abus de fonction ou d’octroi d’indus privilèges. D’autres personnalités – ministres, walis ou hommes d’affaires – sont également entendus. Les noms de Mahieddine Tahkout, d’Ali Ghediri et d’Amara Benyounès viennent eux aussi d’être ajoutés à la liste des placés en détention.

Qui va-t-il rester pour rendre visite à Abdelaziz Bouteflika ? Attention à la schizophrénie politique qui conduirait certains membres de l’ancien régime à oublier qu’ils en furent, à croire en une sorte de synecdoque politique qui laisserait penser que la mise à l’index d’une partie vaut quiétude du reste. Une cascade de dominos est difficile à arrêter…

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