Politique

Tunisie : « Machrou et Nidaa Tounes (Hammamet) auront un candidat commun à la présidentielle »

Abderraouf Chérif, ex-ministre de la Santé et membre du bureau exécutif de Machrou Tounes. © YouTube/Tuniscope.com

La branche de Nidaa Tounes dite de Hammamet, celle fédérée depuis avril autour de Sofiene Toubel et Selma Elloumi Rekik, vient d'annoncer son alliance avec Machrou Tounes, devenant virtuellement la deuxième force à l'Assemblée des représentants du peuple (ARP). Les explications d'Abderraouf Chérif, membre du bureau exécutif de Machrou.

C’est une histoire de séparations en cascade qui aboutissent à une réconciliation. Le parti Machrou Tounes avait été créé par des dissidents de Nidaa Tounes (Mohsen Marzouk en tête), en 2016. Cette brouille de plusieurs années leur aura servi à mieux se retrouver, à en croire l’alliance scellée ce mardi 11 juin entre les deux frères ennemis d’hier… à la nuance près que Nidaa a désormais deux têtes et deux bureaux, qui revendiquent chacun le leadership depuis avril.


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C’est d’ailleurs à la faveur de cette scission que la paix a été trouvée entre Machrou et la branche nidaouie dite de Hammamet, fédérée autour de Sofiene Toubel et Selma Elloumi Rekik – loin de celle « de Monastir » menée par Hafedh Caïd Essebsi. Jeune Afrique fait le point sur ce remariage avec l’ex-ministre Abderraouf Chérif, co-fondateur de Machrou, membre de son bureau exécutif et ancien chef de son bloc parlementaire.

Jeune Afrique : Vous avez participé aux négociations en vue de cette réconciliation entre Machrou et Nidaa. Est-ce l’éloignement du camp de Hafedh Caïd Essebsi qui a permis cette alliance ?

Abderraouf Chérif : Nous discutions d’un rapprochement avec Nidaa Tounes depuis juin 2018. Une alliance avait déjà été prévue il y a environ un an, mais des membres de Nidaa avaient freiné ce processus. Il s’agissait du camp de Hafedh Caïd Essebsi (HCE), qui n’a pas compris que la conduite d’un parti est un travail d’équipe, et non l’affaire d’une seule personne. Les différents qui nous ont fait quitter Nidaa en 2016 portaient justement en grande partie sur cette gouvernance de HCE. Après la scission de Nidaa, le camp de Hammamet a fait un pas vers nous.

Pourquoi avoir choisi la forme d’une alliance et non pas une fusion ?

Nous avons choisi de faire alliance car nous faisons partie d’une même famille. Étant donné l’énorme dispersion de la scène politique, ça ne pouvait plus continuer comme ça. Quatre partis sont issus de Nidaa, dont Machrou. Les citoyens ne savent plus à quel saint se vouer. Une fusion aurait pris trop de temps, elle aurait demandé de réorganiser tous nos bureaux. Or, le temps presse en vue des échéances électorales. On pourra néanmoins l’envisager dès 2020.

Comment allez-vous vous répartir les candidatures à la présidentielle et aux législatives, et en particulier les têtes de liste ?

Nous aurons un candidat commun pour la présidentielle. Une commission de coordination d’une dizaine de hauts responsables des deux partis, présidée par Mohsen Marzouk et Selma Elloumi, va se mettre d’accord à ce sujet d’ici à fin juin. Un comité central constitué d’un représentant de chacune des 24 régions (gouvernorats) statuera également sur des listes communes pour les législatives.

Pour qu’il y ait un maximum de représentativité, chaque gouvernorat devra proposer plus de noms que de sièges attribués sur son territoire, et ce sera à ce comité de trancher. L’implantation des bureaux de Nidaa dans toute la Tunisie va nous aider.

Selma Elloumi Rekik, qui a démissionné le 15 mai de son poste de directrice du cabinet présidentiel, dirige avec Sofiene Toubel la branche de Nidaa Tounes dite de Hammamet. © Wikimedia Commons

Comment vous prémunir de nouveaux déchirements ?

Tous ceux qui connaissent la scène politique ont été vaccinés par ces querelles et ont compris que nous n’avons plus le droit de nous disperser. Nous allons travailler avec d’anciens camarades que nous connaissons, nous allons retrouver l’esprit d’équipe avec lequel nous avons gagné les élections de 2014.

Nous restons ouverts aux indépendants et aux autres partis qui partagent les mêmes principes

Nous avons par ailleurs décidé de notre structuration, avec des critères fixes pour réduire les mécontentements, comme par exemple la représentativité : un candidat n’appartenant ni à Nidaa ni à Machrou pourra être choisi s’il a le plus de chances de l’emporter. Nous restons ouverts aux indépendants et aux autres partis qui partagent les mêmes principes. Avec 53 députés, nous devenons le deuxième bloc à l’assemblée. Ce sera officialisé dans la semaine, sans doute sous le nom de Nidaa, car ils ont davantage d’élus que Machrou. Nous sommes confiants.

Vous ravissez cette seconde place à Tahya Tounes. Machrou avait justement entamé des discussions aussi avec cette formation. Pourquoi ne pas l’avoir rejoint ?

Les négociations continuent avec Tahya Tounes. Nous avons un seul point de désaccord : nous ne sommes pas prêts à nous allier s’ils continuent de traiter avec Ennahdha. Ils disent que c’est leur « premier rival politique », mais il peut y avoir un écart entre leur discours et la réalité. Nous attendons que les choses soient plus claires et qu’ils promettent qu’il n’y aura pas d’alliance avec Ennahdha.

Qu’en sera-t-il si vos partis ne sont pas majoritaires à l’Assemblée ?

Pour nous, c’est clair et net, il n’y aura pas d’alliance du tout avec Ennahdha : ni avant, ni après les élections. Si nous n’avons pas de majorité, nous resterons dans l’opposition. C’est un principe général sur lequel nous nous sommes mis d’accord avec Nidaa. Notre départ de ce parti pour fonder Machrou était d’ailleurs également dû à son alliance avec Ennahdha.

Une lettre de démission de onze membres de Machrou circule actuellement dans les médias et sur les réseaux sociaux, mais certains assurent qu’elle est caduque. Qu’en est-il ?

Cette démission date de mai et concernait des membres du bureau de Ben Arous à la suite de désaccords internes. Cela n’a donc rien à voir avec cette alliance. Leur lettre a été ressortie par des personnes que notre rapprochement gêne, c’est devenu le sport national d’alimenter les fake news.

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