Politique

Remaniement au Gabon : la fin du « ménage » ?

Ali Bongo Ondimba lors de son discours enregistré de huit minutes, diffusé par la télévision nationale le 8 juin 2019. © Présidence de la République Gabonaise

Le gouvernement gabonais a été remanié lundi 10 juin. Réduction des effectifs, manœuvres politiques, lutte anti-corruption. Décryptage d'un nouveau bouleversement.

« Plus loin, plus vite, plus fort ». Ce 10 juin, alors que son pays commémore les dix ans de la mort de son père et prédécesseur, Ali Bongo Ondimba (ABO) a – enfin – brisé le silence. Dans un message vidéo enregistré et diffusé sur les réseaux sociaux de la présidence, le chef de l’État gabonais, dont l’intervention était très attendue après ses ennuis de santé, a choisi l’offensive.

« Il est capital d’en finir une fois pour toutes avec la corruption qui gangrène nos institutions, d’en finir avec la mauvaise gestion, la mauvaise gouvernance, qui nous empêchent d’avancer », a asséné le président. « Le ménage doit être fait au sein de notre classe politique. (…) Le mot éthique doit résonner avec force. Ceux qui se mettent en travers de cette voie sont prévenus : ils seront sèchement écartés », a-t-il conclu, menaçant.

L’ascension de l’avocat Francis Nkea Ndzigue

Francis Nkea Ndzigue. © DR / gouvernement Gabon

Parmi les principales nouveautés, l’apparition d’un ministère de la Promotion de la Bonne gouvernance confié à Francis Nkea Ndzigue

Le lendemain, le remaniement était annoncé et le gouvernement, toujours dirigé par Julien Nkoghe Bekalé, subissait un régime drastique, avec un passage à 29 membres, contre 37 précédemment. Parmi les principales nouveautés, l’apparition d’un ministère de la Promotion de la Bonne gouvernance, de la Lutte contre la corruption et de l’Évaluation des politiques publiques, confié à Francis Nkea Ndzigue.

Ce dernier avait occupé le portefeuille de la Justice jusqu’en février 2018, date à laquelle il avait été nommé au ministère de l’Habitat, après deux mois de conflit avec les magistrats. Avocat influent, qui a notamment parmi ses clients le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), Francis Nkéa Ndzigue avait à l’époque dénoncé « la corruption des magistrats, un fléau social auquel les Gabonais sont quotidiennement confrontés ».

Avant de gérer la justice gabonaise, Nkea Ndzigue avait également supervisé le dialogue national d’Angondjé en 2017. Il y rejoint un nouveau venu, Roger Owono Mba, qui occupait jusque-là le poste d’adjoint au directeur de cabinet du président, Brice Laccruche Alihanga (BLA). Owono Mba devient ministre de l’Économie, des Finances et des Solidarités nationales et contrôlera en outre le budget de l’État.

La chute de Régis Immongault

Régis Immongault, le ministre gabonais des Affaires étrangères. © DR

Régis Immongault, limogé, se savait sur sellette depuis les départs d’Étienne Massard, Ali Akbar Onanga ou encore Emmanuel Issoze Ngondet

Le désormais ex-dircab’ adjoint remplace ainsi à la fois Jean Fidèle Otandault, muté à la Promotion des investissements, et Jean-Marie Ogandaga, aujourd’hui en charge du Commerce, des PME et des PMI.

Autre nouveau venu : Noël Mboumba, l’ancien ministre délégué à l’Économie – lors du premier mandat d’ABO. L’ex-directeur financier d’Halliburton quitte la société gabonaise de raffinage (Sogara) pour prendre le ministère du Pétrole, du gaz et des hydrocarbures en remplacement de Pascal Houangni Ambouroue, limogé.


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Pascal Houangni Ambouroue, Jean Fidèle Otandault et Jean-Marie Ogandaga (récemment cité dans le scandale du kevazingogate) font incontestablement partie des « perdants » de ce remaniement, aux côtés de Lambert-Noël Matha, muté, et de Régis Immongault, limogé. Ce dernier se savait sur sellette depuis les départs d’Étienne Massard, Ali Akbar Onanga ou encore Emmanuel Issoze Ngondet. Il était d’ailleurs régulièrement cité depuis quelques semaines, à tort selon ses proches, dans le cadre des soupçons liés à la gestion des ordures de Libreville.

Nommé à un tout nouveau ministère de la Décentralisation, de la Cohésion et du Développement du territoire, Matha subit quant à lui l’ascension d’Edgar Anicet Mboumbou Miyakou. Ce dernier, proche de Brice-Laccruche Alihanga, est désormais ministre de l’Intérieur et de la Justice et seul ministre d’État. Il occupait précédemment le poste de ministre de la Justice et gérait notamment, en collaboration avec le Palais du bord de mer, les dossiers liés à l’opération anti-corruption Mamba.


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Les suites du « kevazingogate »

Guy Bertrand Mapangou, ministre gabonais de la Communication et porte-parole du gouvernement. © DR

Guy Bertrand Mapangou, qui lui avait succédé, avait lui-même fait – officiellement – les frais du scandale du kevazingogate

Au rang des limogés figurent également Abdul Razack Kabongo (ex-Affaires étrangères, remplacé par Alain Claude Bilié By Nzé, lequel retrouve un poste de souveraineté), Estelle Ondo (Famille), Jean de Dieu Ntoutoume Ngome (Affaires sociales), Guy Maixent Mamiaka (Communication). Ce dernier est remplacé par Rigobert Ikambouaya Ndeka (ancien ministre d’Omar Bongo Ondimba), également nommé porte-parole du gouvernement.

Le nom d’Estelle Ondo, ancienne ministre des Forêts, avait récemment été cité en rapport avec les soupçons de corruption en lien avec l’exploitation du bois précieux au Gabon. Il y a quelques jours, Guy Bertrand Mapangou, qui lui avait succédé, avait lui-même fait – officiellement – les frais du scandale du kevazingogate, tout comme le vice-président Pierre Claver Maganga Moussavou – dont le fils Biendi conserve son poste à l’Agriculture (tout comme les autres ministres « d’ouverture » Jean de Dieu Moukagni Iwangou et Michel Menga M’Essone, ex-allié d’Alexandre Barro-Chambrier.

Le retour de Mpouho Epigat

Le ministère de la Forêt, de la Mer et de l’Environnement, particulièrement visé par les accusations de malversations, est désormais aux mains de l’environnementaliste Lee White. Le Britannique d’origine gérait jusqu’ici l’Agence nationale des parcs nationaux depuis la présidence. Autre proche d’ABO, et de Brice Laccruche Alihanga, à bénéficier de ce remaniement : Ernest Mpouho Epigat.

L’ancien ministre revient au gouvernement mais pas à la Défense, où Rose Christiane Ossouka Raponda est confirmée. Mpouho Epigat intègre l’Aménagement foncier, l’Urbanisme et l’Habitat. Ce baron du Haut-Ogooué, neveu du président, s’était illustré ces dernières par des vibrantes interventions en soutien au chef de l’État et à son directeur de cabinet. Il connaît d’ailleurs bien BLA : c’est lui, alors au ministère de la Défense, qui l’avait recruté en tant que directeur financier à son départ de la BGFI en 2013.

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