Football

Football : Ahmad Ahmad, de la réforme de la CAF aux soupçons judiciaires

Ahmad Ahmad, président de la Confédération africaine de football (CAF). © YouTube/FRANCE 24 English

Ahmad Ahmad, le président malgache de la Confédération africaine de football (CAF), a passé la journée du jeudi 6 juin en garde à vue après son interpellation par la police parisienne. Élu en mars 2017, le patron du foot continental, qui a initié plusieurs réformes ambitieuses, traverse depuis quelques mois une période difficile…

Un ancien président français – Jacques Chirac pour ne pas le nommer – avait coutume de dire que « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille. » Cette triviale théorie s’est vérifiée, jeudi 6 juin en début de matinée, pour le Malgache Ahmad Ahmad (59 ans).


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Le président de la CAF, qui se trouvait à Paris où il avait assisté mercredi soir à une cérémonie après la réélection de Gianni Infantino à la tête de la Fifa, a été cueilli au saut du lit dans sa chambre d’hôtel par des policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Il a été entendu dans le cadre de la rupture unilatérale du contrat qui liait la CAF à l’équipementier Puma – pour s’associer à la place à la société française Tactical Steel.

Ahmad Ahmad au premier rang (à l'extrême gauche) lors de la réélection de Gianni Infantino à la tête de la Fifa, mercredi 5 juin à Paris. © Alessandra Tarantino/AP/SIPA

Multiples (et anciens) soupçons de corruption

Cette interpellation fait suite aux accusations d’Amr Fahmy, l’ancien secrétaire général égyptien de la CAF. Celui-ci a assuré, dans un courrier adressé en avril à la Fifa, que le surcoût pour la confédération de cette opération atteignait 739 000 euros.

Cette interpellation lui permettra de se défendre. Après, s’il est coupable, c’est autre chose…

« Ahmad traverse une période compliquée, commente le dirigeant d’une fédération africaine. Fahmy, dans la lettre envoyée à la Fifa, évoque des faits de corruption et de harcèlement sexuel à l’encontre de plusieurs employées du siège de la CAF au Caire. Il fallait s’attendre à des suites, et comme il est question d’une société française, il n’est pas étonnant que la justice française ait profité de sa présence à Paris pour l’entendre. […] Cette interpellation lui permettra de se défendre. Après, s’il est coupable, c’est autre chose… » Contacté à l’époque par Jeune Afrique, Ahmad s’était dit victime « d’un coup monté ».


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Ce n’est pourtant pas la première fois que le Malgache est soupçonné de corruption. Lorsqu’il était président de la fédération de football de son pays, The Sunday Times avait écrit – sans apporter de preuves – qu’Ahmad avait touché un versement du Qatar lors de l’attribution de la Coupe du monde 2022. « Cet argent a servi au développement du football à Madagascar », s’était défendu l’ex-ministre des Sports (1994-95). Il a également été soupçonné par la presse nationale d’être impliqué dans un trafic de crabes lorsqu’il était ministre de la Pêche entre 2014 et 2016, l’année où il est devenu sénateur.

Ahmad le réformiste

Depuis son élection en mars 2017 à la tête de la CAF, le natif de Mahajanga, membre de l’ethnie des Sakalava, a imprimé sa marque. Candidat à la succession d’Issa Hayatou, usé après trente ans d’un règne sans partage, Ahmad Ahmad incarnait aux yeux de ceux qui lui avaient accordé leur voix une forme de changement, notamment dans le mode de gouvernance.

« Hayatou a fait avancer le football africain, mais ce sont ses méthodes à l’ancienne qui avaient fini par lasser pas mal de gens, y compris certains de ses proches », explique un autre dirigeant. Ahmad, qui avait annoncé sa volonté d’engager des réformes, n’a pas menti. « Il a su faire des choix courageux et nécessaires », estime le colonel Sita Sangaré, président de la Fédération burkinabè de football (FBF).


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Ainsi, à l’été 2017, le format de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) a changé : 24 équipes au lieu de 16, et une compétition décalée de janvier-février à juin-juillet. La Ligue des champions et la Coupe de la CAF ont elles aussi subi un lifting, puisque la phase de poules est passée de deux à quatre groupes, et le calendrier sera, à partir de cette année, aligné sur celui de l’UEFA. Ahmad envisage également de créer une Ligue des nations sur le modèle européen.

La veille de son interpellation, le comité exécutif de la CAF avait pris la décision de faire rejouer la finale retour de la Ligue des champions entre l’Espérance sportive de Tunis et le WAC de Casablanca. Certains supporters tunisiens n’ont pas manqué d’attribuer ce verdict favorable au Wydad à la nationalité marocaine de la femme d’Ahmad, au soutien apporté par le royaume lors de l’élection du Malgache à la tête de la confédération africaine, ou encore à la récente nomination de Mouad Hajji au poste stratégique de secrétaire général.

Ahmad Ahmad, le patron malgache de la CAF, lors d'une visite à Marrakech, au Maroc, en mars 2017. © Mosa’ab Elshamy/AP/SIPA

Communication et équipe renouvelées

« Il est très facile de le joindre et d’échanger avec lui », poursuit le colonel Sangaré. Quand son prédécesseur limitait au maximum ses interventions médiatiques, Ahmad répond volontiers aux journalistes, sans qu’il soit nécessaire de passer par le service de presse de la CAF. Le président a bousculé les codes en un peu plus de deux ans d’exercice… ce qui n’a pas manqué de provoquer quelques crispations au Caire.

Les Égyptiens ont perdu depuis 2017 quelques privilèges que le Camerounais Issa Hayatou, fin politique, avait su leur accorder

« Il a modifié une partie de son administration, et cela n’a pas fait plaisir à tout le monde », ajoute Sangaré. Et notamment pas aux Égyptiens, qui ont perdu depuis 2017 quelques privilèges que le Camerounais Issa Hayatou, fin politique, avait su leur accorder. Jeudi dernier, après l’interpellation d’Ahmad, quelques larmes de crocodile ont paraît-il été versées au bord du Nil…

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