Diplomatie

Soudan : à Kharthoum, Abiy Ahmed appelle à une transition démocratique « rapide »

Abiy Ahmed lors de son arrivée à Khartoum vendredi 7 mai, pour initier un processus de médiation entre l'armée et l'opposition soudanaise.

Abiy Ahmed lors de son arrivée à Khartoum vendredi 7 mai, pour initier un processus de médiation entre l'armée et l'opposition soudanaise. © AP/SIPA

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a appelé vendredi à Khartoum à une transition démocratique « rapide » au Soudan, accentuant la pression internationale sur les militaires au pouvoir, après la violente répression du mouvement de contestation.

« L’armée, le peuple et les forces politiques doivent faire preuve de courage et de responsabilité en prenant des actions rapides vers une période de transition démocratique et consensuelle dans le pays », a déclaré Abiy Ahmed, dans un communiqué diffusé à l’issue de sa visite à Khartoum, vendredi.

Arrivé dans la matinée, le Premier ministre éthiopien a rencontré le chef du Conseil militaire au pouvoir, le général Abdel Fattah al-Burhane, et plusieurs chefs de la contestation. « L’armée doit protéger la sécurité du pays et de son peuple, et les forces politiques doivent réfléchir à l’avenir du pays », a-t-il affirmé.

L’Éthiopie et le Soudan partagent une longue frontière, et des analystes estiment que la stabilité de chaque côté est une préoccupation commune.

Négociations nationales suspendues depuis le 20 mai

La veille, l‘Union africaine (UA) avait suspendu le Soudan « jusqu’à l’établissement effectif d’une autorité civile de transition ». Les négociations entre les militaires et la contestation ont été suspendues le 20 mai, chaque camp refusant de céder à l’autre la direction de la transition post-Béchir, censée durer trois ans. L’ex-président a été renversé par l’armée le 11 avril, à la faveur d’un soulèvement populaire inédit déclenché en décembre. Après sa destitution, la contestation s’est poursuivie pour exiger le départ des militaires au pouvoir.


>>> À LIRE – Soudan : le bilan de la répression sanglante de la contestation s’alourdit


Lundi 3 juin, la dispersion brutale par les forces de sécurité d’un sit-in de manifestants qui se tenait depuis le 6 avril devant le siège de l’armée à Khartoum, qualifiée de « massacre » par la contestation, a installé un climat de peur dans la capitale soudanaise. Des médecins proches des manifestants ont dénombré 113 morts depuis le début de la répression, principalement à l’endroit du sit-in. Le gouvernement a démenti ces chiffres, évoquant un bilan de 61 tués. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a comptabilisé 784 personnes blessées dans des hôpitaux de Khartoum depuis la dispersion de lundi, précisant dans un communiqué que « le nombre réel (…) pourrait être plus élevé ».

Des rues désertes et une situation de « terreur »

Le Conseil militaire est « ouvert aux négociations » pour parvenir à une solution « à n’importe quel moment », a dit un responsable du ministère des Affaires étrangères, Hassan Ahmed, devant la presse. L’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, a également déclaré « accepter » cette médiation tout en opposant « plusieurs conditions » à un retour à la table des négociations.

Devant la presse, Omar al-Digeir, l’un des leaders de l’opposition, a réclamé la « reconnaissance » par le pouvoir des violences pendant l’évacuation du sit-in, l’établissement d’une « commission d’enquête internationale » et la « libération des personnes arrêtées ». Il a également exigé le respect des « libertés publiques », la fin du « blocage d’internet » et le « retrait » de la présence militaire à Khartoum et à travers le pays.

Comme depuis le début de la semaine, les rues de Khartoum étaient presque désertes vendredi, des habitants décrivant une situation de « terreur » avec la présence de paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), accusés d’être les principaux auteurs de la répression en cours depuis lundi.

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