Football

Ligue des champions : indignation en Tunisie après le retrait du titre à l’Espérance sportive de Tunis

Les joueurs de l'Espérance de Tunis célébrant leur victoire face au Wydad Casablanca, vendredi 31 mai en finale de Ligue des champions africaine. © YouTube/Spectrum TV

La Confédération africaine de football (CAF) a décidé mercredi de faire rejouer la finale retour de la Ligue des champions entre l’Espérance de Tunis et le WAC de Casablanca. Un verdict qui a fait réagir les supporters, mais aussi les responsables politiques des deux pays.

Depuis la décision de la CAF, dans la soirée du mercredi 5 juin, de rejouer le match retour de la finale de la Ligue des champions sur terrain neutre, les réactions abondent cotés marocain et tunisien. Dans son rapport publié suite à la réunion d’hier soir à Paris, le comité exécutif de la Confédération invoque l’insécurité et l’absence de garanties pour l’intégrité des joueurs – appelant par ailleurs l’Espérance sportive de Tunis (EST) à rendre le trophée et les médailles remis vendredi soir dans la foulée de la rencontre.

Youssef Chahed dénonce une « mascarade »

Si les internautes marocains se sont réjouis que « justice soit rendue », les Tunisiens parlent d’une humiliation, d’une atteinte à l’image de la Tunisie, allant jusqu’à évoquer une « crise diplomatique » entre les deux pays. Le chef du gouvernement Youssef Chahed s’est exprimé dès mercredi soir sur sa page Facebook et sur Twitter, qualifiant cette décision de « mascarade » et appelant ses compatriotes à la solidarité.


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« Après la mascarade de la CAF, hommage à nos forces sécuritaires qui sont un modèle pour le monde. Celui qui met en doute la sécurité de la Tunisie assume ses responsabilités. Je salue les supporters de l’Espérance pour leur discipline lors du dernier match, nous ne renoncerons pas aux droits de l’Espérance ni à ceux d’aucun autre club tunisien. Tunisiens solidaires. »

« Une affaire d’État »

Selim Azzabi, le secrétaire général du parti progouvernemental Tahya Tounes, a taxé la décision de la CAF de « honteuse ». Il a par ailleurs appelé toutes les parties prenantes à se mobiliser « pour rendre justice à l’EST et à l’image de la Tunisie ».

Rejouer le match est une humiliation qui aura de graves conséquences sur l’image de la Tunisie, tant que les autorités nationales n’auront pas agi

Hafedh Caïd Essebsi, président du comité central de Nidaa Tounes et fils du président de la République, a déclaré que rejouer le match est une humiliation « qui aura de graves conséquences sur l’image de la Tunisie, tant que les autorités nationales n’auront pas agi pour arrêter cette mascarade. […] Nous faisons face à une affaire d’État par excellence, avec un préjudice grave et sans précédent pour le prestige de l’État tunisien devant l’opinion publique nationale et internationale. […] Aujourd’hui, nous avons l’impression qu’ils ciblent la Tunisie et la sous-estiment, chose que nous ne pouvons pas tolérer. »

L’ex-ministre des Domaines de l’État Mabrouk Korchid a lui aussi réagi sur sa page Facebook, estimant que la décision est « politique par excellence ». « Pourquoi va t-on rejouer le match sur territoire neutre ? La Tunisie n’est-elle pas capable d’organiser des rencontres de foot ? Et comment peut-on imputer la responsabilité de l’échec du match à la sécurité tunisienne ? A-t-on agressé les joueurs et l’arbitre ? Le président de la CAF s’est-il senti menacé alors qu’il était assis aux cotés du chef du gouvernement ? »

Des députés tunisiens ont également commenté, à l’instar de Sahbi Ben Fredj, du bloc Coalition nationale. Il a accusé le président de la CAF, Ahmad Ahmad, d’être corrompu et d’avoir reçu de l’argent pour aboutir à cette décision. « Il ne s’agit que d’une question de corruption. Nous savons que, malheureusement, les pays démocratiques comme le notre ne donnent pas d’argent et ne peuvent même pas le faire. »

C’est un mauvais et très injuste procès, une offense faite à la souveraineté territoriale d’un grand club de football

Les internautes tunisiens dénoncent depuis hier soir les « fausses accusations » à l’égard des forces sécuritaires et se désolent devant la faiblesse du « lobbying tunisien ». Oscillant entre amertume et dégoût, ils appellent les autorités tunisiennes à intervenir.

Même l’ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre d’Arvor, a exprimé sur Facebook ses états d’âme : « J’ai constaté dans l’enceinte du stade et en dehors la qualité du maintien de l’ordre, le travail exemplaire des forces de sécurité tout comme la conduite bienveillante du public. Dire que la Tunisie n’est pas sûre, c’est un mauvais et très injuste procès. Obliger les Sang et Or à rejouer une finale gagnée chez eux et à le faire ‘en terrain neutre’ comme si Tunis n’en était pas digne, c’est une offense faite à la souveraineté territoriale d’un grand club de football. »

Pour les Marocains, « justice a été rendue »

De leur côté, les usagers des réseaux sociaux marocains ont félicité Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et membre du comité exécutif de la CAF, qui a, selon eux, réussi à rendre justice au Maroc et au WAC.

Gianni Infantino, le président de la Fifa fraîchement réélu, s’est dit « attristé » par les événements, sans prendre position quant à cette affaire. « Ce qui s’est passé est vraiment triste, mais ce n’est pas normal que des scènes de violence éclatent après », a-t-il déclaré mercredi. Pour l’Italo-Suisse, la CAF est la seule instance apte à prendre des décisions se rapportant à la finale.

Lundi 3 juin, le chef du gouvernement marocain Saadeddine El Othmani avait exprimé son soutien au Wydad, affirmant suivre cette affaire de près. « Aucune position officielle ne peut être donnée avant la décision finale », avait-il souligné.

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