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CAN 2019 – Salif Keita, légende des Aigles du Mali : « La relève est là »

L'ex-international de football malien Salif Keïta. © YouTube/Bouckencho Sapeur Rapeur

Salif Keita est l'un des meilleurs joueurs de l’histoire du football africain. Le Malien, qui a fait les beaux jours notamment de l’AS Saint-Étienne, vit aujourd'hui à Bamako. L’ancien attaquant des Aigles revient sur son parcours et livre à Jeune Afrique ses pronostics pour la CAN 2019.

À 72 ans, Salif Keita coule une retraite paisible à Bamako, après avoir ouvert dans la capitale malienne L’Hôtel Mandé, au bord du fleuve Niger. En Afrique comme en Europe, la Panthère noire a laissé une trace indélébile.

L’ancien joueur du Real Bamako et du Stade malien a connu la gloire sur le Vieux-Continent. À Saint-Étienne, il a enchaîné les buts et collectionné les titres, devenant notamment trois fois champion de France avec ce club.


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Passé également par Marseille, Valence, Lisbonne et les États-Unis, le Ballon d’Or africain 1970 nous a accordé une longue interview. Il évoque la sélection malienne, la CAN, le football de son pays et celui du continent.

Jeune Afrique : Que peut espérer le Mali lors de cette CAN 2019 ?

Salif Keita : Je suis optimiste pour le Mali, qui a pris l’habitude de se qualifier pour chaque phase finale et d’obtenir de bons résultats [3e en 2012 et 2013, 4e en 1994, 2002 et 2004]. Cette équipe est régulière, solide, elle pratique un football de bonne qualité. Elle a de bons joueurs, dont l’attaquant Moussa Marega, qui évolue au FC Porto. Il y a aussi des jeunes prometteurs, comme Amadou Haadara, Diadie Samassékou ou Moussa Djenepo.

Je pense que le Mali peut atteindre au moins les quarts de finale

Je pense que le Mali peut atteindre au moins les quarts de finale. On a eu de grands footballeurs ces dernières années, comme Seydou Keita ou Frédéric Kanouté, et la relève n’est pas mal du tout.

Les Aigles sont entraînés par Mohamed Magassouba, qui a succédé à Alain Giresse. Que pensez-vous de lui ?

Quand j’étais président de la Fédération malienne de football, j’avais proposé le nom de Magassouba pour qu’il devienne directeur technique national. Je le connais, il fait du bon travail à la tête de la sélection. Peu importe la nationalité du sélectionneur, ce qui compte, ce sont les compétences.

Quels sont vos pronostics pour cette CAN ?

Ce sera une compétition relevée puisque presque toutes les meilleures équipes seront là. L’Égypte est le favori, mais des sélections comme celles du Nigeria, du Sénégal, du Maroc ou de la Côte d’Ivoire peuvent aussi prétendre au titre.


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Je n’oublie pas non plus le Cameroun, tenant du titre, ni le Ghana. Je pense que ce ne sera pas un handicap pour les Subsahariens d’évoluer en Afrique du Nord, même à cette période de l’année.

La CAN à 24 est-elle une bonne initiative ?

La CAF [Confédération africaine de football] s’est inspirée de ce qu’a fait l’Europe. Nous allons découvrir de nouvelles sélections mais le risque, c’est que le niveau de la compétition baisse.

Comme d’autres sélections, le Mali s’appuie sur des joueurs binationaux. Que pensez-vous de ce phénomène ?

Si un footballeur né en France choisit de jouer pour son pays d’origine, il faut respecter ce choix. Beaucoup le font aussi parce que les sélections africaines sont de mieux en mieux organisées.

Selon vous, la CAF utilise-t-elle assez les anciens joueurs ?

Non, il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine, même s’il y a eu des améliorations. Elle devrait davantage s’appuyer sur l’expérience et l’expertise des anciens grands joueurs africains, à l’image de ce qu’avait fait Michel Platini à l’UEFA.

Le football malien est en crise depuis des années. Quel regard portez-vous sur ces déboires ?

C’est très inquiétant, et il va être difficile d’en sortir. Je me demande si tout le monde veut vraiment que ça s’arrête. Les amateurs de football au Mali – et ils sont nombreux – sont très tristes, car il ne se passe rien.

Toutes les semaines, on nous annonce que le championnat va reprendre et rien ne se passe

Toutes les semaines, on nous annonce que le championnat va reprendre et rien ne se passe. Résultat : les joueurs s’entraînent et se contentent de disputer des matchs amicaux. Cette situation est mauvaise pour les jeunes joueurs.

Le football africain doit-il devenir totalement professionnel ?

Il le faudrait. C’est déjà le cas en Afrique du Nord, en Afrique du Sud, et dans quelques autres pays. C’est une volonté de la Fifa, qui a demandé à l’Afrique de professionnaliser ses championnats.


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Mais, dans trop de pays, les structures ne sont pas adaptées et il manque des compétences également. Il faut que l’Afrique y parvienne avec ses moyens, car on voit trop de joueurs africains partir à l’étranger, parfois dans des conditions très difficiles.

La formation des jeunes est une question qui vous touche plus particulièrement, puisque vous avez créé le premier centre de formation du Mali…

Bien former les jeunes joueurs, c’est indispensable pour l’avenir du football africain. En Afrique du Nord, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, de très bonnes structures fonctionnent bien. Au Mali, c’est plus délicat.

Vous n’avez disputé qu’une CAN, en 1972, au Cameroun. Quels souvenirs en conservez-vous ?

Nous avions atteint la finale contre le Congo (2-4). Je n’avais pas joué ce match car j’étais blessé. J’en conserve néanmoins de bons souvenirs, même si cela commence à dater. La CAN était bien organisée, l’ambiance était bonne…


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Vous avez effectué une très belle carrière en Europe. Comment avez-vous été repéré ?

Si j’ai pu venir en Europe, c’était grâce aux performances réalisées au Mali. J’ai disputé deux finales de Ligue des Champions, en 1965 avec le Stade malien, et en 1967 avec le Real Bamako. À cette époque, c’était beaucoup plus difficile pour un Africain d’aller en Europe. D’ailleurs, mes dirigeants ne voulaient pas que je quitte le Mali [Salif Keita est passé par Monrovia, au Liberia, avant de rejoindre la France et Saint-Étienne].

J’ai fait de belles choses avec Les Verts, j’y ai connu les meilleurs moments de ma carrière

Au début, à Saint-Étienne, cela n’avait pas été facile. J’étais jeune, il fallait s’adapter à beaucoup de choses, au climat, à la nourriture, au foot français… J’ai fait de belles choses avec Les Verts, j’y ai connu les meilleurs moments de ma carrière. J’ai gagné des titres, côtoyé de grands joueurs. Saint-Étienne est une vraie ville de foot. J’ai aussi beaucoup aimé mes expériences à Valence et au Sporting Lisbonne, deux grands clubs.

Vous avez ensuite rejoint les États-Unis, en 1979-1980…

C’était à la fin de ma carrière, et il avait une politique de relance du football aux États-Unis. J’ai fait partie des pionniers, c’était une expérience intéressante, dans de beaux stades, avec une ambiance agréable. Beaucoup de grands joueurs, tels Pelé, Franz Beckenbauer ou Johan Cruyff, ont joué là-bas. Il y avait moins de pression qu’en Europe, c’était bien aussi.

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