Sécurité

RDC : les premières conséquences de la baisse programmée du budget de la Monusco

Une membre sud-africaine de la Monusco, lors d'une patrouille à Muzambayi, près de Beni, dans l'est de la RDC le 7 mars 2018. © Photo MONUSCO/Michael Ali

Le budget de la Monusco est actuellement en discussion à l'ONU. Une chose est sûre : il sera en baisse. En RDC, les premiers effets se font déjà sentir, et la réduction programmée des moyens de l'une des principales opérations de maintien de la paix des Nations unies inquiète une partie de la société civile.

La Monusco réduit la voilure. La mission onusienne, dont le mandat a été prolongé jusqu’à la fin 2019 en mars dernier, a présenté son projet de budget 2019-2020, qui est actuellement discuté à New York. Bien qu’aucun chiffre officiel n’ait encore été rendu public, une chose est sûre : le budget – 1,194 milliard de dollars pour l’exercice en cours – sera revu à la baisse.

En cause, la décision de l’Assemblée générale des Nations unies, sous pression américaine essentiellement (les États-Unis étant les principaux contributeurs financiers de l’ONU), de réduire drastiquement les fonds alloués au maintien de la paix.

Si, pour la Monusco, l’ampleur exacte des coupes budgétaires est encore inconnu, les effets s’en font déjà sentir, et les suppressions de postes annoncées ont provoqué la colère des agents locaux de la mission de l’ONU en RDC, qui ont manifesté début mai.

• Qui est concerné ?

Opération de sensibilisation devant des étudiants de Lubumbashi par la Monusco, en 2017. © Photo MONUSCO/Carine Tope

Ne seront concernés que des sites où il n’y a aucune présence militaire

La Monusco a annoncé la fermeture « d’ici à la fin juin » de plusieurs sites. « Trois antennes, un site, deux sous-bureaux et deux bureaux seront fermés  », détaille Florence Marchal, la porte-parole de la Monusco, qui confirme que la mission « a reçu des indications très claires en vue de réduire ses dépenses ».

Ne seront concernés que des sites où « il n’y a aucune présence militaire, assure-t-elle, et où les personnels étaient jusqu’alors essentiellement en charge du soutien au processus électoral ». En l’occurrence, les villes de Bandundu, Kamina, Mbuji-Mayi, Dungu, Kisangani, Lubumbashi, Mbandaka et Kalemie seront touchées.

La Monusco a choisi de se concentrer sur les provinces en proie à la violence des groupes armés :  Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Tanganyika et Kasaï central.

• Quel impact social ?

Leila Zerrougui, la cheffe de la Monusco le 18 février 2016 à Béni. © Photo MONUSCO/Michael Ali

Leila Zerrougui, la chef de la mission en poste depuis février 2018, est très critiquée par le syndicat des travailleurs congolais de la Monusco

La mission emploie actuellement 3 309 personnes, dont 2 147 Congolais. Le plan d’économie prévoit la suppression 764 postes, dont 532 occupés par des Congolais. Concrètement, 70 % des postes qui seront supprimés sont actuellement occupés par des employés locaux.

Dans un pays où 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et qui affiche un taux de chômage de 84 %, selon des chiffres de l’Agence nationale pour la promotion de l’investissement de 2017, les suppressions de postes annoncées ont du mal à passer.

Dès l’annonce de ces suppressions de postes, des agents congolais de la Monusco ont organisé une série de manifestations pour réclamer, notamment, la « nationalisation » des postes réservés au personnel non congolais. Sit-in devant les locaux de la Monusco à Kinshasa, grève au sein de Radio Okapi, la radio fiancée par la Monusco… Les initiatives se sont multipliées.

Dans un courrier adressé fin avril au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, le syndicat des travailleurs congolais de la Monusco s’en est, en outre, pris à Leila Zerrougui, la chef de la mission en poste depuis février 2018. Zerrougui y est accusée « de harcèlement et de discrimination à l’endroit du personnel national ».

• La Monusco est-elle menacée ?

Une patrouille de la Monusco à à Pinga , dans le Nord Kivu, en mai 2019. © Photo MONUSCO/Force

À New York, ils sont dans une logique claire de dissolution de la mission, mais ils veulent laisser une empreinte avant de partir

Avec ses 16 215 militaires, 660 observateurs militaires et officiers d’état-major, 391 policiers et 1 050 membres d’unités de police constituées, la Monusco est la plus coûteuse des missions onusiennes de maintien de la paix.

Sous la présidence de Joseph Kabila, elle a toutefois été régulièrement remise en cause et son efficacité à été très contestée. Le nouveau chef de l’État, Félix Tshisekedi, ne s’est pour l’instant pas clairement exprimé sur le sujet, se contentant de plaider, quelques jours après sa prise de fonction, pour que les troupes onusiennes soient « moins nombreuses, mais mieux équipées et aguerries face à la guerre asymétrique ».


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Quoi qu’il en soit, le Conseil de sécurité de l’ONU sait qu’il marche sur des œufs, en renouvelant le mandat de la mission, il a insisté sur les priorités stratégiques qui doivent être celles de la mission : contribuer à la protection des civils, à la stabilisation de la RDC ainsi qu’au renforcement des institutions étatiques.

La nouvelle résolution souligne aussi la nécessité de « transférer progressivement » une partie de la tâche au gouvernement congolais, incitant Kinshasa à mener de « nouvelles opérations militaires » tout en promouvant, quand cela est possible, « des approches non militaires ».

« Le nouveau mandat confié à la Monusco est finalement très court, explique un responsable militaire de la mission qui tient à conserver l’anonymat. Je pense qu’à New York, ils sont dans une logique claire de dissolution de la mission, mais ils veulent laisser une empreinte avant de partir, notamment en marquant des points contre les groupes armés actifs dans l’Est. Mais si l’on veut obtenir des résultats, il faudra que les nouvelles autorités n’entravent pas notre marge de manœuvre et acceptent de profiter de notre présence et de nos moyens. Dans le passé, on sentait bien que les autorités étaient méfiantes et qu’elles ne voulaient pas de notre appui sur le terrain des opérations. »

Interrogée sur un éventuel départ de la Monusco, la porte-parole Florence Marchal assure qu’on « n’en est pas encore là » et que ce sera de toute façon « une décision qui revient au Conseil de sécurité ».

• Réactions mitigées

Lors d'une opération conjointe entre la Monusco et les FARDC contre les ADF, près de Beni, en 2014. © MONUSCO/Sylvain Liechti

La présence de cette mission est encore capitale dans l’Est. Sur le terrain, la situation ne s’est pas améliorée

Au sein de la société civile et jusque dans les rangs de l’opposition, les coupes budgétaires annoncées inquiètent. Au-delà, beaucoup redoutent un départ de la mission car, à les en croire, le moment n’est pas propice. « La présence de cette mission est encore capitale dans l’Est, affirme le député de Walikale (Nord-Kivu) Juvénal Munubo Mubi, cadre de l’Union pour la nation congolaise (UNC). Sur le terrain, la situation ne s’est pas améliorée et il serait très imprudent de vouloir précipiter le départ des casques bleus ».


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Favorable au maintien de la Monusco, comme la plupart des membres de la société civile, l’activiste Jonas Tshiombela affirme que « si l’ancien régime militait contre les casques bleus, c’est parce qu’ils se sentait observé alors qu’il commettait des violations des droits de l’homme. » Il ajoute : « Les opérations de maintien de la paix n’étant pas financées par l’Etat congolais, je ne vois pas en quoi la présence de la Monusco pourrait gêner les nouveaux dirigeants. »

Un avis que ne partage pas Lubaya Claudel André, un élu de Kanangan dans le centre du pays. Lui estime qu’il faut que Kinshasa « assume pleinement et cesse de sous traiter la sécurisation d’une partie de son territoire à l’ONU ».

« La présence de la Monusco a été tellement remise en cause, par la population et par l’administration de Joseph Kabila, qu’elle devait forcément envisager un départ progressif. J’espère que cela permettra au gouvernement de prendre ses responsabilités pour rétablir son autorité là où il estime que la Monusco a failli. »

 

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