Défense

Soudan : le général « Hemetti », numéro deux du Conseil militaire et figure de la contre-révolution

Le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemetti, en mai 2019 à Khartoum.

Le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemetti, en mai 2019 à Khartoum. © AP/SIPA

Leader des redoutables Forces de soutien rapide (RSF), le numéro deux du Conseil militaire de transition est à la tête de la répression contre le mouvement de contestation qui a fait au moins 108 morts et 500 blessés, selon un bilan communiqué jeudi par le Comité des médecins soudanais. Portrait.

Le Conseil militaire à la tête du Soudan depuis la chute du président Omar el-Béchir a décidé d’en finir avec le sit-in, à Khartoum, des milliers de manifestants qui réclament le transfert du pouvoir aux civils. Après avoir demandé le soutien des soldats pour renverser celui qui était au pouvoir depuis près de trois décennies, les protestataires campaient depuis le 6 avril devant le siège de l’armée, situé au cœur de la capitale.

Lundi 3 juin, des militaires en pick-up sont entrés en action et ont violemment délogé les occupants de la place « al Qiyadah » (du commandement). Une opération qui s’est soldée par plus de cent morts.


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Les Quwat al Dam al Sari, les Forces de soutien rapide (RSF), s’étaient rassemblées autour de la place. Issues en partie des rangs des Janjawid, les milices qui combattaient au Darfour, les RSF sont un corps paramilitaire commandé par le général « Hemetti », de son vrai nom Mohamed Hamdan Dagalo, numéro deux du Conseil militaire de transition dirigé par Abdel Fattah al-Burhane.

Au cours des négociations entre cette dernière instance et l’opposition, Dagalo a publiquement pris la parole. Il a même semblé plus bavard que le dirigeant du Conseil militaire. Quand une partie de l’opposition a appelé à la grève générale, il a répondu au nom de l’armée, fustigeant cette décision.

Diplomate

Hemetti, âgé de 44 ans, est plus jeune que bien des cadres de l’armée soudanaise. Neveu d’un chef influent au sein des Rizeigat – tribu arabe traditionnellement tournée vers l’élevage de chameaux et le nomadisme – , il s’illustre aussi par les rencontres qu’il a eues avec des diplomates américain, britannique et européens, dans la foulée de la chute du président Béchir. À l’occasion d’un iftar de ramadan en présence de membres des corps diplomatiques saoudien et américain, il s’était dit en faveur de la démocratie et de la tenue d’élections.

Le général Dagalo connaît forcément, même de loin, l’univers des chancelleries occidentales : c’est un ancien garde-frontières, et les RSF se veulent des partenaires de l’Europe dans le contrôle des flux migratoires.

Hemetti, comme Burhane, cherche aussi l’oreille des puissances du Golfe, qui augmentent leurs investissements au Soudan depuis plusieurs années

Hemetti, comme Burhane, cherche aussi l’oreille des puissances du Golfe, qui augmentent leurs investissements au Soudan depuis plusieurs années, et dont Jeune Afrique relevait la continuité de l’influence politique après la chute de Béchir. Fin mai, il a rencontré à Jeddah Mohamed Ben Salman (MBS), l’influent prince héritier saoudien.

« Le Soudan se tiendra aux côtés du royaume face aux menaces », avait assuré en substance le général, n’hésitant pas à pointer du doigt l’Iran, un vieil allié du régime d’Omar el-Béchir. En 2017, il avait déjà surpris l’opinion publique en reconnaissant que des membres des RSF avaient trouvé la mort dans la guerre au Yémen – la présence d’anciens combattants du Darfour dans les rangs de la coalition menée par l’Arabie saoudite étant jusque-là demeuré un sujet tabou.

Pragmatique et ambitieux

Hemetti est un pragmatique, adepte de la fameuse tactique « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ». Faisant partie des jeunes officiers qui ont compris que Béchir allait devoir passer la main, il avait donné consigne à ses hommes, en avril dernier, de ne pas empêcher la foule d’agir.


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Les diplomates, analystes et révolutionnaires, se posent cependant une même question : à quel point le général s’entend-il avec les autres officiers supérieurs ? L’armée soudanaise est-elle unie derrière lui ? Au premier jour du départ de l’ancien dictateur, il avait refusé de rejoindre le Conseil militaire de transition, dont la première équipe n’a tenu que quelques heures avant d’être balayée et remplacée. Le haut commandement va-t-il se ranger derrière un homme qui fût un fidèle serviteur de Béchir dans son intervention au Darfour avant de le lâcher, et qui, visiblement, nourrit d’importantes ambitions personnelles ?

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