Sécurité

Cameroun : le gouvernement tente de rassurer sur la situation en zone anglophone

Des membres du Bataillon d'intervention rapide (BIR), à Ekona, près de Buea, en octobre 2018.

Des membres du Bataillon d'intervention rapide (BIR), à Ekona, près de Buea, en octobre 2018. © REUTERS/Zohra Bensemra

Au cours d’une rencontre avec les membres du corps diplomatique accrédités à Yaoundé, le ministre camerounais des Relations extérieures a rassuré que la situation en zone anglophone était sous contrôle. Les acteurs politiques locaux dénoncent une stratégie « dilatoire », au moment où les violences s’intensifient sur le terrain.

Le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, qui accompagnait son homologue de la Communication René Emmanuel Sadi, a réitéré le 28 mai la position défendue par le Cameroun lors de la réunion informelle du Conseil de sécurité des Nations unies qui s’est tenue le 13 mai dernier à New York. « La situation qui prévaut dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n’est pas de nature à menacer la paix et la sécurité internationale », a martelé le ministre des Relations extérieures aux représentants des différentes chancelleries présents.

Si le gouvernement camerounais reconnaît que la situation est « préoccupante sur le plan intérieur », il estime que les actions entreprises pour la résoudre commencent à porter leurs fruits. Une position qu’il justifie par « la ferveur manifestée » lors de la récente visite du Premier ministre Joseph Dion Ngute dans lesdites régions anglophones. Une descente au cours de laquelle « [il aurait] échangé avec toutes les parties impliquées ». Pour les autorités de Yaoundé en effet, « le dialogue reste un processus et non un événement ».

Cette affirmation n’a pas manqué de faire réagir la classe politique camerounaise, qui poursuit les appels à une assise nationale sur le sujet. Au sein du Social Democratic Front (SDF), principal parti d’opposition, l’on dénonce la stratégie « dilatoire » du gouvernement. « Le dialogue n’a pas encore commencé, affirme à cet effet Emmanuel Ntonga, responsable de ce parti dans la région du Centre. Des gens ont pris des armes, s’il faut dialoguer c’est avec eux et non avec les partis politiques ou des commerçantes. Nous, politiques, ne pouvons qu’être des médiateurs dans ce qui sera fait, or ce n’est pas encore le cas ».


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Une situation toujours précaire

Sur le terrain, les violences n’ont connu aucun répit malgré les multiples signes d’apaisement. Au cours des deux dernières semaines, au moins 23 morts ont été enregistrés dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Parmi les victimes, plusieurs éléments des forces de sécurité, un enseignant et un nouveau-né. Yaoundé est formel : « Les revendications sécessionnistes ont cédé le pas aux actes criminels et de banditisme ». Mais pour certains acteurs de la société civile, l’armée est toute autant coupable de violations des droits de l’homme.

Ce ping-pong continue de susciter une attention internationale, notamment celle de la France. Le sujet a d’ailleurs été porté à l’Assemblée nationale de ce pays le 28 mai, où le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a affirmé suivre de près l’évolution de ce conflit. « La situation continue de se dégrader. Les pertes humaines sont de plus en plus lourdes, a souligné le chef de la diplomatie française. La France, l’Union européenne et les Nations unies font tout pour pousser Paul Biya à prendre des initiatives afin de trouver une issue politique à la crise », a-t-il assuré.


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Vers une sortie de crise ?

Tout semble cependant verrouillé. Alors que de nombreux acteurs suggèrent aux dirigeants camerounais d’ouvrir des échanges avec les militants sécessionnistes qu’ils estiment seuls capables d’ordonner un cessez-le-feu, aucune intention n’a été manifestée dans ce sens par le gouvernement. Depuis leur cellule de Kondengui, les leaders ambazoniens se disent pourtant prêts à un dialogue avec le régime de Yaoundé. Dans une lettre rendue publique le mardi 28 mai, ces derniers énumèrent des préalables à toute discussion. Il s’agit, entre autres, du retrait de l’armée de la zone de conflit, de la libération des prisonniers liés à la crise ainsi que de la présence de parties tierces lors des négociations.

Au sein de l’administration, la question de la négociation avec les sécessionnistes est taboue. Le régime se défend d’avoir « opté pour la solution militaire », mais ses actions peinent à apporter une accalmie sur le terrain. « Les propositions ne manquent pourtant pas », reconnaît l’opposant Emmanuel Ntonga, pour qui « le seul blocage est le préalable du gouvernement qui est de ne pas débattre de la sécession ».

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