Politique

Guinée : que retenir du bilan de l’ancien ministre de la Justice Cheick Sako ?

Cheick Sako, désormais ex-ministre guinéen de la Justice, a présenté sa démission le 20 mai 2019. © DR / Capture d'écran YouTube

En démissionnant après plus de cinq années à la tête du ministère de la Justice, Cheick Sako laisse derrière lui un bilan en demi-teinte, marqué cependant par d'importantes réformes et plusieurs avancées dans l’affaire emblématique du massacre du 28 septembre 2009.

La démission le 20 mai du ministre de la Justice et garde des Sceaux, Cheick Sako, révélée par Jeune Afrique, a provoqué une onde de choc au sein de l’opinion guinéenne. Si l’annonce a évidemment eu un large écho sur fond de débat sur la révision constitutionnelle, certains ont aussi mis en avant le bilan en demi-teinte de Cheick Sako.

Depuis son entrée au gouvernement, le 20 janvier 2014, des avancées ont été enregistrées dans plusieurs dossiers emblématique. Au premier rang desquels la procédure judiciaire sur le massacre du 28 septembre 2009, lors duquel plus de 150 personnes ont été tuées, plus d’un millier d’autres blessées et plus d’une centaine de femme systématiquement violées.

« Il est parvenu à boucler l’instruction judiciaire, 430 victimes ont été auditionnées et 14 inculpations ont eu lieu », note Me Hamidou Barry, coordinateur des avocats qui assurent la défense des victimes du massacre orchestré au stade du 28-Septembre de Conakry lors d’un meeting de l’opposition, qui protestait contre la candidature à l’élection présidentielle de Moussa Dadis Camara, chef de la junte alors au pouvoir.

La traque de Toumba Diakité

Aboubacar Sidiki Diakité (à dr.), dit Toumba Diakité, a été extradé vers la Guinée dimanche 12 mars 2017. © SCHALK VAN ZUYDAM/AP/SIPA

Toumba Diakité, aide de camp de Dadis Camara, a été interpellé à Dakar en décembre 2016 après sept ans de cavale

C’est également sous l’ère Sako qu’Aboubacar Sidiki Diakité – alias « Toumba » -, aide de camp de Dadis Camara et cerveau présumé de cette répression sanglante, a été interpellé à Dakar en décembre 2016 après sept ans de cavale. Inculpé, il attend l’ouverture de son procès à la Maison centrale de Conakry.

« C’est aussi sous Cheick Sako que nous avons créé le comité de pilotage pour le procès du 28 septembre, et nous avons identifié un site devant l’abriter », ajoute l’avocat des victimes, qui estime que « ce sont des acquis indéniables pour l’ex-ministre de la Justice ».

Un budget prévisionnel de 78 milliards de francs guinéens (environ 7,5 millions d’euros) avait été établi et devait être mobilisé à 77 % par la Guinée, les États-Unis (17 %) et l’Union européenne (moins de 8 %).


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Parmi les réformes à l’actif du ministre démissionnaire, également, l’obtention d’un statut particulier pour les magistrats – avec la mise en place d’un conseil supérieur de la magistrature -, la création d’un tribunal de commerce, l’adoption d’un nouveau Code pénal et de procédures pénales ou encore le transfert des compétences des cours d’assises aux tribunaux de première instance, désormais habilités à juger les crimes. Cette dernière réforme a notamment permis de désengorger les prisons et de réduire les délais de détention.

Un procès en attente et des affaires en souffrance

Un proche d'une des victimes du massacre du stade du 28 septembre, lors de la présentation des corps, le 2 octobre 2009 à Conakry. © SCHALK VAN ZUYDAM/AP/SIPA

Le dossier du 28 septembre implique un ancien président, des anciens ministres de la Défense et de la Sécurité ainsi que des hauts gradés de l’armée

Cheick Sako n’aura en revanche pas réussi à faire auditionner l’ancien numéro deux de la junte, le général Sékouba Konaté, ni à fixer la date du procès du massacre du stade du 28-Septembre et, à plus forte raison, d’en assurer la tenue effective.

« Ce n’est pas une mince affaire, consent Me Hamidou Barry. Le dossier du 28 septembre implique un ancien président, des anciens ministres de la Défense et de la Sécurité ainsi que des hauts gradés de l’armée. Conduire un tel dossier n’est pas particulièrement facile en Guinée ».


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D’autres affaires judiciaires à fortes connotations politiques n’ont, également, pas connu d’avancée notable sous l’ère Sako. Notamment celles portant sur la répression des mouvements de grève de janvier-février 2007, qui avait fait 103 morts, selon le décompte de l’opposition.

La disparition en 2015 du journaliste Chérif Diallo du groupe Hadafo Médias n’est également toujours pas élucidée, alors que l’issue judiciaire surprise concernant la mort par balle de Mohamed Koula Diallo, du site guinee7.com, a un goût d’inachevé au sein de la presse guinéenne.

L’ancien ministre de la Justice a également démissionné sans avoir pu doter la Guinée d’une prison moderne. La Maison centrale de Conakry, construite sous la colonisation pour 300 détenus, est toujours inadaptée.

Autant de dossiers en souffrance sur le bureau que vient d’investir Mohamed Lamine Fofana, nommé ministre intérimaire de la Justice le 27 mai par le président Alpha Condé, qui est par ailleurs ministre conseiller à la présidence chargé des Relations avec les institutions.

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