Justice

Bombardement de Bouaké : « L’abandon des poursuites contre les ministres français est un coup de couteau dans le dos des victimes »

Plusieurs militaires français de l'Opération Licorne ont été tués lors du bombardement de Bouaké en 2004 (photo d'illustration). © Georges Gobet/AP/SIPA

Alors qu'il n'a cessé de se battre pour faire éclater la vérité dans cette affaire, Maître Jean Balan dit sa colère. Quinze ans après le bombardement du camp de Bouaké, en Côte d'Ivoire, la justice française a décidé de ne pas poursuivre Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et Michel Barnier.

Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et Michel Barnier ne s’expliqueront jamais devant la justice dans l’affaire du bombardement de Bouaké, en Côte d’Ivoire, en 2004, lors duquel neuf soldats français et un civil américain avaient été tués. C’est ainsi qu’en a décidé la commission des requêtes de la Cour de justice de la République (CJR) le 17 mai dernier. 

Face à cette décision, Maître Jean Balan, l’avocat des familles des victimes, ne décolère pas. Depuis quinze ans, l’homme se bat pour tenter d’obtenir la vérité sur cet épisode, qui avait ouvert une grave crise entre Paris et Yamoussoukro, alors même que Laurent Gbagbo, le chef d’État ivoirien de l’époque, a toujours clamé n’être pour rien dans ce bombardement.


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Tout laisse soupçonner que derrière les silences se cache une affaire d’État. Lors de l’instruction, le juge avait souligné l’étrange passivité dont avaient fait preuve les ministres de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères français. Alors que les pilotes russes, biélorusses et ukrainiens des avions ont été par deux fois interpellés, Paris n’a demandé ni leur incarcération ni leur extradition.

Jeune Afrique : Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et Michel Barnier ne seraient jamais jugés dans cette affaire ? 

Maître Jean Balan : J’ai eu un sentiment d’extrême colère et de profond mépris pour les gens qui ont pris cette décision.

Avez-vous été surpris ? 

Je me suis dit que François Molins [le procureur général près de la Cour de cassation, ndlr] a bien joué son rôle : il est parvenu à empêcher que l’on fouille au-delà des exécutants. Il dit qu’il n’y a pas assez d’éléments pour poursuivre les trois ministres, ce qui est un mensonge. Ce Monsieur fait preuve de partialité et de conflit d’intérêt. On oublie tout simplement qu’il fut le directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie et donc qu’il lui doit toute sa carrière.

Vous sous-entendez que la justice française l’a protégée, comme elle a protégé Dominique de Villepin et Michel Barnier ? 

La justice française, non. Les juges ont fait un très bon travail. Mais cette décision n’est pas une décision de justice, c’est un oukaze. Soyons clairs : s’il y avait eu une enquête puis un débat contradictoire qui aurait innocenté ces trois anciens ministres, je me serais incliné. Mais là, comme depuis le début de cette affaire, on assassine l’enquête. C’est un couteau dans le dos de toutes les victimes.

Il restera la vérité historique, et je continuerai à me battre pour elle

Pour vous, l’implication ne fait pas de doute ? 

Ce qui est certain, c’est qu’ils ont saboté l’instruction judiciaire dès le début. Mais pourquoi ont-ils fait tout ça ? On ne le saura jamais.

Quels sont désormais vos espoirs dans cette affaire ? 

Un jour, il y aura néanmoins un procès contre les pilotes et les co-pilotes. En leur absence d’ailleurs puisque personne n’a essayé d’exécuter les mandats d’arrêt qui ont été délivrés à leur encontre. Je demanderai alors des dommages-intérêts, mais je ne pourrai pas faire plus.

Il n’y aura pas de vérité judiciaire. Restera alors la vérité historique. Et je continuerai à me battre pour elle.

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